EnjoyPhoenix nous parle de harcèlement scolaire : « J’avais l’impression d’être une moins-que-rien »

Léa et Mélissa ont rencontré EnjoyPhoenix à la remise des prix du concours Non au harcèlement pour parler du harcèlement scolaire qu'elle a subi, de ses conséquences et des solutions possibles.

Le harcèlement scolaire, nous en avons parlé à plusieurs reprises sur madmoiZelle. Pour cause : un•e élève sur dix serait touché•e, et les souffrances les poussent parfois jusqu’au suicide. Depuis quelques années les témoignages affluent, et la mobilisation commence à faire bouger les choses.

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Photo : Miquette

À lire aussi : Le harcèlement scolaire… et ses conséquences

Depuis 2014, le harcèlement moral est ainsi un délit : cela couvre le harcèlement en milieu scolaire et le cyberharcèlement, qui ont été précisément définis. De fait :

« Il y a harcèlement scolaire lorsqu’un élève a des propos ou comportements répétés vis-à-vis d’un autre élève ayant pour but ou pour effet une dégradation de ses conditions de vie. Ils se traduisent par une altération de la santé physique ou mentale de la victime. »

Cela comprend les insultes, les humiliations et brimades en tous genres, dans l’établissement scolaire comme en dehors, l’âge de la victime et l’utilisation d’internet étant considérées comme des circonstances aggravantes.

Pour enrayer ces comportements, le ministère de l’Éducation nationale a lancé un plan contre le harcèlement scolaire l’année dernière, avec des formations à la lutte contre le harcèlement scolaire pour les encadrants, un numéro vert national et académique (le 3020), la publication de guides pédagogiques…

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Et comme ce sont les premiers concernés, un concours national Non au harcèlement est proposé aux élèves de la primaire au lycée pour les sensibiliser à la cause et les mobiliser.

Cette année, deux nouveaux prix spéciaux « harcèlement sexiste et sexuel » ont été créés dans la continuité de la mobilisation du gouvernement pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes

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Pour cette troisième édition, ils ont été plus de 19 000 enfants et adolescents de 600 établissements scolaires à participer, réalisant plus de 1 200 affiches et vidéos. Les dix classes ayant gagné le concours se sont vues remettre leurs prix ce lundi 9 mai avant les discours de Laurence Rossignol, la ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes et Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale.

Elles étaient accompagnées d’EnjoyPhoenix, talentueuse youtubeuse engagée publiquement aux côtés du ministère dans la cause depuis la toute première journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire, le 5 novembre dernier. Ce combat est pour elle de première importance, ayant elle-même été victime de harcèlement scolaire en seconde et en première.

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EnjoyPhoenix (de son vrai nom Marie Lopez) a été la première à témoigner publiquement sur ce sujet, dans une vidéo sur sa chaîne YouTube qui compte près de trois millions de vues et 22 000 commentaires — sans compter les lettres de soutien et de témoignages qui lui ont été adressées.

Nous avons eu la chance de la rencontrer et d’échanger sur le harcèlement scolaire qu’elle a vécu, ses conséquences et le regard qu’elle porte sur les mesures mises en place.

Pour aller plus loin :

– Pour plus de photos de l’événement, rendez-vous sur la page Facebook de Miquette !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Bleu pastel
    Bleu pastel, Le 1 novembre 2016 à 17h03

