Ces différences que j’ai cultivées… et qui ont fait celle que je suis devenue

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On a souvent rabâché à Clémence qu'elle n'était pas comme ci, qu'elle ne savait pas être comme ça, sans lui montrer qu'elle pouvait faire des forces de ses « faiblesses ». Heureusement, elle a fini par le comprendre d'elle-même.

Ces différences que j’ai cultivées… et qui ont fait celle que je suis devenue
À l’occasion de la sortie de son album Selfocracy ce 31 mars 2017, Loïc Nottet est notre rédacteur en chef d’un jour !

On a discuté avec lui des sujets qui lui ressemblent et qu’il souhaiterait voir aborder dans nos colonnes, et la rédaction s’est emparée de ces thèmes pour vous proposer ces articles.

Loïc Nottet ne mesure pas 1m90 et n’est pas tout gonflé de muscles saillants. Au téléphone, il lui arrive qu’on lui dise « Madame ». Il aime la danse.

Le chanteur ne correspond pas aux critères de masculinité dictés par la société. Et vous savez quoi ? Il en a bien conscience mais il s’en fiche. C’est ce qui fait la valeur et la richesse de l’être humain qu’il est. 

Je ne suis pas parfaite.

Je l’écris comme un regret, alors que c’est une évidence. Je suis un être humain, imparfait par défaut, perclus d’écueils, de lacunes et de manquements.

Je ne sais plus à quel âge j’ai commencé à me mesurer contre une échelle de perfection irréaliste. Mais je me souviens des jalons qui ont étalonné mon imperfection.

Ce n’était pas volontaire. Les adultes qui les ont posés l’ont toujours fait pleins de bienveillance, parfois d’humour, et toujours empreints d’une préoccupation sincère envers moi et mon avenir.

Mais le fait est que ces remarques tombaient sur moi comme un couperet. « Tu ne seras jamais », ou « Tu es trop », voilà ce que j’entendais. Que je n’étais pas conforme. Que je détonnais par ma différence.

Voici 5 différences que j’ai retournées en atouts et en forces.

Je ne serai jamais grande, et c’est devenu une force

J’ai six ans, je suis au CP, et je suis « la plus nulle », aux dires d’environ tout le monde, de mon cours de sport. D’aucuns me disent que c’est normal, plus je grandirais et meilleure je serais en sports. Alors, je prends mon mal en patience.

Mais je grandis peu, à cette époque, et je continue d’être moquée pour ma foulée ridicule et mon incapacité à intercepter un ballon dès qu’il passe au-dessus de ma tête.

Un soir, ma mère me dit, presque comme une sentence :

« Tu ne seras jamais grande. »

Et c’est vrai, à la regarder, qu’il faut que je m’y prépare : avec ses 1m54, elle ne m’a probablement pas transmis des gènes de mannequin.

Je suis petite. Je serai petite. Et j’en ai fait une force. J’ai lâché l’affaire en athlétisme, parce que clairement, le saut en hauteur et le saut en longueur, ça ne serait jamais ma came.

Mais je me suis aiguisée en hockey et même en basket : avant la taille, la réactivité, l’agilité et l’explosivité étaient des atouts-clé.

Ok, je ne serai jamais capable d’attraper la boîte de sauce tomate sur le dernier étage du rayon du supermarché, mais j’ai le réflexe de me pencher pour avoir les meilleures vues en contre-plongée dans les foules, de trouver les indices près du sol dans les escape rooms.

Objectivement, j’ai pris conscience que j’avais le pouvoir d’être invisible. Là où une personne d’1M80 et plus ne peut pas entrer quelque part sans que des têtes ne se tournent, moi je sais me fondre dans la foule. Disparaître. Être un élément du décor, une tête parmi d’autres.

Et ça, ça n’a pas de prix.

À lire aussi : Je suis petite et je le vis très bien, merci !

Je parle trop, et ce n’est pas forcément un mal

J’ai appris à me taire. Parce qu’on m’a dit très tôt, et répété très souvent, que je parlais trop. C’était vrai, sans doute, j’étais cette enfant sans filtre qui déblatérait en roue libre ses émotions et ses jugements.

C’était probablement trop pour les conventions sociales de la retenue et de la parcimonie, alors je me suis convertie à l’écrit. Dès mon plus jeune âge, je me suis tournée vers la poésie. C’est un art qui privilégie le sens au volume.

Tout ce que j’avais à dire, que les mots ne savaient contenir, je pouvais l’exprimer en quelques rimes. En CM2, je parlais trop ? En 4ème je montais à Paris pour recevoir le 1er prix ex aequo du concours de poèmes organisé par la Ligue des Droits de l’Homme (catégorie 4ème et 3ème).

Je parle trop ? C’est parce que j’ai beaucoup à dire. Alors, j’ai trouvé les moyens de l’exprimer autrement qu’à l’oral, puisque j’ennuie, j’épuise, je saoule. Depuis, j’écris de tout mon soûl. C’est finalement devenu mon métier. Y a quoi ?

