Harvard lutte contre le sexisme, dans la douleur

Pondu par Marie.Charlotte le 13 septembre 2013     

La Harvard Business School a tenté de lutter contre le sexisme qui limite les opportunités de carrière des femmes (étudiantes et certaines profs). Deux ans après, le premier bilan est mitigé. Retour sur cette expérience sociologique grandeur nature.

La Harvard Business School est l’école de commerce de la prestigieuse université américaine Harvard, l’une des plus réputées au monde. Les étudiant·e·s qui sortent de cette école sont promis à de brillantes carrières, au sein des lieux de pouvoir économique. Enfin, surtout les étudiants…

Malgré les efforts déployés pour augmenter la proportion de femmes au sein de l’école, dans les faits, les femmes s’en sortent toujours moins bien que leurs congénères masculins. Leurs résultats académiques sont moins bons, elles peinent à s’insérer dans les voies les plus prestigieuses (et lucratives) des milieux de la finance, préférant s’orienter vers la filière marketing.

« Année après année, les femmes qui arrivaient pourtant avec les mêmes résultats académiques que les hommes réussissaient moins bien qu’eux. Attirer et conserver des femmes professeurs était une cause perdue. »

« Plusieurs businesswomen rodées à Wall Street confiaient que la Harvard Business School était pire qu’une salle des marchés, avec des étudiant·e·s de première année divisé·e·s en sections, qui assistent ensemble aux mêmes cours et finissent par développer des dynamiques de groupe nocives dignes des reality-show. »

« Certains étudiants, dont plusieurs issus des milieux de la finance, accaparent les discussions de classe, bizutent les étudiantes et les étudiants plus jeunes, et débattent ouvertement de savoir qui ils « tueraient, baiseraient ou épouseraient » [le jeu « kill boff marry »]) »

« Les événements de socialisation imbibés d’alcool sont pires. »

Extraits de Harvard Business School Case Study: Gender Equity

Face à ce constat, HBS a décidé de s’attaquer au problème des inégalités de genre. L’école s’est attachée à réduire les biais liés au genre, en devenant un laboratoire vivant.

« Une expérience pénible »

« L’expérience » a duré deux ans. Les actions suivantes ont été mises en place pour tenter de corriger les biais de genre :

  • Ateliers pour déconstruire certains comportements, apprendre par exemple à demander fermement la parole : les filles avaient tendance à lever la main avec hésitation, sans conviction.
  • Installation de sténographes dans les salles de cours, afin de pouvoir suivre et analyser les prises de paroles, et objectiver la notation des étudiants. En effet, la participation orale compte pour près de 50% de la note finale. Il fallait d’une part, améliorer la participation orale des filles, mais également corriger les éventuels biais de notation (les deux facteurs pouvant influencer l’écart de niveau constaté entre les filles et les garçons).
  • Séances de coaching individuelles pour les professeurEs non titulaires (la même population qui connaissait un fort turn over au sein de l’institution).
  • Changement de méthode : les fameuses « études de cas », qui consistent à donner à l’étudiant un cas concret à résoudre, ont été délaissées au profit d’un nouvel exercice appelé « Field » : on privilégie la résolution de problèmes en groupes de travail.
  • Un nouvel outil d’évaluation a été mis en place, permettant aux professeurs d’évaluer instantanément l’influence du paramètre « genre » dans leur notation.

Réussite académique VS réussite sociale

Ce facteur a été identifié comme étant déterminant dans la différence de participation orale entre les hommes et les femmes :

« Les femmes, et plus particulièrement les femmes célibataires, se sentaient souvent obligées de choisir entre réussite académique et réussite sociale. »

Sans surprise, être étudiante à Harvard n’affranchissait pas les jeunes femmes de la pression sociale qui s’exerce (consciemment ou non) sur elles.

« On peut soit être une pionnière, soit avoir une vie paisible »

C’est le dilemme des jeunes femmes ambitieuses qui se lancent à l’assaut d’un bastion masculin. Oui, ce vocabulaire guerrier est utilisé à dessein. Ce n’est pas parce qu’une profession n’est pas interdite aux femmes qu’elles y sont les bienvenues. Il reste dans l’univers professionnel un certain nombre de pré-carrés, sortes de village gaulois résistant encore et toujours à la mixité.

