Le garçon qui m’a laissé croire qu’il avait un cancer… et les leçons que j’en ai tirées

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La manipulation dans le couple peut prendre de nombreuses apparences. Aujourd'hui, voici l'histoire d'une madmoiZelle à laquelle un garçon a laissé croire... qu'il souffrait d'un cancer.

Le garçon qui m’a laissé croire qu’il avait un cancer… et les leçons que j’en ai tirées
Si je témoigne, ce n’est pas pour que l’on fasse une généralité à partir du cas d’une (ou plusieurs) personne(s) qui ont recours à la manipulation, par fragilité émotionnelle, par paresse, ou par sentiment de supériorité intellectuelle.

Tous les hommes ne sont pas des salauds manipulateurs, bien entendu. J’ai juste… Pas eu de chance.

En deuxième et dernière année de Master, j’ai été draguée par un mec. L’information est suffisamment exceptionnelle pour mériter d’être soulignée.

Il faut dire que j’étais plutôt « la nerd » du groupe que la fille cool et sympa que t’invites à boire un verre. Un mec plus âgé, qui faisait ce master en formation continue, m’invite un soir à un dîner chez lui.

Rencontre autour d’une conversation passionnante

Marcus (appelons-le Marcus) faisait partie des invités ce soir-là. On était six à table, donc un groupe suffisamment petit pour qu’il n’y ait qu’une seule conversation.

À la fin de la soirée, en privé, il m’a demandé mon numéro. C’était la première fois que je tapais dans l’oeil d’un mec par ma verve, au-dessus d’un rôti de veau.

À cette époque de ma scolarité, les couples se faisaient plutôt à la profondeur du décolleté, au-dessus d’un apéro aux chips et à la Kro.

Le soir même, il m’a rappelée, on s’est parlé, alors que je déteste le téléphone : c’est impersonnel et distant. Le lendemain, il m’a invitée à déjeuner, un midi, dans la semaine.

C’était le rendez-vous galant le plus gênant de ma vie, parce que c’était aussi le premier. Étant la grosse nerd que j’étais, j’ai éclaté de rire en le lui avouant. On a ri, on s’est embrassés.

Une semaine plus tard, je devais prendre le train pour aller chez mes parents. Comme j’avais un changement à Paris de toute façon, il m’a invitée à prolonger mon escale, en passant une nuit chez lui.

Je ne vous fait pas un dessin. En gros, on a geeké devant son ordi, on s’est embrassés, on a niqué. Voilà !

La première dispute, signe avant-coureur

Trois semaines plus tard, je suis retournée chez lui, pour le pont du 11 novembre. On a eu notre première dispute. Je me suis dit qu’on allait y survivre, mais en fait, pas vraiment. Ni lui ni moi n’étions vraiment engagés dans cette relation.

On sortait ensemble, de temps en temps : on se fait un ciné puis un resto, ou un resto puis un ciné, ou un théâtre. Ou une expo.

Mais au fil des mois, on se voyait de moins en moins.

J’étais de plus en plus prise par mon stage de fin d’études, et par extension, par le début de ma carrière professionnelle. Et lui… Le fait que je sois incapable de dire ce qui le préoccupait témoigne de la rupture effective de notre relation.

On n’avait plus de rapports sexuels depuis plusieurs mois, et le fait que ça ne nous manque pas, ou plutôt, qu’aucun de nous deux ne s’en plaigne à l’autre, aurait dû nous mettre la puce à l’oreille, à tous les deux.

« C’est peut-être un cancer »

Toujours est-il qu’un jour, j’ai eu un appel en absence, et un message vocal.

« Salut, c’est Marcus. J’espère que tu vas bien. (Silence). Bon voilà, je sors de chez le médecin, je vais devoir aller faire des tests parce que… (Silence). J’ai une boule dans le cou. (Silence).

On ne sait pas ce que c’est, mais… (Silence). C’est peut-être un cancer. »

Pour être totalement honnête, je ne me souviens absolument pas de la fin du message. J’ai essayé de le rappeler immédiatement, sans succès. Mon SMS est resté sans réponse. Mon email aussi.

