Confessions d’une amie en carton

SPP n'est pas bien méchante, n'empêche qu'elle pourrait être une amie un peu moins pourrie. Elle revient aujourd'hui sur tout ce qui font d'elle une amie en carton.

Confessions d’une amie en carton

J’ai une confession à faire et j’espère que mes erreurs serviront à d’autres : je suis une amie moisie de partout, – mais surtout de l’amitié. En fait, je suis à peu près autant une amie moisie que mes amies sont fantastiques.

Main dans la main avec toi (je sais, j’ai les mains moites, mais chut, ne dis rien et fait comme si c’était de l’eau), j’ai décidé de faire l’état des choses qui font de moi l’une des amies les plus pourries de tous les temps.

Cette image est tout bonnement répugnante.

Avec les études, les opportunités professionnelles, les coups de foudre à l’étranger et les coups de coeur pour des pays qui ne sont pas le nôtre, certaines de mes amies sont loin, et je suis partie loin de certaines de mes amies. C’est la vie d’adulte qui commence, c’est comme ça que ça se passe, c’est logique.

[rightquote]Je repousse chaque jour le moment où je leur écrirai ou les appellerai sans raison apparente[/rightquote]Évidemment chaque fois que l’une d’entre elles est partie loin de moi, je lui ai promis avec des larmes dans les yeux et une fièvre monstre dénotant d’un certain traumatisme que je la skyperai et lui écrirai tous les jours. Ce que je fais toujours… Le temps d’une semaine. Une semaine à l’issue de laquelle je me promets de lui écrire toutes les semaines. Ce que je ne fais plus ou moins jamais, me contentant de lui parler tous les 6 mois si on arrivait à se capter par hasard en webcam.

Mais pourquoi une telle procrastination ? Je sais même pas vraiment ; je repousse chaque jour le moment où je leur écrirai ou les appellerai sans raison apparente. Bien sûr, j’ai souvent des choses à faire le soir en rentrant chez moi, mais très sincèrement je pense que je pourrais me passer de mon épilation à la pince à épiler devant l’Amour est dans le pré pendant ne serait-ce que 10 minutes.

Car l’amitié n’est pas si loin de l’image que s’en font les Sims et un coup de fil suffit à regagner quelques points dans le coeur de l’autre.

L'amitié, c'est simple comme une conversation en slip.

S’il n’y avait que la procrastination entre le statut de bonne pote et moi, ça se saurait : je suis également du genre à me sous-estimer au point de penser que mes amies se fichent pas mal de savoir ce qu’il advient de moi.

[rightquote]Je suis surtout une amie en carton pour l’absence de soutien dont je sais faire preuve[/rightquote]C’est ainsi que ma meilleure amie ne sait toujours pas que je suis embauchée à plein temps depuis plusieurs semaines. C’est aussi pour cette raison que je ne dis jamais quand je traverse un coup de mou (quand j’ai pas réussi à finir un rébus) ou quand je traverse une phase de bonheur intense (comme quand j’ai fini ma première grille de mots-fléchés). J’ai bien conscience que c’est surtout moi que je prive dans ces cas-là, que je suis la seule à véritablement pâtir de ce non-partage d’informations, que je serais mille fois plus heureuse de partager tout ça avec les filles les plus cools du monde et que les moments de lose ne seraient qu’une mauvaise passe en les sachant à mes côtés, c’est juste que je suis plus con qu’un cornichon élevé par Mickaël Vendetta.

Si je me sors un peu la tête du nombril, je réalise que je suis surtout une amie en carton pour l’absence de soutien dont je sais faire preuve : quand mes amies m’annoncent une très mauvaise nouvelle pour elles, mon absence de réactions n’a d’égal que l’implosion de l’organe qui assure la circulation de mon sang à l’idée de les savoir malheureuses.

Parfois, l’alcool aidant, je fais une tentative pour les prendre dans mes bras dans ces moments-là, mais j’ai comme qui dirait un net problème de timing, choisissant de me jeter maladroitement sur elles quand elles ont la main sur la poignée des toilettes, alors qu’elles sont en plein milieu d’une phrase ou pendant qu’elles sont au téléphone avec quelqu’un d’autre. Je suis, face à une détresse qui me touche, l’awkwardness incarnée : tel un éléphant saoulé à la téquila avec des Kickers trop grandes aux pieds, une patte en moins et un ongle incarné dans un magasin de porcelaine, plus je prends soin de mon environnement et plus je le détériore.