La finance est un de ces univers. Lorsqu’une étudiante de HBS a invité un manager de fonds d’investissements à venir faire une conférence à destination des étudiantEs souhaitant se lancer dans cette filière hautement lucrative (mais également très masculine), le professionnel lui a répondu un laconique « n’y allez pas ! ».

La justification de cette réaction transpire la patriarchie : l’intention n’était évidemment pas de renvoyer les femmes à leur cuisine, ce conseil était prodigué en toute bienveillance paternaliste. « Ils ne veulent pas de vous ». Sous-entendu : si vous y allez quand même, vous allez en baver. 

La réaction est un problème, mais la réalité est un problème plus sérieux encore. Car le manager en question a bien résumé le dilemme des jeunes professionnelles ambitieuses. Elles peuvent choisir d’investir une filière encore majoritairement réservée aux hommes, rien ne le leur interdit.

Mais elles devront faire plus d’efforts pour réussir à s’y intégrer. Elles seront davantage mises à l’épreuve que leurs homologues masculins.

Et surtout, elles seront très certainement et presque automatiquement élevées au rang de « role model ». Lorsque Marissa Mayer, la patronne de Yahoo, refuse de porter haut l’étendard du féminisme, il ne faut pas y voir un rejet de ses valeurs. Elle refuse simplement d’être « obligée », porte-parole par défaut de la cause.

Ce dilemme, une étudiante de HBS l’a parfaitement résumé par cette formule :

« Vous pouvez soit être une pionnière, soit avoir une vie plus simple, plus paisible. »

Résultats mitigés

À l’issue de deux ans d’expérimentation grandeur nature, le bilan est mitigé.

Plus de 70 professeurs, personnels administratifs et étudiant·e·s ont été interrogés, et témoignent d’une nette amélioration de l’intégration des femmes (étudiantes et professeures).

L’amélioration la plus notable a été la disparition de l’écart de niveau entre les hommes et les femmes chez les étudiant·e·s.

Mais les efforts déployés pour mener à bien cette expérience n’ont pas été unanimement bien accueillis. Certaines décisions prises par l’administration de l’école ont pu être perçues comme paternalistes, infantilisantes vis-à-vis des étudiant·e·s.

L’école a par exemple interdit le port de costumes en cours à l’occasion d’Halloween, pratique qui relevait pourtant de la tradition. Il s’agissait d’empêcher les étudiantes d’arriver en costume sexy, et de donner ainsi aux garçons « des raisons » de les objectifier…

…ou comment reprendre le raisonnement fallacieux de la mini-jupe et du harceleur de rue. Non, ce n’est pas aux filles de surveiller leurs tenues, c’est aux garçons de surveiller leur comportement. Ce n’est pas lutter contre le sexisme que de rentrer dans ce raisonnement, c’est au contraire s’inscrire précisément dans un stéréotype sexiste qui place sur les femmes la responsabilité des réactions des hommes.

De nombreux étudiants ont porté des t-shirts arborant le slogan « Unapologetic », une façon pour eux de rejeter « la leçon » qui leur était faite.

Un procédé critiquable, et critiqué

L’expérience anti-sexiste de HBS est loin de faire l’unanimité. Son succès relatif repose essentiellement sur l’amélioration des résultats académiques des étudiantes.

Est-ce le signe d’une véritable amélioration de la participation des femmes lors des cours ? Est-ce le changement de notation et de format d’exercice qui a permis de véritablement gommer un biais de genre (avec un format d’évaluation qui favorisait « naturellement » les hommes ?) Est-ce le signe d’un nouveau biais de genre, en faveur des étudiantEs cette fois-ci ?

Le bilan de l’expérience est donc difficile à déterminer.

Conclusion ?

Plusieurs conclusions peuvent néanmoins être retenues de cette expérience.

Les biais de genre existent, ils continuent de conditionner la façon dont nous appréhendons le monde. Ils continuent d’influencer nos choix. Et ce même au sein des classes les plus favorisées de la société (Harvard accueillant tout de même des étudiant·e·s considéré·e·s comme étant « l’élite »). Faute d’adresser ces constructions genrées, elles continueront de façonner nos représentations sociales.

