Du manque d’amour à la complicité — Fête des mères 2016

Pour la fête des mères 2016, Sophie nous parle de sa relation avec sa mère qui n'a pas toujours été facile. Du manque d'amour à la complicité, elles ont fait bien du chemin.

Du manque d’amour à la complicité — Fête des mères 2016

Clairement, je n’ai pas beaucoup de souvenirs de ma relation avec ma mère quand j’étais enfant. D’après elle (elle se l’est beaucoup reproché), elle n’était pas du tout démonstrative, que ce soit oralement ou physiquement.

Je n’arrive pas à m’en rappeler, mais en revanche, je me souviens avoir eu des amies qui se confiaient ou se plaignaient beaucoup à leur mère, et ça me surprenait : je trouvais qu’elles faisaient filles-à-maman, princesses, etc.

Je ne comprenais vraiment pas comment on pouvait tout raconter à sa mère. J’en déduis donc qu’il n’y avait vraiment pas de communication entre nous.

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L’absence d’amour

Un épisode m’a particulièrement marquée. Je devais avoir entre sept et neuf ans, et elle était venue me chercher à l’école. Sur le chemin du retour, elle a fondu en larmes en me disant qu’elle avait l’impression que je ne l’aimais pas.

On a fini par pleurer toutes les deux : je lui répondais que si, je l’aimais, mais elle me répétait que je ne saisissais pas ce qu’elle voulait dire. Sincèrement, elle avait raison, je ne comprenais rien à ce qu’il se passait et je lui disais que je l’aimais parce que je voyais qu’elle était triste, mais je ne savais vraiment pas ce qu’était l’amour.

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La pire période dans notre relation a été de mes onze ans jusqu’à mes dix-sept ans. Ça a été un enfer pendant six ans — après, je suis partie vivre chez mon père.

C’était « simple », je ne l’aimais effectivement pas. Je m’en veux d’écrire ces mots, je sais que c’est quelque chose qui ne se dit pas, et souvent, les gens pensent qu’on ne peut pas ne pas aimer sa mère (surtout si elle n’a rien fait de condamnable). Pourtant, je me souviens clairement de ce que je ressentais, et ce n’était pas de l’amour.

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Mon père sur un piédestal, ma mère plus bas que tout

Mes parents ont divorcé quand j’avais sept ans. Sur le moment, je n’ai pas vécu un quelconque choc ou traumatisme, mais tout est ressorti pendant cette période.

J’avais placé mon père sur un piédestal, et il critiquait très souvent ma mère. Quand je faisais ou disais quelque chose qui ne lui plaisait pas, il me disait que j’étais comme elle.

Je faisais donc tout pour ne pas lui ressembler, mais vu qu’au fond de moi, j’étais persuadée que c’était le cas, je la faisais payer. Je lui parlais mal, tout le temps. Je la prenais de haut et la dénigrais.

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Lorsqu’elle pleurait à cause de moi, je m’en allais en levant les yeux au ciel. Une fois, je crois même lui avoir dit qu’elle était ridicule ou pitoyable.

Je la rabaissais. J’avais honte d’elle. J’avais douze, treize ou quatorze ans et j’étais la pire des connasses avec ma mère.

À lire aussi : La famille, ce n’est (toujours) pas très important pour moi — Témoignage et mise à jour

Je me souviens qu’une fois, pendant une énième engueulade, je me suis mise à saigner du nez. C’était sûrement un hasard, mais elle s’est inquiétée, et je m’en suis servie pour la faire culpabiliser.

C’était fou, je ne comprenais pas ; quand il s’agissait de ma mère, je n’éprouvais aucune émotion, pas même de la haine.

Parfois, je me dis que je cherchais la dispute avec elle pour enfin ressentir quelque chose à son égard, même un sentiment négatif, mais ça ne fonctionnait pas.

Je regardais les reportages à la télé sur les ados qui étaient en crise, mais je ne me reconnaissais jamais en eux. Dans ces émissions, il y avait toujours un instant de tendresse, un moment où l’enfant disait ou montrait à l’un de ses parents qu’il l’aimait. Et moi je savais que ça ne m’arriverait pas. Je n’avais jamais envie d’être sympa avec elle.

