Dans l’hémisphère de ma chevelure – Chroniques de l’Intranquillité

Ce dimanche Ophélie vous raconte sa récente virée chez le coiffeur et tient à partager ses considérations capillaires de première importance.

Dans l’hémisphère de ma chevelure – Chroniques de l’Intranquillité

Ah, mes amies, si vous pouviez savoir tout ce que je vois, tout ce que je sens, tout ce que j’entends dans mes cheveux. Je n’entrevois pas de ports fourmillant d’hommes vigoureux mais c’est une poésie tout aussi belle que me murmure l’ondoiement fantastique de ma crinière.

[rightquote]Dans l’hémisphère de ma chevelure il y a eu des batailles violentes, des soins sans silicone ni efficacité à dix euros le flacon.[/rightquote]Certains rustres affirment que les longs cheveux des femmes sont un symbole de leur féminité et d’une certaine forme de séduction. Personnellement, je suis comme Charles et je pense qu’ils sont davantage une accumulation de souvenirs; un témoignage de mois et d’années passées à les laisser tant bien que mal s’agrandir.

Dans l’hémisphère de ma chevelure il y a eu des batailles violentes, des massacres au Paranix dans les tranchées de mes racines, des soins sans silicone ni efficacité à dix euros le flacon, des tresses trop serrées qui donnent mal au crâne et des mèches perdues dans une pyromanie occasionnelle.

J’ai semé mes cheveux dans tous les endroits que j’ai fréquentés comme pour laisser une trace de mon passage, un souvenir d’un bout de moi généreusement offert à l’entourage. Je les ai dispersés aux quatre vents comme un petit Poucet qui marquerait son territoire pour mieux y retrouver ses pas; ils m’ont souvent ramenés vers le siphon de ma baignoire mais c’est une histoire que je trouve moins poétique à raconter.

Expédition chez le coiffeur

Si je vous parle de mes cheveux cette semaine c’est parce que je me suis rendue chez un coiffeur; c’est une activité que je pratique une à deux fois par an, sous la menace de la torture ou la nécessité absolue d’une coupe-des-pointes-mais-pas-plus-de-trois- centimètres-merci.

J’aime le shopping, les cosmétiques, les comédies sentimentales, le punk, les casques à pointes et manger des salades aux graines germées comme toutes les filles du monde et de Navarre mais je ne supporte pas d’aller chez le coiffeur; je n’ai même jamais compris comment les autres femmes pouvaient y prendre du plaisir.

Qu’en dit Google ?

Bien évidemment, j’ai commencé par chercher une réponse à mon désarroi capillaire là où tout commence, là où toutes les réponses se trouvent, là où tout fait sens : sur Google.

La requête « J’aime pas aller chez le coiffeur » compte d’ailleurs 4 800 000 résultats : Je crois qu’il faut parler de ce qui s’apparente désormais à un problème de société ou un mensonge social évident : en vérité personne n’aime aller chez le coiffeur (sauf les vieilles mais c’est parce que leur salut réside dans la bonne tenue d’une mise en pli et la permanente de leur caniche.)

Plus jeune, lorsque j’étais résolument punk et que j’écoutais Les Betteraves et les Bérurier Noir avec une conviction jamais égalée depuis, j’étais une kamikaze capillaire.

Récits de guerre capillaire

J’ai écumé, bave aux lèvres, les rayons colorations des supermarchés à la recherche du rouge le plus éclatant, du violet le plus brillant, je suis allée jusqu’à tester ces couleurs temporaires en six shampoings qui ne partent pourtant jamais dans de charmantes teintes orangées ou noir bleuté.

[rightquote]Dans l’hémisphère de ma chevelure il y eut davantage de drames que d’histoires heureuses…[/rightquote]Lorsque l’arc-en-ciel pigmenté fût délavé et que l’ammoniaque eût bien imprégné mes cellules grises j’ai gratifié mon scalp d’une nouvelle expérimentation : les atebas. Ces morceaux de laines multicolores que l’on enroule autour d’une mèche de cheveux préalablement transformée en dread.