Adresser et dénoncer les biais de genre est un processus complexe. Les actions déployées dans ce but ne peuvent être efficaces que si elles s’adressent aux hommes ET aux femmes. Il ne suffit pas « d’aider les femmes à rattraper » leur retard/ le décalage qui peut exister vis-à-vis des hommes.

Dans l’expérience d’Harvard, cela a conduit certaines étudiantes à adopter des comportements aussi rudes que ceux de leurs camarades, au lieu d’avoir pour effet d’amener les hommes à modérer leurs comportements.

Plus que jamais, la lutte contre le sexisme et les biais de genre ne peut pas se faire sans les hommes, sans leur prise de conscience et leur adhésion volontaire au processus. Plusieurs étudiants (et professeurs) de HBS ont été « braqués » par le côté magistral et contraint des exercices qui leur étaient imposés.

Nombreux sont ceux qui ont notamment refusé de prendre la parole en groupes de réflexion contre le harcèlement sexuel, par peur de « se griller » auprès des membres de leur réseau professionnel.

La sensibilisation au sexisme ne doit pas être humiliante, ni punitive envers les hommes. Ce n’est pas une revanche que les femmes ont à prendre, ce doit être un progrès social, bénéfique pour tous.

Enfin, la finalité n’est pas, pour les femmes, d’avoir nécessairement la même carrière que les hommes, mais d’avoir le choix. Et ce choix inclut celui de ne pas s’investir dans des filières qui ne les attirent pas. Ce choix inclut celui de ne pas souhaiter être un porte-étendard du féminisme, et de mener tranquillement sa carrière, réussir sans avoir à être « une femme qui a réussi ».

Harvard a le mérite d’avoir tenté l’expérience. Et l’expérience a démontré que le chemin pour atteindre l’égalité est encore long.

Que penses-tu de l’expérience d’Harvard ? 

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Marie.Charlotte a été jeune cadre dynamique pendant 3 ans avant de rejoindre la team MadmoiZelle. Elle aime les débats politiques et de société, les séries américaines et le sport (mais surtout à la télé). Elle est toujours à la recherche de jeunes professionnelles dans tous les secteurs, n'hésite pas à la contacter si tu souhaites témoigner !

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  1. nilujetttenilujettte

    Le 13 septembre 2013 à 21:46

    Pour comparer à l'échelle française, si cela t'intéresse d'approfondir, je t'invite à aller voir ce qui se passe du côté de l'INSEAD, @Marie.Charlotte.

    J'ai travaillé au sein du service "Carrières" pendant 4 ans, et j'ai pu voir de l'intérieur la quantité d'initiatives qui y étaient menées.

    Tout d'abord, dans cette école (concurrente directe de HBS dans les comparatifs internationaux), un club féminin dédidé aux perspectives de carrières uniquement dédié et dirigé par les femmes existe. Il s'appelle IWIB (insead women in business), et il organise des tas d'événements, y compris dans le secteur de la finance, pour que les femmes rencontrent les bons interlocuteurs (interlocutrices, souvent, d'ailleurs).

    Ensuite, tu peux accéder à toutes les statistiques de placement de carrière sur simple demande : les répartitions par sexe se trouvent dans les fascicules annuels.

    Il y a encore effectivement des difficultés à mettre en avant la carrière des femmes dans les hautes sphères, mais il y a aussi un point important à mettre en avant : l'âge moyen des femmes qui intègrent ce type de cursus est de 28 à 30 ans (toutes nationalités confondues), et de leur propre aveu, beaucoup préfèrent mettre leur carrière entre parenthèses afin de faire un bébé"avant qu'il ne soit trop tard".
    Pour leur défense, la plupart d'entre elles arrivent à un moment charnière de leur vie, et leur mari / compagnon gagnant très bien leur vie (encore une fois, toutes nationalités / origines culturelles confondues), elles décident de terminer leur cursus avec ce diplôme, puis de retourner à la vie active seulement environ 2 ans après. Certaines d'entres elles passent même ce diplôme en étant enceintes ou jeunes mamans (rien de péjoratif ou d'exceptionnel là-dedans, hein, ne me jettez pas de pierres ^^)