À partir de ce jour, j’ai essayé d’avoir de ses nouvelles en continu. Mais pas un de mes texto et emails quotidiens n’obtenait de réponse. Mes appels tombaient systématiquement sur sa messagerie.

Et puis, enfin, au bout de quinze (très) (beaucoup trop) longs jours, enfin, un email.

« Hello.

Est-ce qu’on peut se voir ?

J’espère que tu vas bien.

M. »

Il faut savoir qu’à cette époque, je vivais en coloc avec ma meilleure amie, dont le père était en train de mourir d’un cancer. J’était confrontée en permanence à toutes les étapes du deuil, qu’elle traversait en boucle, plus ou moins rapidement.

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J’étais extrêmement affectée par cette situation, et j’en avais fait part à Marcus. Je lui avais confié combien j’étais fatiguée et blessée de servir de punching ball lors des phases de colères de ma meilleure amie, autant que de lui servir d’éponge pendant ses phases de dépression.

Mais bien sûr, j’étais rodée. Je ne prenais plus rien personnellement, même les pires engueulades, les plus violentes insultes. Et surtout, je ne m’étonnais plus des phases (assez spectaculaires) de déni.

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Les murs du déni

Si Marcus voulait me voir en personne, plutôt que de répondre à mes dizaines d’emails et de SMS, plutôt que de m’appeler ou de répondre à mes sollicitations, c’est qu’il devait avoir une nouvelle grave à m’annoncer.

Si c’était juste pour me dire « fausse alerte, tout va bien », il l’aurait fait depuis des jours.

Je comprenais le besoin qu’il avait pu avoir de s’isoler, de ne pas me répondre alors qu’il devait être dans l’attente angoissante de ses résultats d’analyse, probablement. C’est pourquoi mes sollicitations régulières étaient formulées de la manière la moins intrusive possible.

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Je lui donnais de mes nouvelles, en lui demandant des siennes en retour, mais sans insister. Et sans obligation de me confier ses peurs, si tel était son souhait. Je me tenais prête à l’aider à expier son impatience, si tel était son besoin.

Mais son mutisme m’avait suggéré une appréhension si intense qu’il préférait se murer dans le silence plutôt que de projeter des scénarios fantasmés dans la réalité des mots.

« Est-ce qu’on peut se voir ? »

Il avait posé la question comme une excuse.

Une semaine encore s’est écoulée avant la date de notre rendez-vous, chez moi, qu’il a annulé une première fois, à la dernière minute, me confortant davantage dans l’éventualité d’une mauvaise nouvelle.

Près d’un mois avait filé entre le message mystérieux, et le soir où, avec une heure de retard, Marcus a sonné à ma porte.

On s’est furtivement donné un baiser sur la bouche, il est entré dans l’appartement avec tout l’entrain et l’énergie qui l’animaient habituellement, à la sortie d’une journée de travail intense et motivante.

Je me suis assise à table, et je l’ai regardé me raconter son sujet de réflexion professionnelle du jour, en faisant les cent pas dans mon salon.

Le déni, j’en étais sûre. Je l’avais vu mille fois chez mon amie, qui s’accrochait régulièrement aux petites histoires du quotidien pour se détourner du drame qui l’entraînait par le fond dès qu’elle avait la force de le regarder en face.

« Ça va ? T’as pas l’air bien. »

Dix, vingt ou trente minutes, je ne saurais dire combien de temps a duré son monologue, avant qu’il ne l’interrompe de lui-même, circonspect devant mon visage contrit.

« Ça va ? T’as pas l’air bien. »

Prenant toutes les précautions du monde (tant j’avais l’habitude de déclencher des accès de colère chez ma colocataire par une question indélicate), je lui ai répondu :

« Moi ça va, oui. Mais toi ? Toi, ça va ?

– Bah oui, moi ça va nickel. »

Et après y avoir réfléchi un instant, il a ajouté :

« Pourquoi ça irait pas ? »

Le déni, toujours le déni. À un niveau que je redoutais.