OH NE ME JUGEZ PAS, je sais que vous en avez fait autant. Les mèches coloriées aux fards à paupière, le mascara pour cheveux des années 90, le henné qui vous a rendues rousses ou auburn à la rentrée en Seconde B, la coiffure de Nicolas Sirkis que la plèbe néo-gothique arborait en 2001.

Dans l’hémisphère de ma chevelure il y eut donc davantage de drames que d’histoires heureuses et c’est afin de mettre un terme à cette inconstance capillaire que j’ai décidé d’arborer le même style de coupe composé d’une frange; à vingt-trois ans comme lorsque j’en avais six.

Par la force des choses je suis passée quasi-maître dans l’art de recouper un demi-millimètre de frange tous les quinze jours mais hélas ce talent ne m’empêche pas de fréquenter, occasionnellement, ces fils de Satan que sont les coiffeurs.

Les coiffeurs au peigne fin (pouet)

Avant de me rendre dans l’antre du diable j’ai tout d’abord cherché des informations sur le salon que j’envisageais de fréquenter : sur ciao.fr j’ai lu des avis de cinquante-cinq lignes rédigés par des clientes prêtes à tout pour vanter les mérites d’un brushing aux ions négatifs, sur beauté-test on se plaignait d’avoir obtenu un marron-chocolat fadasse alors qu’on voulait un marron glacé-cappucino lumineux.

Dans les trois-quarts des messages que j’ai pu lire, ces femmes étaient ravies d’avoir été coiffées par un homme; car il paraît que dans le milieu de la coiffure ce sont les hommes qui dominent haut le peigne.

[rightquote]C’est avec trois Xanax que je me suis rendue « au salon » comme on se rend « à l’échafaud »[/rightquote]Personnellement je ne connais que deux garçons coiffeurs : Fabrice Luchini, qui, s’il n’a pas percé dans le domaine du cheveux est néanmoins devenu un grand homme et Franck Provost, élu meilleur coiffeur du monde de la coupe-brushing en 1977.

C’est dire si je me sentais bien informée et c’est avec toutes ces références en poche et trois Xanax que je me suis rendue « au salon » comme on se rend « à l’échafaud ».

Un échec total

J’ai à peine eu le temps de feuilleter un passionnant Biba daté de septembre 2010 qu’une coiffeuse (qui portait le même prénom qu’une chanteuse de variété pour adolescentes du début des années 2000 – peut être aurais-je dû me méfier ?) est venue me palper la tignasse et faire son diagnostic : « Faut couper au moins dix centimètres ».

J’ai négocié âprement pour sauver quelques longueurs et au vu du résultat, je reconsidèrerai à l’avenir mes talents oratoires ainsi que mon argumentation féroce. Je n’ai évidemment pas atteint mes objectifs et je suis sortie avec exactement la même coupe que j’avais un an auparavant, lors de ma dernière visite.

En apportant une photo de ma star préférée, en étant plus directive et plus rigide qu’un dirigeant politique nord-coréen ou en laissant au coiffeur une totale liberté artistique, j’ai toujours fait ce même constat d’échec capillaire.

Heureusement ma force ne réside pas dans mes cheveux mais dans mon obstination forcenée à ne jamais repasser entre leurs mains assassines ; ils n’auront pas ma peau – ni mon scalp.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Erzebeth
    Erzebeth, Le 4 mars 2012 à 14h38

    J'ai tellement ri notamment sur les colorations qui partent en 6 shampooings mais sont toujours là 6 mois après.

    Sinon il y a aussi le coiffeur comme traumatisme de la petite enfance (dans mon cas) même si aujourd'hui je vis au dessus d'une échoppe dans laquelle une dame manie le peigne et le ciseau!

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