Le cake d’amour de Peau d’Âne : le mystère élucidé

Cette semaine, Eve a décidé de tester la recette du gâteau d'amour de Peau d'Âne.

Le cake d’amour de Peau d’Âne : le mystère élucidé

Publié initialement le 20 avril 2012

Aujourd’hui, mes pipistrelles, permettez-moi de m’intéresser à un mystère vieux comme le monde, celui des secrets de princesses et plus précisément, celui du cake de Peau d’Ane. Car s’il est un mystère en matière de séduction et de gastronomie, il s’agit bien du mystérieux gâteau d’amour : comment une meuf affublée d’un cadavre de bourriquet a-t-elle réussi à poutrer un prince avec un banal quatre-quarts même pas nappé de chocolat ni accompagné de crème anglaise ? Je vous le demande.

Une seule solution pour le savoir : ensemble, testons cette recette mythique en chantonnant cet air de Michel Legrand que, pour une fois, nous n’entonnerons pas rondes comme des queues de pelle entre le fromage et la bûche, Peau d’Âne restant indéniablement notre rediff-des-vacances-de-Noël préférée (juste après Maman j’ai raté l’avion).

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J’avais donc prévu de mettre ma robe couleur de temps, mais je ne rentre plus dedans depuis qu’un énième enfant a décidé de s’installer dans mon utérus (ce qui constitue un handicap majeur en soi, aucune princesse n’étant connue, à ce jour, pour avoir emballé un prince avec un polichinelle dans le tiroir). J’ai donc mis mon plus beau tablier de ménagère dépressive, celui en imprimé léopard hérité de ma grand-mère punk, pour tenter de percer le secret de ce fameux gâteau censé permettre à n’importe quelle souillon d’épouser un chef d’État. Si ça marche, croyez-moi, je tente direct ma chance avec Barack : il me chantera Sweet Home Chicago en mangeant du cake et nous vivrons heureux et aurons beaucoup d’enfants (enfin pas trop quand même, ça va j’ai déjà donné hein).

J’ai donc commencé par préparer ma pâte dans une jatte, dans une jatte PRESQUE plate, car croyez-moi, en 2012, plus personne ne s’encombre d’une jatte plate dans sa cuisine. Sans déconner, que pourrais-je bien foutre d’un tel ustensile, à part peut-être m’en servir de frisbee pour dégommer les chats de la voisine qui dorment le cul sur mes tulipes ? Bref, ainsi munie de ma jatte PRESQUE plate et sans plus de discours j’ai allumé mon… j’ai allumé mon four.

Introducing : la jatte

J’ai pris de la, j’ai pris de la farine, versé dans la, versé dans la terrine, quatre mains bien pesées autour d’un puits creu… autour d’un puits creusé, ce qui correspond grosso modo à 200g de farine si l’on en croit la capacité de mes mains de princesse (beaucoup plus délicates que celles de Cendrillon, mais moins tatouées que celles de Stéphanie de Monaco) et ma balance de cuisine électronique.

J’ai choisi quatre, j’ai choisi quatre œufs frais. Quant au fait qu’ils soient du ma’, qu’ils soient du matin frais, permettez-moi d’en douter : j’ai dû me contenter d’œufs achetés en supermarché mais j’en ai pris des bio, car il paraît que les princesses militent contre l’élevage des poules en batterie et plus généralement, contre la maltraitance animale (ou du moins, c’est ce qu’elles disent : ça leur donne un argument de plus pour se la péter dans le royaume, et une excuse toute trouvée pour se pavaner à poil à l’occasion des campagnes de la PETA). Et puis de toute façon, peu importe, l’essentiel étant, si j’en crois la recette, de ne pas utiliser d’œuf de plus de vingt jours car à ce stade, un poussin sort toujours. Sans blague Peau d’Âne, t’as trouvé ça toute seule qu’il fallait pas cuisiner des œufs couvés depuis trois semaines ? Grosse maligne va.

Point de poussin mort, tout va bien.

J’ai ensuite ajouté un bol entier, un bol entier de lait. Bien crémeux s’il, bien crémeux s’il vous plaît. Ça va, je ne suis pas du genre à me foutre de votre gueule avec du lait écrémé ou du Sojasun : je sais hélas que ce n’est pas avec du lait de soja qu’on emballe les princes.

De sucre j’ai parsemé et j’ai amalga… et j’ai amalgamé. J’ai bien dit « amalgamé » hein. Les roturières comme vous et moi avons tendance à incorporer, à mélanger, à délayer mais chez les princesses, que nenni, on A-MAL-GAME (serait-ce la clé du succès ? qui sait…).

M’est avis que si Peau d’Âne avait disposé d’un robot ménager dans son gourbi, elle-même se serait épargnée de se casser la chatte à amalgamer à la main. In technologie we trust.

J’ai ajouté une main, une main de beurre fin. Et je vous dis pas la gueule des mains après ça : si Peau d’Âne avait eu une balance de cuisine, laissez-moi vous dire qu’on se serait épargné de dégueulasser la cuisine au moment des dosages.