    Je ne sais pas si je suis très claire, mais si tu veux plus d'infos, je suis prête à t'éclairer là-dessus !
  2. TerryTerry

    Le 13 septembre 2013 à 22:17

    Posté par mazzie-star
    Seulement je pense que quand on met ce genre de costume très osé, on cherche à attirer le regard de l'autre, à être un minimum sexy et à plaire, par conséquent il faut s'attendre à recevoir des regards lubriques ou à ce que qu'une personne pense à autre chose qu'à faire un scrabble. Sinon, il faut retourner vivre au pays des Bisounours. C'est pareil pour les deux sexes d'ailleurs.


    Le problème, c'est que quoi que porte une femme, elle sera toujours sexualisée. Ce n'est pas la tenue qui est provocante, c'est le corps.
    Je sais pas si je suis claire, mais un homme avec un slip de borat, ça sera drôle. Une femme, ça sera excitant. (exemple un peu pourri mais j'ai pas trouvé mieux pour illustrer ma pensée :lol:)
  3. flyspanishflyspanish

    Le 13 septembre 2013 à 23:18

    "La justification de cette réaction transpire la patriarchie" Est-ce que ça ne serait pas plutôt "partiarcat" le mot qui convient? Il me semble que le "patriarchy" anglais est un faux ami @Marie.Charlotte
    Quoiqu'il en soit, je n'étais pas du tout au courant de cette expérience et je trouve l'idée intéressante, mais ça ne m'étonne pas qu'elle ai suscité des réactions de rejet. La discussion sur le harcèlement sexuel notamment me semble être quelque chose qu'on devrait faire plus souvent, mais peut-être à un autre âge/d'une autre façon.
  4. Mazzie-StarMazzie-Star

    Le 13 septembre 2013 à 23:26

    Posté par terry
    Le problème, c'est que quoi que porte une femme, elle sera toujours sexualisée. Ce n'est pas la tenue qui est provocante, c'est le corps.
    Je sais pas si je suis claire, mais un homme avec un slip de borat, ça sera drôle. Une femme, ça sera excitant. (exemple un peu pourri mais j'ai pas trouvé mieux pour illustrer ma pensée :lol:)


    Effectivement, la femme sera toujours sexualisée. Après, la plupart des hommes ne te regarderont pas de la même manière si tu es habillée de façon plus "sobre" que dans un déguisement de mère Noël sexy. De même tu ne vois et ne regarde pas de la même manière un(e) mec/fille habillé simplement et un(e) mec/fille habillé(e) de façon à mettre (beaucoup) en valeur ses atouts physiques.

    Ce qui me gêne c'est le paradoxe en fait. Comme je l'expliquais dans mon post précédent, il y a des tenues, des vêtements qui ont été créés de manière à "objectifier" la femme, la sexualiser encore plus et je considère que si l'on ne veut pas être vue comme un objet, on ne doit pas porter ce genre de vêtements car on entretient cette image. Après si on veut les porter, je respecte, j'en porte moi-même d'ailleurs ! Mais qu'on ne vienne pas après se plaindre des regards lubriques ou de susciter des "fantasmes" sous couvert de féminisme.

    Je serais super choquée qu'on me regarde/parle de façon non équivoque quand je suis habillée simplement. En revanche, si je portais une tenue "sexy", j'assumerais les regards, car je sais que je dévoilerais mes jambes/ma poitrine, et je trouverais ça normal qu'on me regarde, puisque je dévoilerais mes "atouts" féminins. Et je comprendrais que l'on puisse penser que je cherche à attirer ce genre de regards en raison de ma tenue.

    Mais je le répète et le répète encore rien ne justifie un viol ou des insultes, ou une réputation. On a le droit de faire ce que l'on veut avec son corps, le montrer ou non.
  5. GiandujaGianduja

    Le 14 septembre 2013 à 12:24

    @Rosenrot_   Je réagissais à ça : "La sensibilisation au sexisme ne doit pas être humiliante, ni punitive envers les hommes. Ce n’est pas une revanche que les femmes ont à prendre, ce doit être un progrès social, bénéfique pour tous."

