Contre le sexisme dans la littérature jeunesse, la Charte des auteurs et illustrateurs s’engage !

La Charte est une association de promotion de la littérature jeunesse, et elle a décidé d'agir contre le sexisme. Lucie t'explique ses actions, et pourquoi c'est une bonne nouvelle !

Contre le sexisme dans la littérature jeunesse, la Charte des auteurs et illustrateurs s’engage !Estelle Billon-Spagnol (Talents Hauts)

Il y a quelques mois, une violente polémique avait accusé de sexisme un livre sur la puberté à destination des adolescent·es.

Le monde semblait avoir les yeux braqués sur On a chopé la puberté ! et s’engageait pour son retrait du commerce à travers une pétition solidement relayée, comptabilisant près de 150 000 signatures.

Le monde revendiquait donc, manifestement, une exigence vis-à-vis de l’éducation égalitaire des plus jeunes à travers les livres.

Or depuis plusieurs années, et de plus en plus aujourd’hui, les éditeurs proposent des livres jeunesse intelligents, qui bousculent les codes stéréotypés de genre.

Mais bien que la situation connaisse une amélioration et que les livres comme Martine petite maman n’occupent plus une place de choix dans les bibliothèques, elle est loin d’être idéale concernant la place des femmes dans la littérature jeunesse.

Dans cette réflexion, il faut considérer les stéréotypes de genre qui peuvent sévir dans les ouvrages, la rémunération des autrices (leur rémunération est inférieure de 40% par rapport aux hommes aux États-Unis) ou encore leur représentation dans les grands prix littéraires (douze femmes ont remporté le prix Goncourt sur 104 ans d’existence de celui-ci).

Or le combat pour l’égalité est justement la mission que s’est lancée la Charte des auteurs et des illustrateurs jeunesse.

La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse s’engage pour l’égalité

L’association a été créée en 1975 et agit pour défendre les intérêts des auteurs, les faire prendre conscience de leur statut et de leurs droits, et valoriser plus généralement la littérature jeunesse. Elle est leur première référence pour eux, une source précieuse de conseils avisés et de soutien.

La Charte s’est emparée de la problématique en créant une commission Égalité et Diversité. Les récents mouvements #MeToo et #Balancetonporc ont fait de la lutte contre le sexisme une priorité politique et ont encouragé l’association à dévoiler un plan d’actions concrètes.

Pour commencer, l’association va opérer un état des lieux très large pour mieux comprendre la situation et formuler de premiers objectifs :

« Droits d’auteur, revenus accessoires, invitations en salons, attribution de bourses, prix littéraires dotés : la Charte lancera prochainement une enquête interne auprès de ses adhérents et adhérentes, et enjoint aussi les différentes institutions (ministère de la Culture, SNE, etc.), à se doter des moyens de disposer de données genrées.

L’objectif : mieux cerner les éventuelles inégalités, et définir les moyens d’agir. »

La Charte appelle ensuite au rassemblement des personnes qui se questionnent sur le sujet et qui souhaitent œuvrer pour la cause. Elle va à cette fin mettre en ligne des outils de sensibilisation :

« (…) la Charte déclinera ces prochains mois sur son site Web différents outils de sensibilisation : témoignages vidéo, boîtes à outils, formations à la négociation spécifique aux autrices, la liste est longue et n’oubliera pas les autres maillons de la chaîne du livre : libraires, documentalistes, etc. »

Puis l’association s’intéressera plus spécifiquement aux stéréotypes filles-garçons présents dans les ouvrages de littérature jeunesse : les personnages féminins s’expriment-ils ? Ont-elles de l’ambition ? Sont-elles des moteurs de l’intrigue ou sont-elles cantonnées dans la cuisine ? Dans son communiqué, la Charte poursuit :

« En s’engageant pour l’égalité, la Charte ne se pose en aucun cas en prescriptrice d’une doxa politique : il s’agit simplement d’entamer une réflexion autour de ces questions avec les personnes volontaires, afin de pouvoir analyser avec celles et ceux qui le souhaitent les stéréotypes véhiculés dans la littérature construite pour la jeunesse (dont la portée édifiante cristallise ce genre de questions). »

Extrait de La déclaration des droits des filles, Elisabeth Brami et Estelle Billon Spagnol, éditions Talents Hauts

La Charte envisage également d’organiser un colloque afin d’inviter à l’étude et à la réflexion.

La littérature jeunesse, un outil pour combattre le sexisme

L’enfance étant le moment charnière pour la construction des repères sociaux, cette initiative est positive et encourageante pour la suite !

Le chantier s’annonce long, dans la mesure où il doit d’abord observer tout ce qui se fait avant de pouvoir agir.

Mais on peut espérer sur le long terme une attention plus pointue portée sur la représentation des genres dans les livres, qui permettraient dès lors aux enfants d’être confrontés à des modèles égalitaires.

Pour les plus sceptiques, rappelez-vous l’initiative de ce groupe de collégiennes qui ont monté un spectacle tiré de la bande dessinée Culottées de Pénélope Bagieu.

Inspirée par l’ouvrage et déjà éclairée sur les questions de féminisme, l’une des jeunes comédiennes racontait que la lutte contre le sexisme faisait déjà partie de son quotidien.

Alors pourquoi ne pas donner encore plus d’outils et de modèles en ce sens, en commençant avec les plus jeunes encore ? Surtout quand cela ne tient qu’à une attention sur des petits détails narratifs, sans forcément être porteur d’un message engagé.

En retirant par exemple un personnage de maman de la cuisine et de papa du garage pour les intervertir !

Extrait de La déclaration des droits des garçons, Elisabeth Brami et Estelle Billon-Spagnol, éditions Talents Hauts

De plus en plus de mouvements s’activent pour éduquer les plus jeunes au sexisme.

La campagne #TuSerasUnHommeMonFils, qui sensibilise sur l’éducation des garçons contre le harcèlement sexuel en est un autre exemple édifiant.

Le projet The Moon Project propose de nouvelles règles aux jeux de cartes de notre enfance, en les sensibilisant de façon ludique, presque inconsciemment, au féminisme.

Nul doute que les générations à venir seront bien plus éclairées sur les questions d’égalité que la société ne l’est actuellement.

Peut-être qu’elles se moqueront de nous, en apprenant l’aberration que sont les inégalités salariales ou les stéréotypes de genre encore très ancrés dans notre quotidien.

C’est ce que j’espère de tout cœur !

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Lucie Kosmala


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Commentaires
  • Lucie Kosmala
    Lucie Kosmala, Le 4 juin 2018 à 14h41

    Miss Marple
    Je me doute que ce n'est pas fait exprès, mais la coïncidence m'a fait rire (jaune…)
    Non effectivement ! J'ai fait remonter, merci pour ta vigilance :fleur:

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