J’ai aussi mis un souffle de, un souffle de levain, et comme le poids du souffle est assez vague dans mon esprit, j’ai considéré qu’une pincée ferait l’affaire. Si la recette est un échec, vous pourrez toujours m’en vouloir et me dire : « Ben voilà connasse, si t’avais été foutue de mettre un SOUFFLE et pas une pincée de levain, on n’en serait pas là, à racoler du mâle sur Adopte un Mec ». De la même façon, j’espère ne pas m’être trop ramassée sur la larme de miel et le soupçon de sel que j’avoue avoir ajoutés de façon quelque peu approximative. L’avenir nous dira si cette prise de liberté par rapport à la recette originale nous empêchera de pécho le prince Harry (j’y peux quoi, moi, si son frangin est déjà pris ?).

Il fut temps à, il fut temps à présent, tandis que je, tandis que je brassais de glisser un présent pour mon fian’… pour mon fiancé. À ce stade, je me suis dit que j’avais l’embarras du choix et que je pourrais faire simple en optant pour une fève (j’en ai une très jolie en forme de Marge Simpson, récupérée dans une galette surgelée servie à la cantine en 1994). Mais je me suis ensuite rappelé qu’on coupe presque toujours la galette sur la fève et que ça, ça énerve par-dessus tout. Or, irai-je jusqu’à prendre le risque d’énerver mon futur prince qui, en heurtant la fève de son couteau, pourrait me jeter mon cake d’amour à la tête s’il est du genre nerveux et irritable ? Je ne pense pas.

Il restait donc l’option « grosse copieuse qui fait comme Peau d’Âne et comme toutes les grognasses de contes de fées », laquelle consiste à opter pour une simple bague. Or, j’avais en l’occurrence le choix entre les trois que j’ai en ma possession. Sacrifier mon alliance pour tenter ma chance aurait vraiment été de très mauvais goût, les princes n’étant pas du genre à s’envoyer de la femme mariée, du moins pas à les prendre en épousailles (à moins de tomber sur un gentil prince polygame ?). J’ai aussi ma grosse bagouze tête de mort digne d’un Hell’s Angel, offerte par le manant qui m’a prise pour femme en guise de demande de fiançailles (ne me demandez pas pourquoi il m’a subitement confondu avec une bikeuse, cela demeure un mystère qu’il conviendra d’élucider un jour ou l’autre). Oui, mais mêler cette bague au gâteau, cela reviendrait à encourir le risque que le prince se pète une dent en mangeant le cake, ce qui risquerait de le mettre sacrément en rogne (surtout si c’est une dent de devant). Restait alors la possibilité de sacrifier mon plus beau diamant, celui que même Lady Di rêverait d’avoir (bon ok, peut-être pas Lady Di) mais alors là, plutôt crever que de sacrifier un si joli caillou pour un gâteau qui finira peut-être réduit en miettes et jeté aux pigeons, si le prince convoité est du genre ingrat (et ne sous-estimons jamais l’ingratitude des têtes couronnées, en dépit de notre engouement et de notre bonne volonté).

Comme aucune précision n’est évoquée dans la recette quant à la nature du présent, j’ai donc beaucoup réfléchi et cherché quelque chose de plus personnel et intime qu’une vulgaire bague. J’ai bien pensé à déposer mon stérilet dans la pâte, vu que celui-ci ne m’est pas d’une grande utilité en ces temps de gestation… Mais justement, offrir à son prince un objet, même très précieux, auquel on ne tient pas plus que ça, c’est un peu se foutre de sa gueule tout de même. Sans compter que ce n’est pas en radinant sur les moyens qu’on peut escompter se hisser sur le trône. J’ai donc sacrifié un objet cher à mon cœur que j’ai déposé dans la pâte et, telle une véritable princesse, j’ai amalgamé.

Ajout d’un présent à ma pâte à gâteau sans grumeaux ou presque. Oui je sais, je me suis pas foutue de sa gueule.

Un souhait d’a’, un souhait d’amour s’impose. Le mien fut très honorable puisque j’ai fait le vœu que mon prince ait un gros kiki grand cœur. Et tandis que la pâte, que la pâte reposait, j’ai lissé le plat de beurre, conformément aux directives de la recette qui est bien le genre de truc pensé par une meuf qui se contrefout des calories et qui a tendance à penser que les princes se moquent des capitons incrustés (et après, ça se planque sous une peau de bestiau tellement ça ose pas se mettre en maillot ! Morue, va !). Pour finir, j’ai laissé cuire une heure.

Et ça a donné ça :

Pas de quoi casser trois pattes à un canard hein. On dirait un quatre-quarts au beurre de chez Lidl, en moins harmonieux. Mais bon, goûtons pour voir s’il est effectivement opportun d’offrir ce genre de présent à un prince ou à tout homme convoité.

Raisonnablement, je ne pense pas. Autant lui servir de la tête de veau ou du pâté en croûte… Mais que voulez-vous, c’est déjà pas si mal d’avoir essayé. Le jour où nous nous retrouverons toutes vieilles filles ou mariées à des minables sans ambition (comprenez, des mecs qui cherchent même pas à être aussi beaux et forts que Bear Grylls), nous pourrons toujours nous réconforter en nous rappelant que oui, pour de bon, on aura vraiment mis toutes les chances de notre côté, et tout, TOUT essayé.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • 3
    3, Le 9 août 2016 à 23h46

    J'ai adoré cet article! Le sujet ne me passionne pas du tout, je trouve le film un poil (d'âne) glauque et niaiseux en même temps, mais bordel!! Le ton les blagues et jeux jeux de mots m'ont fait glousseter bien fort!
    Merci pour cette parenthèse humoristique et caustique, ce que ça fait du bien!:yawn:

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