Breaking news : c’est possible d’aimer la littérature engagée et les tutos beauté

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Alison peut lire Simone de Beauvoir et ensuite passer une heure à se coller des paillettes sur les ongles, et elle ne voit pas où est le problème !

Breaking news : c’est possible d’aimer la littérature engagée et les tutos beauté

Je pensais que l’étiquette « superficialité » collée sur les filles qui se maquillent était de plus en plus dépassée. Même chose pour l’image stéréotypée des féministes face à la beauté.

Mais depuis quelque temps, dans la rue, à la télé ou même dans mon entourage, j’entends des remarques qui me dérangent un peu sur les filles maquillées et sur le maquillage en général. Des petits commentaires du genre :

 « Je préfère les filles au naturel car le maquillage c’est dégueu. »

« Tu n’as pas besoin de ça. »

« Moi personnellement je me prends pas la tête avec ces conneries. »

« Mais pourquoi tu te maquilles ? »

Le jugement sur le maquillage n’a pas de sexe, il vient aussi bien d’une femme que d’un homme, et il n’a pas d’âge non plus (je pense que ça va être sympa cette époque future où tout le monde pourra faire ce qu’il veut de son apparence sans être passé•e au crible, j’ai vraiment très hâte d’y être).

Oui j’ai fait des études de lettres et je peux passer des heures à regarder des tutos beauté

Quelqu’un de mon entourage m’a déjà fait deux remarques sur le fait que je regarde des vidéos beauté sur YouTube à mes heures (pas) perdues.

La première remarque, très sympa :

« Dire que tu regardes ça alors que t’as fait des études de lettres… »

La deuxième remarque, tout aussi mignonne :

« Tu regardes ces conneries et tu dis que t’es féministe après… »

Pour être honnête, au lieu de dire que je suis féministe, je préférerais dire que je suis « humaniste ».

Mais dans un monde où des hommes qui sont de vrais ennemis des femmes (et d’une bonne partie de l’humanité en général) sont élus à la tête de pays puissants, le mot féministe ne me fait pas peur, au contraire.

Tout ça pour dire qu’après avoir contrôlé mon regard noir, inspiré et expiré très fort, j’ai expliqué à la personne de mon entourage que justement, je suis pleinement au courant de ce que je fais.

À lire aussi : Je suis féministe, mais… c’est pas toujours évident

Pour moi, être féministe c’est être consciente de ses droits et de ses libertés en tant qu’individu, et ça s’applique à tous les domaines.

Je suis libre de ne pas porter de maquillage, de ne pas me coiffer, de ne pas porter de talons, de jupes, de décolletés. Mais je suis également libre de le faire si j’en ai envie.

Ce qui me pousse à me mettre du rouge sur les lèvres est sûrement différent de ce qui poussait les femmes à s’appliquer des insectes écrasés sur leurs bouches au Moyen Âge.

Personne ne me dicte mes codes de beauté, je fais ce que je veux et ce qui me plaît. Alors oui, je m’inspire, je regarde ce qu’il se passe autour de moi pour décider de ce que j’aime ou non, sans forcément suivre les tendances.

C’est vrai aussi que j’adore lire, que j’ai étudié la littérature et que j’ai particulièrement aimé les auteures féministes.

L’une de ces passions n’empêche pas l’autre, je ne vois pas en quoi elles sont paradoxales.

À mes yeux, ce sont des intérêts compatibles. Au-delà de mon exemple personnel de la littérature, de façon générale, je trouve ça abusé de justifier que l’on peut être instruite et être consciente des enjeux de notre société, tout en adorant les cosmétiques.

Se maquiller, c’est prendre le contrôle

Si à une époque j’ai pu ressentir une certaine pression sociale qui me poussait à porter du maquillage, aujourd’hui j’ai la sensation inverse.

Avant, j’avais l’impression que ne pas porter de maquillage montrait aux autres que je me laissais aller.

Aujourd’hui, quand j’en mets, j’ai parfois l’impression que les autres me considèrent comme artificielle et ça me désole.

