L’attrape-coeurs (J.D. Salinger)

En ce moment je me sens bizarre, égarée entre l’âge qu’indique ma carte d’identité et celui que je consens à m’accorder. L’impression d’être à côté de la plaque. Du coup, j’aurais bien aimé lire un livre sympa et un peu léger, du genre qui parle de choses vraiment importantes tout en faisant semblant de n’être […]

En ce moment je me sens bizarre, égarée entre l’âge qu’indique ma carte d’identité et celui que je consens à m’accorder. L’impression d’être à côté de la plaque. Du coup, j’aurais bien aimé lire un livre sympa et un peu léger, du genre qui parle de choses vraiment importantes tout en faisant semblant de n’être jamais qu’une néo-fable.

Par exemple, j’aimerais assez qu’on me raconte l’histoire d’un adolescent un peu paumé lui aussi, auquel je pourrais m’identifier sans réserve, et qui se ferait comme ça, pendant trois jours, un parcours initiatique dans New York. Il se barrerait une nuit de son internat, pour fuir les élèves, l’atmosphère, les profs, l’avenir et de toute façon, il en serait peut-être même expulsé. Le mec serait, par exemple, coincé entre l’enfance et l’âge adulte, et il essaierait de trouver le moyen de grandir, genre l’alcool et le sexe, mais finalement ça sonnerait un peu désespéré. Comme si malgré le langage très familier il ne pouvait pas s’empêcher une forme de poésie qui s’exprimerait par cette nostalgie précoce et qui l’empêcherait de noyer ce qui reste de son enfance.

Il se sentirait hyper seul et ses errances nocturnes seraient l’occasion de tracer un bilan, il collerait à tout le monde son pessimisme et le bouquin serait plein de ces phrases définitives et de ces jugements hâtifs que tous les adolescents produisent à tour de bras. Le monde des adultes sonnerait creux et lui semblerait quasi-irréel, cruel et vide.

Ce qui tombe vraiment bien, c’est que ce roman a été écrit et se planque sous le titre de L’attrape-cœurs, à ne pas confondre avec L’arrache-cœur de Boris Vian, même s’il est bien aussi. Œuvre phare de la littérature adolescente, l’unique roman de Salinger est devenu culte quasi-immédiatement. Il hante Mel Gibson dans Complots : acheter un exemplaire du Catcher in the rye, le titre en VO, est la seule façon d’apaiser ses angoisses. On parie qu’il n’est pas le seul ?

L’attrape-cœurs, de J.D. Salinger, aux éditions Pocket Jeunesse.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Boucles de papier
    Boucles de papier, Le 7 mai 2009 à 19h34

    C'est excellent et sa me fait drolement penser à ma période de questionnement à 15 ans. Enfin.. j'adore. Dommage que l'auteur soit un reclus. J'aurais aimé qu'il fasse d'autres romans aussi poignant.

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