    Je suis tout à fait pour la lutte contre le sexisme, mais comme le dit l'article, rien ne sert d'imposer de nouvelles façons de faire anti-sexistes s'il n'y a pas ou peu de travail et de réflexion sur les comportements des hommes, (et des sexistes en général hein, la misogynie n'étant pas l'apanage exclusif des hommes). À mon sens, l'échec de l'expérience tient surtout du fait que les efforts ont été concentrés davantage sur le fait de faire "rattraper leur retard" aux femmes que sur celui de faire changer les sexistes de mentalité.
    Quand on lit quelque part que des mesures anti-sexistes ont été prises "en dépit des hommes", ça fait passer les intentions féministes pour des volontés castratrices. En plus d'être tout à fait inefficace, ça va à l'encontre de ma conviction personnelle qui est surtout d'être pro-choix.

    L'article conclut, assez justement je trouve par : "La sensibilisation au sexisme ne doit pas être humiliante, ni punitive envers les hommes. Ce n’est pas une revanche que les femmes ont à prendre, ce doit être un progrès social, bénéfique pour tous." Voilà.

    @Mazzie-Star  Quand tu dis : "je considère que si l'on ne veut pas être vue comme un objet, on ne doit pas porter ce genre de vêtements car on entretient cette image. Après si on veut les porter, je respecte, j'en porte moi-même d'ailleurs ! Mais qu'on ne vienne pas après se plaindre des regards lubriques ou de susciter des "fantasmes" sous couvert de féminisme." je ne comprends pas. Il fait chaud, plein de mecs se promènent en ville torse nu, juste en short. Si moi, je souffre trop de la chaleur et que je me balade "juste en short" en ville, je suis désolée, mais je ne vois pas au nom de quoi j'aurais droit à plus de remarques ou des remarques plus déplacée que les mecs qui font pareil. Et ce ne sera pas la faute de mon short. Les vêtements sont ce qu'on en fait, ils ont l'image qu'on leur donne et l'importance qu'on leur accorde.
    Ce que tu dis, revient à affirmer qu'en fonction de ce qu'on porte, on "cherche" les regards désobligeants des hommes. Que l'on suscite le désir ou n'importe quel sentiment, c'est une chose, et une chose contre laquelle on ne peut rien, mais les femmes qui "se plaignent", dénoncent le comportement et les gestes déplacés qui eux, ne sont pas acceptables !

    Je ne comprends absolument pas que l'école ait interdit de porter certains costumes parce que ça renforce l'idée que des fesses de femme sont moins décentes que des fesses d'homme, qu'il y a des choses que la bienséance ne permet pas aux femmes parce qu'elles sont des femmes et des choses qui ne sont pas choquantes tant qu'elles sont entreprises par des hommes. C'est ce genre de mesure qui renforce l'idée que la femme ne demande qu'à être réifiée et non les vêtements eux-même !
  6. Annie D'AstréeAnnie D'Astrée

    Le 14 septembre 2013 à 12:56

    Posté par mazzie-star
    Il y a un point qui m'a fait tiquer, relatif aux costumes d'Halloween.

    Il y a certaines tenues/costumes/vêtements qui sont fait clairement de manière à rendre la femme sexy, voire à en faire un objet (je pense ici à certains costumes de mères Noël, de sorcières, de zombies). Bien sûr que les garçons doivent corriger leur comportements et que jamais cela ne justifiera un viol ou une insulte, ou une réputation de p***.(je préfère le souligner histoire qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dit).

    Seulement je pense que quand on met ce genre de costume très osé, on cherche à attirer le regard de l'autre, à être un minimum sexy et à plaire, par conséquent il faut s'attendre à recevoir des regards lubriques ou à ce que qu'une personne pense à autre chose qu'à faire un scrabble. Sinon, il faut retourner vivre au pays des Bisounours. C'est pareil pour les deux sexes d'ailleurs.

    Je comprends donc l'interdiction d'Harvard, qui refuse que ces jeunes filles contribuent au sexisme ambiant en "s'objectifiant" lors des cours (je sais que ce mot n'existe pas, mais je ne savais pas comment le formuler).