Soit son pronostic était déjà définitif, et il refusait purement et simplement d’en accepter la réalité, soit les médecins l’avaient laissé dans le flou quant au rythme d’évolution probable de sa maladie, et son enthousiasme était un bouclier.

J’avais besoin de savoir comment je pouvais l’aider.

« Mais, euh… hem. Tu sais, tu m’as laissé un message, il y a quelques semaines…
– Quel message ?
– Un… un message qui disait que tu avais « une boule dans le cou », et que tu devais faire des examens ?
– Euh… oui ? Et ?
– Tu… T’étais pas sûr, tu disais que c’était… Peut-être un cancer… »

Je le fixais, le regard hésitant, avec toute la douceur et l’empathie que l’on peut transmettre. Comme si je voulais lui offrir, du fond de mes yeux, un espace de sécurité.

« T’as l’air un peu pâle. »

Sa réponse m’a traversé le coeur et la chair, comme une balle de revolver.

« Ah ça ? Ah non ça c’était rien. Bon ça va toi ? T’as l’air un peu pâle. »

« Ah ça ? Non, c’était rien. »

Je ne sais plus si j’ai pleuré ou crié d’abord, c’était peut-être en même temps. Je ne me souviens plus de ses justifications, il n’en avait aucune, de toute façon.

Il était trop intelligent pour ne pas réaliser ce qu’il avait fait. Ce qu’il m’avait fait subir, pendant un mois. M’avoir laissée dans ce doute.

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Je ne l’ai pas quitté sur-le-champ parce que je ne suis pas sanguine, et qu’il m’a fallu une bonne journée pour réaliser à quel point sa manoeuvre avait été délibérée.

Pendant ces mois où on s’était éloignés l’un de l’autre, c’est vrai, j’étais rarement à l’initiative du contact. Mail, SMS, message privé sur Facebook… Je n’ai pas le réflexe d’un « ça va » ou d’un « comment s’est passée ta journée ».

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J’initie la conversation quand j’ai moi-même quelque chose à dire. Mais je la clos toujours en renvoyant la balle à l’autre : voilà, je t’ai « raconté ma journée » en quelque sorte. À toi, raconte-moi ce qui compte.

La rupture est devenue effective

Le lendemain de cette soirée, je lui ai renvoyé un email, façon « il faut qu’on parle ».

Je ne voulais pas le quitter par mail ou par SMS, je voulais qu’on ait une discussion face à face, pour qu’il m’explique les raisons qui lui ont fait ignorer mes tentatives de contact pendant plus d’un mois.

Je voulais comprendre pourquoi il m’a laissé croire tout ce temps qu’il avait un cancer (dans LE COU).

Il m’a décalé une fois le rendez-vous, puis m’a posé un lapin le jour-même (« je me suis endormi dans le RER ») (j’sais pas, mets une alarme au pire ?).

Deux semaines plus tard, je lui envoyais finalement un email pour couper les ponts.

Je n’ai donc jamais su pourquoi ce mec s’est senti autorisé à me laisser croire qu’il avait un cancer. Mais j’ai ma théorie.

Pourquoi me laisser croire qu’il avait un cancer ?

Je ne suis pas jalouse, donc essayer de me rendre jalouse est sans doute la pire façon de me faire comprendre « intéresse-toi davantage à moi s’il te plaît ».

À y repenser, Marcus avait essayé de « me rendre jalouse » à plusieurs reprises. En me montrant des photos de son ex mannequin, en me disant :

« On ne peut pas se voir ce week-end car elle vient chez moi… ça ne te pose pas de problème ? »

Bah non. On a même déjà établi que je m’en fous si tu couches avec d’autres gens, tant que tu te protèges et que tu ne me mens pas.

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Je crois que j’ai ignoré largement ses appels à attention, mais eh, Marcus… fallait me le dire clairement, que tu trouvais que j’en avais un peu trop rien à foutre de toi.

Au final, c’est cette incapacité à communiquer qui a causé notre rupture. Mais le point final a été posé quand Marcus s’est mis à me manipuler. Ça aurait été si simple, pourtant, de parler…

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  • Aska
    Aska, Le 27 février 2017 à 10h21

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