    J'ai pleuré. Surtout parce que ça ma fait repensé à des choses (oui là je vais raconter ma vie, ce commentaire risque d'être assez long). J'ai vécu un enfer pendant 10 ans et demi tout les jours, du début de la petite section a la moitié de la 4e (les enfants sont le symbole de l'innocence ... MON CUL !) J'ai eu du harcèlement moral, psychologique, un peu physique et sexuel (une fois). J'ai donc grandi avec ça, c'était mon quotidien (j'en souffre encore) et pourtant, c'est une période assez floue en y repensant. J'ai pas beaucoup de souvenirs précis tellement j'avais l'habitude. C'est la maitresse qui a prévenu les parents. Mes camarades m'utilisaient comme "punching ball", dès qu'ils étaient pas content, ils m'insultaient ... normal quoi. A la maison je montrais rien, mon comportement changeait pas, j'ai jamais eu d'envies suicidaires, mes notes baissaient pas, ... En cp on regardait sous ma jupe. Il y avait un mec qui m'embrassait de force sur la joue. On m'insultait "t'es moche","t'es conne","t'es bête". On me coupait la parole comme si je n'existais pas, on m'empêchait de m'exprimer, on se moquait de mon avis "parce que personne veut entendre ce que t'as a dire, c'est pas intéressant, tout le monde s'en fout". On me volait certains trucs, une fois un élève avait volé la trousse d'une des filles de ma classe pour la cacher dans mon pupitre uniquement pour que je me fasse punir. On critiquait mes faits et gestes, mes erreurs. Quand je disais "bonjour","ça va ?","tu fais quoi ?" on me répondait "ta gueule". On me bousculait volontairement et assez violemment. Un mec me faisait des croches pattes dans les escaliers. En tant qu'introvertie pure et dure, des fois je jouais toute seule à la récré, on me trouvais bizarre, on disait que j'étais austiste. Pour mes camarades, j'avais aucune valeur, aucun mérite. On me prenait dans les derniers en sport. J'avais droit à "merde, on est avec elle on va perdre !" ou "chouette je joue contre elle, je vais forcément gagner !" Une fois, un mec m'avait giflé "pour le plaisir", il en avait envie. Mes profs de primaire s'en foutaient, ça faisait doucement rire ma maitresse de ce1, celle de ce2 trouvais que je fabulais, et elle était méchante avec moi (genre elle m'humiliait et tout), celle de cm1-cm2 avait jamais le temps. Mais la palme revient à mon directeur qui me faisait culpabiliser, il voulait pas punir mes harceleurs parce que la mère de l'un deux faisait parti du conseil municipal qui finance l'école et il voulait pas avoir d'emmerdes (PAUVRE PETIT CHOU !). Mes copines m'appréciaient, mais elles réagissaient jamais, parce que les deux filles qui s'acharnaient le plus sur moi étaient des "populaires". Ces deux filles, un jour de pluie alors que j'étais en plein milieu de la cour, m'ont fait tomber et pendant que l'une d'elle m'écrasait les mains avec ses chaussures toutes crottées sur le bitume mouillé, et me maintenait au sol, l'autre avait fourré des feuilles mortes toutes sales dans ma capuche et me l'avait rabattue de force sur la tête. Une fois, j'avais une conjonctivite et ma maitresse avait bien precisé devant tout le monde que c'était contagieux et qu'il fallait pas m'approcher. Pendant les jours qui ont suivis, on m'appelait "la maladie contagieuse" et mes camarades m'éloignaient de force, j'étais une paria. J'avais une "amie" (appellons la "Z") vers la fin du primaire, que j'avais consolé depuis le départ de sa meilleure amie, que j'avais écouté, j'avais joué avec elle, discuter avec elle. Je pensais que c'était une vraie amie, au collège on s'était toutes mise à trainer avec une bande de "lolitas" que je considérais aussi comme "mes nouvelles copines", un jour à la cantine, au plus grand des calmes elles m'ont dit dans le plus grand des calmes "Sérieux ... dégages ! T'as toujours pas compris qu'on voulait pas de toi ?" J'étais le parasite de service pour elles. Elles voulaient être amies uniquement avec Z qui prenait leur parti. Pendant tout ce temps, je n'avait été qu'un jouet, un bouche trou pour elle. Et maintenant qu'elle avait des amies "à la hauteur", elle me jetait sans regret. Mes harceleurs au collège aussi, disaient aux autres élèves de pas trainer avec moi parce que j'étais pas normale, elle plaignait mes amies "tu traines avec elle ? oh ma pauvre ! viens avec nous plutot". J'ai encore vécu pas mal d'autres trucs. Du coup en 4e, j'ai commencé à faire une petite dépression j'étais devenue associale, "grise", très renfermée et sauvage. Je m'isolait volontairement, je renvoyais chier les gens, j'étais incapable de communiquer avec eux correctement. Je riais plus, je souriais plus, j'étais méchante, blasée, sarcastique et aggressive. Je faisais la gueule, j'étais froide, distante et très méfiante. Je pouvait faire confiance à personne, quand quelqu'un était sympa avec moi, je me disais qu'il devait se foutre de moi et qu'il me voulait du mal. J'ai développé une anxiété sociale assez forte. Et quand ça c'est arrêté au milieu de l'année, j'étais en perte de repères, j'avais perdut tout ce que je connaissais tellement j'avais l'habitude de me faire malmené. Ca a aussi duré pendant la 3e et la seconde,j 'approchais personne. Cette année, en 1ere, je commence a m'en remettre. Mes camarades sont les mêmes que ceux de l'année dernière et ils sont vraiment sympas. Mais j'ai encore un peu de mal. Maintenant, je suis toujours très etonné quand des gens sont gentils avec moi, quand on manifeste de l'intéret pour moi ou qu'on me fait des compliments. J'ai aussi des réactions très vives quand je vois des films ou des séries qui montrent quelqu'un qui se fait harcelé (a l'episode 16, saison 4 de Grey's Anatomy, je me suis enfermé dans le bureau et j'ai pleuré) j'ai un niveau d'empathie très élevé, et je déteste les idéalistes et les éternels optimistes qui sont persuadés que le monde est rose et n'est fait que de cupcakes, d'arcs en ciel et de bisounours. Il l'est pas
    Désolé pour ce commentaire trop long, j'ai pas exactement tout raconté, mais j'en parle pas réellement avec les gens, parce que je sais pas comment le dire. Je voulais aussi évité les réactions du genre "oh ! tu exagères Cosette !"

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