Je ne suis pas une matheuse, même si j’aime ça

De la part de ma mère, qui tentait de soulager ma détresse face aux problèmes de mathématiques au CM2. Elle l’entendait comme une excuse à mes difficultés, je l’ai prise comme une condamnation à la nullité.

« Tu seras une littéraire, comme ta mère. »

Oui mais moi j’aimais les maths. Alors ? J’ai persévéré.

Je me suis acharnée jusqu’au bac S, mention très bien, que je suis clairement allée chercher dans la sueur du « par coeur », à défaut d’y comprendre la sensibilité que j’avais par ailleurs pour les matières littéraires.

Mise au pied du mur, j’ai décidé de m’obstiner.

Je ne serai pas matheuse ? D’accord, mais j’ai bossé pour me prouver le contraire. Et c’est finalement par choix que je me suis orientée vers une autre voix, pas par fatalité.

La leçon que je retiens, c’est la persévérance : cette sentence m’a appris que j’avais le choix, même quand je ne l’avais pas. Mise au pied du mur, j’ai décidé de m’obstiner. De lutter. De ne pas abandonner.

Et quatre ans plus tard, j’ai décidé d’arrêter. Mais je l’ai choisi. Et ça fait toute la différence pour moi.

Je ne suis pas devenue une matheuse. Mais j’ai appris qu’entre 0 et 1, j’avais le choix. Et cette victoire vaut sincèrement tous les combats que j’ai menés depuis.

À lire aussi : Comment j’ai arrêté d’être nulle en maths

Je ne serai jamais championne olympique, mais j’ai appris la discipline

Dédicace à tous mes profs de sport, qui ont eu cette élégante métaphore plutôt que de répliquer « t’es nulle en sport », je prenais déjà ça pour une victoire.

Certes, je ne serai pas championne olympique, mais dans une autre vie, vous auriez tort. Parce que ce n’est pas la capacité physique qui m’a manqué, c’est le mental. Le pouvoir de croire en moi.

Pour gagner, il fallait d’abord croire en sa victoire.

Je suis restée intriguée par l’idée de ce que je ne serai pas. Alors, j’ai suivi les champions et les championnes olympiques, je me suis intéressée à leur mental davantage qu’à leurs capacités physiques, que je ne pouvais pas imiter, pour le coup.

C’est ainsi que j’ai appris la résilience et l’esprit de compétition, à toute épreuve. Une championne olympique ne lâche rien. La douleur n’est qu’une information, qu’elle choisit d’ignorer à ce moment, pour se dépasser.

J’ai retenu ça. Que pour gagner, il fallait d’abord croire en sa victoire, puis la vouloir et enfin travailler pour y arriver. Mais sans les deux premières étapes, la troisième était vaine. Travailler sans le vouloir et sans y croire, c’était pédaler dans la semoule.

Depuis, je suis tombée sous le joug de cette malédiction. Si je n’y crois pas, je ne peux pas m’investir. Impossible pour moi de travailler d’arrache-pied si je ne souhaite pas, au fond de moi, la réussite du projet auquel je contribue.

À l’inverse, j’ai envie de dire qu’il me suffit d’être convaincue d’une idée et de ma capacité à y participer utilement afin de déplacer des montagnes.

Les problèmes tombent en trombes, les solutions ruissèlent en cascades. Et moi, je gravis la montagne. Parfois doucement, mais toujours sûrement. Car j’ai développé une force de conviction qui me guide à travers le brouillard des hésitations.

Je n’ai aucun style… enfin si, le mien !

Bitch please. Dis plutôt que je n’ai pas un style mainstream. Et effectivement, j’admettrais sans débattre que mon style vestimentaire s’identifie facilement à un je m’en bats les couillismes des tendances, de la bienséance et même des règles de savoir-vivre élémentaires.

Je sors dans la rue en pyjama, c’est dire si le jugement populaire me laisse coi. Genre vraiment. De ouf.

Friday afternoon at the office. Don't ask.

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Clemence Bodoc

Anciennement Marie.Charlotte, Clémence Bodoc a été jeune cadre dynamique dans une autre vie, avant de rejoindre la Team madmoiZelle. Elle s’intéresse à l’actualité et à l’écologie, aime la politique et les débats de société. Grande fan de sport (mais surtout à la télévision), et de cinéma (mais seulement en VO), son nom de scout est dinde gloussante azurée. Elle ne mord pas mais elle rit très fort.

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Commentaires
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  • CalamithyJane
    CalamithyJane, Le 31 mars 2017 à 20h49

    Je vais faire lire cet article à mon homme quand je le verrais tiens ! Il est "petit" et je suis une géante à l'état naturel, donc dans la rue on attire les regards et des commentaires surpris la plupart du temps !

    Spoiler: TMI
    Mais on les emmerde touuuuus :d Notre différence, c'est aussi notre force, notre charme ! Et il a beau être "petit" il est tellement grand de coeur, d'intelligence que sincèrement, au diable le regard des autres !

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