    Merci pour évoquer le fond de ma pensée!
    Je trouve de plus souvent, sous couvert de féminisme l'idée que "Hé portes ce que tu veux, tu es libre, girl power

    Sauf que le monde c'est pas joli. Par idée de pure défiance, j'irais pas en mini short dans mon ancienne cité. Au bout d'une rue de catcalling et d'insultes machistes, j'ai certes prouvé mon libre choix mais j'ai pas fait avancer le débat (coucoulesFEMEN)

    Le truc c'est que clairement on peut porter ce qu'on veut, mais comme tout le reste, il faut assumer ce qui en découle. Si j'avance une opinion impopulaire devant un parterre de monde je dois m'attendre à des répliques. Si je dis à un homophobe notoire que je suis gay, je dois m'attendre à une réplique. Si je porte une jupe courte, je dois m'attendre à des regards. Si je porte un regard trop insistant à une jeune fille, je dois m'attendre à une gifle… Il faut juste être prête à se défendre et avoir les couilles de le faire. Ce n'est pas normal au sens c'est comme ça que ça doit être mais c'est comme ça et on espere que ça changera. :pray:
  7. GiandujaGianduja

    Le 14 septembre 2013 à 13:46

    @Rosenrot_

    Oui c'est surtout ça que je voulais dire, on sent que, bien que l'intention ait été bonne, la démarche a été faite par quelqu'un qui maîtrisait mal son sujet.
    Et je j'ai écrit "échec" parce que je suis une éternelle insatisfaite doublée d'une pessimiste sans nom ^^ mais je reconnais qu'au vu des résultats, l'expérience aura au moins eu le mérite de réduire l'écart entre les résultats des femmes et des hommes.
    Ce n'est pas normal que cela se fasse "en dépit des hommes", ce qui serait normal, c'est que cela se fasse en dépit de la toute puissance de l'autorité masculine. Je suis persuadée que pour que l'égalité de droits entre les hommes et les femmes soit possible (et par possible, je veux dire effective), rien ne se fera sans les hommes.
    Dans l'expérience, des hommes se sont braqués, ils ont refusé de participer à l'expérience, c'est bien que leur mentalité n'a pas évoluée.
    Et quand je parle de mesure punitive, je pense notamment à la mesure sur les déguisements, au final, elle a "punit" tout le monde, sous couvert de réduire les inégalités mais la démarche était d'ors et déjà biaisée par un point de vue sexiste.
    Il fut un temps lointain (très lointain) pendant lequel je pensais que les femmes qui s'habillaient court et qui se faisaient agressées dans la rue l'avaient pourtant bien cherché (ah, adolescence vile et crédulité, ou absence de neurones, c'est selon), et ce n'est pas un exercice imposé dont je n'aurait pas compris les enjeux qui m'aurait fait changer d'avis. Ce que je veux dire, c'est que je crois dur comme fer en la sensibilisation des gens en faveur de valeurs anti-sexistes, mais que bien, évidemment, ce n'est pas seulement en imposant de nouvelles méthodes pédagogiques qu'on y arrive.
    Bien sûr, je trouve la démarche dans son ensemble plutôt bonne, la lutte contre les idées sexistes étant pour moi une évidence, mais je pense qu'ils s'y sont mal pris. Rien n'a été entreprit dans le but faire changer les mentalités des hommes, et mettre en place des façon de travailler plus égalitaires ne suffit pas toujours à provoquer un déclic chez les détracteurs de la méthode qui n'y perçoivent rien d'autre qu'une contrainte imposée.
    Je parle de rattraper le retard des femmes parce que "Les actions déployées dans ce but ne peuvent être efficaces que si elles s’adressent aux hommes ET aux femmes. Il ne suffit pas « d’aider les femmes à rattraper » leur retard/ le décalage qui peut exister vis-à-vis des hommes.