J’assume le fait de porter du maquillage, de prendre plaisir à le choisir et à l’appliquer, ainsi qu’à me renseigner sur les nouveautés.

Je ne « subis » pas le maquillage, dans le sens où je ne me sens pas obligée d’en mettre pour cacher une imperfection qui me met mal à l’aise au quotidien, comme l’acné notamment.

Je peux comprendre que ça stresse les filles qui en ont ou qui en gardent des cicatrices, et je suis contente que l’utilisation du maquillage les rendent plus confiantes avec leur image au quotidien.

Je bénis souvent l’inventeur du correcteur de teint quand j’ai un gros bouton que j’ai envie de cacher.

Libre à moi de vouloir le camoufler ou pas, selon mon degré de confort avec mon apparence et selon mon degré de flemme (je suis aussi pour la libération des boutons à l’air libre et je m’en bats les ovaires des remarques).

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D’où vient le malaise autour du maquillage ?

J’aimerais vraiment comprendre pourquoi les personnes qui se maquillent devraient éprouver de la honte à ce sujet. Par exemple, pourquoi on devrait se sentir mal lorsque l’on fait des retouches make-up en public ?

Et aussi pourquoi l’attention portée à sa coiffure est plus acceptable que celle portée au maquillage ? Pourquoi c’est moins la « honte » de se recoiffer que de remettre un coup de mascara devant d’autres personnes ?

Je me mets souvent du rouge à lèvres vite fait dans le métro les matins où je ne suis pas en avance et je ne comprends pas les regards désapprobateurs et les commentaires du type « non mais sérieusement ? » des gens qui sont avec moi.

Détendez-vous, tant que je fais ma vie dans mon coin sans envahir votre espace vital en faisant du girlspreading, tout va bien, non ?

Aujourd’hui encore j’ai l’impression que se faire tatouer un trait de crayon sur la paupière ou sur le contour des lèvres de façon permanente est moins accepté que de se faire teindre les cheveux.

Des copines aux smoky-eyes impeccables qui n’assument pas de dire devant d’autres personnes qu’elles ont regardé une vidéo ou un article beauté pour apprendre à le faire, j’en ai quelques-unes, et je trouve ça dommage.

Certains gestes beauté ne s’improvisent pas, ils s’apprennent et il n’y a pas de gêne à vouloir reproduire quelque chose qui nous plaît.

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L’image stéréotypée des filles qui se maquillent

J’ai l’impression que porter du maquillage donne une image de nana qui se prend au sérieux, obnubilée par l’apparence, la sienne et celle des autres.

Alors que non ! J’imagine que, comme moi, beaucoup s’en battent l’utérus que quelqu’un se maquille ou pas. Chacun•e est bien libre de faire ce qu’il ou elle veut, et ce n’est pas parce que j’ai décidé de me maquiller ce matin que j’attends des autres qu’ils en fassent de même.

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Je me maquille et je n’ai pas l’impression d’être le produit d’une société sexiste basée sur les apparences.

Je me maquille quasiment tous les jours, en étant plus ou moins longue dans la salle de bain selon mon humeur, et je ne pense pas non plus être quelqu’un de superficiel.

À mes yeux, le rapport à la beauté devrait être beaucoup plus décomplexé aujourd’hui.

Pas toujours facile d’être (ou du moins essayer d’être) féminine et féministe ! Ce n’est pourtant pas incompatible.

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Alison

Barmaid au Chaudron Baveur, reine du lapsus révélateur, consommatrice excessive de livres, de films et de séries, mais surtout rédactrice beauté.

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Voici le dernier commentaire
  • TrustMe I'm a (al)chemist
    TrustMe I'm a (al)chemist, Le 4 juillet 2017 à 11h58

    Ca m'a fait penser à ça :
    Voir la pièce jointe 117481
    C'est affligeant de constater que pour certain-e-s, le contraire de "maquillé" c'est "intello"... Genre non, le contraire, c'est juste "pas maquillé"...

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