Alors tu pourrais me dire, « au fond, c’est peut-être que tu ne tiens pas tant que ça à elles, que tu n’as pas trouvé les amies avec un grand a qui te feront changer ». Rien n’est plus faux : je suis parfaitement consciente qu’elles sont des perles, toutes autant qu’elles sont. Que je ne serai pas celle que je suis aujourd’hui sans les deux qui m’ont vue grandir et ont rendu mon adolescence moins difficile à passer à coup d’humour bien gras. Que je serai toujours en train de penser que je suis incapable de vivre avec autrui sans celles qui m’ont supporté tous les jours pendant deux ans. Que je serai mille fois plus coincée de la fesse si une autre ne m’avait pas appris à dire ce que je pensais et à rentrer dans la couenne. Chacune d’entre elles – qu’elles aient capitulé ou qu’elles soient toujours prêtes à répondre à mes coups de téléphone – a profondément oeuvré à faire de moi une fille chaque jour un peu moins complexée, un peu plus ouverte aux autres, un peu moins moisie du trognon.

Je sais pas pourquoi, et peut-être que je me trompe, mais j’imagine que je devrais peut-être leur dire tout ça, un jour. Mais sachant que je me sens déjà nue comme un ver sans slip, j’ai comme l’impression que ça sera pas pour demain. En attendant, je vais retourner dans mon mutisme amical et me garderai bien de leur faire tourner cet article en bonne bloquée de la raie que je suis.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • May Lï
    May Lï, Le 30 octobre 2014 à 13h28

    Chouchanna
    Hé ho les filles, pourquoi cela serait-il toujours à vous de faire le premier pas? Pourquoi vos ami(e)s ne connaîtraient-il pas ce trait de caractère qui est le vôtre?
    Je suis complètement d'accord avec tout ton post, mais je tronque la citation pour rebondir sur ce passage. :)
    Personnellement, je donne très peu de nouvelles. Pourquoi, simplement parce que j'ai remarqué que... c'est ce que font aussi les autres. Etant plus jeune, j'ai été vraiment trop gentille, et j'ai bien senti le piège... J'allais me retrouver dans la peau de la pauvre andouille qui fait toujours le premier pas. Ca avait commencé comme ça, et au final, j'ai perdu ces "amis"-là (oui, moi je les considérais comme de vrais amis, car je les aimais profondément). Et c'est là que j'ai effectivement réalisé que, autant je suis prompte à aimer les gens et à les considérer comme des amis (parce que, simplement, il ne faut pas grand-chose pour faire de moi une vraie amie: si nous avons des valeurs communes, et qu'on rit bien ensemble, tu pourras toujours compter sur moi, et on pourra toujours partager de bons moments ensemble).
    Mais les gens ne fonctionnent pas comme ça, ils sont rarement aussi entiers et authentiques, ils sont trop focalisés sur leur petit nombril. L'amitié des autres n'est qu'une façon de leur renvoyer en miroir l'importance de leur propre ego. Aucun intérêt... Alors je laisse de la distance, et c'est comme ça qu j'ai pu développer de vraies amitiés. Plus rares, mais aussi plus substantielles. Surtout que j'ai beaucoup déménagé ces dix dernières années, mes amitiés sont souvent marquées par la distance. Alors on s'appelle... Parfois. Par périodes. Quand on a besoin l'un(e) de l'autre, ou quand on se dit "bon sang ça fait vraiment longtemps que j'ai pas eu de ses nouvelles". Mais quand on se parle, on est toujours aussi proches, même plus au fil des années, et, parfois, on se voit. Pour Noël, ou quand on peut. Pour quelques jours...
    Pour les autres, les gens que je rencontre au quotidien... Parfois j'aimerais être amie avec l'un ou l'autre. Parfois ça marche, mais c'est dur de tisser des liens profonds. Les gens s'échappent, retournent dans leur vie très vite, et les liens se tissent tellement en pointillés qu'il faudrait presque une loupe pour en suivre la trace... Ce qui fait que je ne me prends plus la tête. Je laisse les amitiés venir à moi, si je sens que ça s'échappe, je laisse repartir... je me focalise sur autre chose, c'est comme ça. On ne peut pas retenir quelqu'un contre sa volonté, c'est toxique, et vain.

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