C’est une partie très douloureuse à écrire car je m’en veux beaucoup de ce que je lui ai fait subir pendant ces six années. Pourtant, je ne l’ai jamais insultée, je n’ai jamais fugué, mais j’ai l’impression d’avoir fait bien pire.

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Je connaissais ses faiblesses dues à son enfance, et je crois que j’aurais pu la détruire si elle n’avait pas eu la force psychologique qu’elle a.

Le déménagement, et le changement de perspectives

J’ai redoublé mon année de première pour me réorienter, et j’en ai profité pour aller habiter chez mon père, et donc changer de lycée. Pendant cette année-là, ma mère a commencé une thérapie chez un psy.

Quant à moi, je n’en suis pas certaine, mais je pense que j’ai fait une bonne grosse déprime. Ça se passait très mal avec mon père (qui, du coup, a fait une chute vertigineuse du piédestal sur lequel je l’avais érigé), je me suis mise à m’auto-mutiler les bras…

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Bref, c’était presque pire en un an avec mon père qu’en six avec ma mère. Je me disais que le problème venait de moi, que j’étais incapable d’avoir une relation normale avec la personne avec qui j’habitais. Du coup, je me détestais.

Mais cette année-là, mine de rien, le fait d’être loin l’une de l’autre nous a permis de respirer, chacune de son côté, pour pouvoir tisser des liens et construire un début de relation.

Ça a commencé tout doucement, et puis, un jour, j’ai fini en larmes devant elle en lui disant que je voulais revenir à la maison (bonjour la capricieuse…), car je n’en pouvais plus d’être chez mon père. J’ai donc fait mon année de terminale chez ma mère. Ensuite, j’ai eu mon bac et je suis partie faire mes études dans une ville où j’avais un appartement, un chez moi, où je vivais seule.

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La vie adulte et la complicité, enfin

Depuis, notre relation n’a cessé de s’améliorer. Nous évoluons chaque jour de notre côté, et de plus en plus dans le même sens ; nous nous trouvons beaucoup de points communs, de sujets de conversation, je suis capable de rester des heures au téléphone avec elle.

C’est comme si nous étions parties chacune d’un bout de la planète pour se rejoindre en chemin et continuer à voyager ensemble.

Il y a quelques petits bémols, même si ce n’est rien de grave : elle est tellement contente que nous nous entendions bien, et elle a tellement évolué sur le côté démonstratif que je sens parfois qu’elle attend énormément de moi. Ça me met pas mal la pression car pour le coup, je suis très peu tactile et démonstrative avec elle.

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Elle veut souvent me faire des câlins ou des bisous, et je suis très mal à l’aise avec ça. Elle le ressent et je vois que ça l’attriste — de plus, elle pense que c’est sa faute car elle ne m’en a pas fait quand j’étais enfant…

Je n’ai pas encore assez de recul pour analyser la relation que j’ai désormais avec ma mère. Mais en tout cas, je peux maintenant dire que je l’aime. J’en suis sûre. C’est probablement l’une des personnes que j’aime le plus au monde et certainement celle à qui je fais le plus confiance.

J’admire qui elle est, ce qu’elle fait et la force de caractère qu’elle a eue pour pouvoir me supporter.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Haneda
    Haneda, Le 29 mai 2016 à 16h06

    Je le trouve dur ce témoignage:sad:
    Je ne vais pas juger la Madz qui l'a écrit, mais il semblerait que sa maman a vite "compris" que sa fille ne ressentait "rien" pour elle, je me demande tout de même qu'est ce qui a pu les amener a ça...Bon ça c'est arrangé depuis, et c'est tant mieux, mais vraiment, si la maman n’était pas une "mauvaise" mère en soit, comment se fait il que son enfant la rejette comme ça? Si petit en plus? :oo:
    Je demande car vraiment je ne comprend pas ce qui a pu arriver pour que ce soit a ce point la, ce n'est pas du tout pour critiquer

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