    Dans l’expérience d’Harvard, cela a conduit certaines étudiantes à adopter des comportements aussi rudes que ceux de leurs camarades, au lieu d’avoir pour effet d’amener les hommes à modérer leurs comportements."
  8. Mazzie-StarMazzie-Star

    Le 14 septembre 2013 à 15:12

    Posté par gianduja
    @Rosenrot_    Je réagissais à ça : "La sensibilisation au sexisme ne doit pas être humiliante, ni punitive envers les hommes. Ce n’est pas une revanche que les femmes ont à prendre, ce doit être un progrès social, bénéfique pour tous."

    Je suis tout à fait pour la lutte contre le sexisme, mais comme le dit l'article, rien ne sert d'imposer de nouvelles façons de faire anti-sexistes s'il n'y a pas ou peu de travail et de réflexion sur les comportements des hommes, (et des sexistes en général hein, la misogynie n'étant pas l'apanage exclusif des hommes). À mon sens, l'échec de l'expérience tient surtout du fait que les efforts ont été concentrés davantage sur le fait de faire "rattraper leur retard" aux femmes que sur celui de faire changer les sexistes de mentalité.
    Quand on lit quelque part que des mesures anti-sexistes ont été prises "en dépit des hommes", ça fait passer les intentions féministes pour des volontés castratrices. En plus d'être tout à fait inefficace, ça va à l'encontre de ma conviction personnelle qui est surtout d'être pro-choix.

    L'article conclut, assez justement je trouve par : "La sensibilisation au sexisme ne doit pas être humiliante, ni punitive envers les hommes. Ce n’est pas une revanche que les femmes ont à prendre, ce doit être un progrès social, bénéfique pour tous." Voilà.

    @Mazzie-Star   Quand tu dis : "je considère que si l'on ne veut pas être vue comme un objet, on ne doit pas porter ce genre de vêtements car on entretient cette image. Après si on veut les porter, je respecte, j'en porte moi-même d'ailleurs ! Mais qu'on ne vienne pas après se plaindre des regards lubriques ou de susciter des "fantasmes" sous couvert de féminisme." je ne comprends pas. Il fait chaud, plein de mecs se promènent en ville torse nu, juste en short. Si moi, je souffre trop de la chaleur et que je me balade "juste en short" en ville, je suis désolée, mais je ne vois pas au nom de quoi j'aurais droit à plus de remarques ou des remarques plus déplacée que les mecs qui font pareil. Et ce ne sera pas la faute de mon short. Les vêtements sont ce qu'on en fait, ils ont l'image qu'on leur donne et l'importance qu'on leur accorde.
    Ce que tu dis, revient à affirmer qu'en fonction de ce qu'on porte, on "cherche" les regards désobligeants des hommes. Que l'on suscite le désir ou n'importe quel sentiment, c'est une chose, et une chose contre laquelle on ne peut rien, mais les femmes qui "se plaignent", dénoncent le comportement et les gestes déplacés qui eux, ne sont pas acceptables !

    Je ne comprends absolument pas que l'école ait interdit de porter certains costumes parce que ça renforce l'idée que des fesses de femme sont moins décentes que des fesses d'homme, qu'il y a des choses que la bienséance ne permet pas aux femmes parce qu'elles sont des femmes et des choses qui ne sont pas choquantes tant qu'elles sont entreprises par des hommes. C'est ce genre de mesure qui renforce l'idée que la femme ne demande qu'à être réifiée et non les vêtements eux-même !


    Il y a des vêtements qui ont été connotés, que ce soit par leurs créateurs ou les médias ou les gens en général voire les trois.

    Je ne parle pas du simple short ou de la petite jupe que l'on porte en été (ou en hiver). Effectivement dans ce cas, les remarques sont clairement déplacées car c'est l'été, il fait chaud, tout le monde en porte et tu ne cherchais rien d'autre qu'à avoir moins chaud. De même, si tes fesses sont moulés dans ton jean ou ta poitrine dans ton tee shirt, c'est ton corps et tu ne vas pas non plus porter une toge pour le cacher. Dans ces cas là, oui je veux bien hurler au scandale.

    Par contre, si l'on prend l'exemple du combo "cliché" grand décolleté/micro-jupe/ collants résilles/ talons hauts/ maquillage à outrance, les gens vont forcément t'associer, inconsciemment ou non, à une femme-objet des magazines et des publicités, qui cherche à attirer les regards, dévoiler son corps, séduire et n***** à tout prix. Par conséquent, si un type te mate ouvertement, ou vient te dire que tu es sexy, c'est pas du sexisme, le mec a seulement pensé que vue ta tenue, tu dois être plus "OP" que la nana en jean/short basket.

    De la même manière, je ne connais pas ton type de garçon, mais si tu es attirée par exemple, par les grands musclés, si tu en vois un avec un tee-shirt moulant ses biceps, tu vas regarder. De même, un jour où tu as envie de pécho, un type qui aurait de gros "attributs" moulés volontairement pour attirer le regard des filles dans son maillot de bain sur la plage. C'est humain, et tu penses que vu l'attitude du mec, ça ne lui pose pas de problème.

    Attention, je ne parle surtout pas du type qui va te poser une main aux fesses, t'insulter, voire t'agresser sexuellement, rien ne justifiera cela, même si tu te balades à poil dans la rue personne n'a le droit de s'adresser à toi de cette façon et de te toucher sans ton accord. Il y a un monde entre se faire simplement mater et se faire agresser sexuellement

    Seulement, faut pas hurler au sexisme quand on se fait draguer/mater alors qu'on a volontairement mis une tenue ambigüe et cataloguée comme sexuellement explicite. Je ne vise pas ici, comme je l'ai dit plus haut, une jupe ou un short ou un jean moulant, je parle vraiment des tenues "hot", genre le costume de Mère Noël sexy, la combinaison en latex (j'en ai vu), le décolleté vraiment pigeonnant et moulant etc… D'où la raison pour laquelle je comprends Harvard, qui ne veut pas voir ses filles déguisées en objet sexuel et entretenant le mythe de la femme-objet.
  9. Mazzie-StarMazzie-Star

    Le 14 septembre 2013 à 21:49

    Posté par rosenrot_
    @mazzie-star : Mais on peut vouloir être désirable ET demander du respect. Personne ne parle d'interdire de regarder ou draguer quelqu'un. Ces deux choses peuvent se faire respectueusement et sans mettre la personne mal à l'aise. Bref, en la traitant comme un être humain. Être sexy n'est pas être un objet, et aucune femme n'a d'obligation de "ne pas entretenir le mythe de la femme-objet". C'est le regard des gens qui fait de la femme un objet, pas la tenue qu'elle porte. ;)
    Je ne considère pas les hommes que je trouve attirants comme des objets, et je ne me permettrai jamais de ne serait-ce que les regarder avec insistance si je vois que ça ne leur plaît pas.


    Tout à fait, je ne trouve pas cela irrespectueux de regarder ou draguer quelqu'un, il y a manque de respect à partir du moment où il y a une agression verbale/physique.

    Oui, c'est le regard des gens qui fait de la femme un objet, mais pourquoi ? Parce que les médias nous bombardent d'images montrant des femmes dans des tenues légères et les présente comme des objets. Au fond, la faute est celle des publicitaires et des directeurs et directrices de magazines. Les hommes et les femmes en sont victimes. Comme la plupart des gens sont c****, ils ne se réfléchissent pas par eux-mêmes (les agences de publicité le savent très bien, et ça n'est un secret pour personne) et imaginent que si les magazines et la sacro-sainte télévision le montre, c'est parce que c'est la réalité.

    J'enfonce une grosse porte ouverte, mais on a tendance à l'oublier et à mettre la faute entièrement sur le dos du "petit peuple". Donc je ne tiens pas les hommes pour uniques responsable de cela.

    Si demain la beauté parfaite est représentée par une femme obèse partout, toutes les filles minces ou un peu rondes seront vues comme des parias. Et les personnes qui critiqueront ces dernières n'en seront au fond, pas responsable.

    Pour revenir au sujet, je ne déresponsabilise pas entièrement les hommes et les femmes, tout le monde a un cerveau et s'ils ne sont pas capables de penser qu'il y a une marge entre un regard et une main au cul, c'est qu'ils ont besoin de se faire enfermer.
  10. cailhincailhin

    Le 17 septembre 2013 à 13:07

    Pour celles que ça intéresse, un autre article a été publié sur la question sur Rue89

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