Interview – Corinne Maier, « No Kid »

Corinne Maier est psychanalyste, elle est aussi essayiste. Depuis Bonjour Paresse, elle s’attache à pointer, avec un ton sarcastique, les travers de notre société. Dans No Kid, publié aux éditions Michalon, elle critique le culte de l’enfant qui règne en France, en nous donnant 40 raisons de ne pas avoir d’enfant. madmoiZelle.com : Quelle est […]

Interview – Corinne Maier, « No Kid »

corinne maier no kidCorinne Maier est psychanalyste, elle est aussi essayiste. Depuis Bonjour Paresse, elle s’attache à pointer, avec un ton sarcastique, les travers de notre société. Dans No Kid, publié aux éditions Michalon, elle critique le culte de l’enfant qui règne en France, en nous donnant 40 raisons de ne pas avoir d’enfant.

madmoiZelle.com : Quelle est la cible de No Kid, à qui s’adresse l’ouvrage ?
Corinne Maier
: En fait, on ne sait jamais trop à qui on s’adresse précisément. Je pense déjà aux gens qui doutent, aux parents qui, de temps en temps, trouvent que le métier de parents n’est pas facile. Et puis également aux gens qui ont envie de rire des choses de la vie quotidienne… qu’on n’ose pas exprimer.

madmoiZelle.com : Étant vous-même mère de 2 enfants, comment avez vous réussi à prendre le recul nécessaire ?
C.M
: Mes enfants commencent à grandir un peu, ça m’a forcé à m’interroger sur un certain nombre de choses en rapport avec la maternité, au fait d’être parent. Et puis, quand on a des enfants, on côtoie aussi d’autres parents d’enfants, donc ça permet de s’interroger sur ce que c’est qu’être parents – pour soi ou pour les autres. Et puis à un certain moment, je me suis dit que ça serait drôle de renverser un certain nombre d’évidences concernant l’enfant.

madmoiZelle.com : Comment êtes-vous passée de Bonjour Paresse à No Kid ?
C.M : J’ai écrit pas mal d’autres livres. J’ai commencé par écrire des livres assez intellos, qui étaient en fait des commentaires de texte. Et puis progressivement, je me suis tournée vers des commentaires de la société d’aujourd’hui, en me disant qu’on pouvait la commenter comme un texte. A partir de ce moment-là, j’ai fait des ouvrages drôles, des pamphlets sur le monde d’aujourd’hui…

madmoiZelle.com : Pour en revenir plus précisément à No Kid, votre position de mère vous a donc largement inspiré, qu’en est-il de vos souvenirs d’enfant ?
C.M
: Effectivement, j’ai utilisé la relation que j’avais avec mes parents. Ma mère ne travaillait pas, elle était donc beaucoup à la maison, mais en même temps, elle n’était pas très impliquée dans mon éducation, ce qui été une grande chance pour moi au final. Parce que la merdeuf* qui ne travaille pas et passe son temps à s’occuper de ses enfants, c’est quand même un peu pesant parfois. Je pense que j’ai été élevée de façon assez permissive, mais quand même beaucoup moins que la façon dont j’élève mes enfants.

* mère de famille impliquée

madmoiZelle.com : Justement, la merdeuf, pouvez-vous la décrire en quelques mots ?
C.M :
Je crois qu’elle ne s’intéresse à rien d’autre qu’à ses enfants en fait. Elle ne vit que pour ses enfants et à travers eux, elle n’a pas d’autre existence sociale. C’est une caricature, bien sûr, mais ça existe. C’est une personne finalement assez vide, et l’enfant permet de lui éviter de se poser des tas de questions… un bouche-trou facile somme toute.

madmoiZelle.com : Et qu’en est il du père dans tout ça ?
C.M
: Le père est de plus en plus interchangeable, il décide de moins en moins. Au fond, c’est la mère qui décide qui va être le père de son enfant et avec qui elle va l’élever. Ce qui fait que je pense que la figure du père est relativement diminuée. Et ce qu’on peut dire du père aujourd’hui, c’est qu’effectivement, il est totalement gaga devant son enfant mais ce n’est pas pour autant qu’il rentre le soir pour s’occuper de lui.
En France, je ne suis pas convaincue que l’on arrive à une égalité père-mère. Il y a beaucoup d’obstacles culturels pour faire en sorte que ça soit en fait les pères qui s’occupent des enfants le soir. Et je ne pense pas que des mesures publiques, comme le congé paternité, puissent changer quoique ce soit.

madmoiZelle.com : Si vous deviez choisir une seule raison de ne pas avoir d’enfant, laquelle serait-elle ?
C.M
: Le fait de faire des enfants, c’est continuer la société dans laquelle on vit. La question est donc : est-ce que ça vaut vraiment la peine et est-ce qu’il faut continuer comme ça ?

madmoiZelle.com : Juste par curiosité, auriez-vous pu écrire : les 40 bonnes raisons d’avoir des enfants ?
C.M
: Non, parce que ça m’intéresse pas. Il y a assez de gens qui le font et puis on est toujours dans la surévaluation de l’enfant, une sorte de carte postale de l’enfance. L’enfant merveilleux, qui rend heureux, qui épanouit les parents. Ces 40 raisons d’en avoir, la société passe son temps à nous les donner, donc je pense que c’était intéressant de prendre le contre-pied justement.

madmoiZelle.com : Suite au succès de Bonjour Paresse, le New York Times vous a qualifié d’héroïne de la contre culture française, qu’est-ce que cela vous inspire ?
C.M :
Je trouve le titre élogieux, à moi d’en être digne. Mais oui, dans une certaine mesure, je ne représente rien en fait, pas d’institution. Je parle pas au nom de choses sérieuses comme le CNRS, ou l’enseignement supérieur. Et puis je suis assez peu convaincue par les valeurs officielles que j’essaie de bousculer un petit peu, donc c’est vrai qu’on peut dire que je fais partie d’une sorte de contre-culture. Mais c’est un titre assez dur à porter, un peu comme celui de Miss France.

madmoiZelle.com : Pour finir, après l’entreprise et la famille, quelle sera la prochaine institution sociale à laquelle vous pensez vous attaquer ?
C.M :
Il y a deux mois, j’ai sorti un petit livre sur les lettres de candidature, Ceci n’est pas une lettre de motivation, aux éditions Mille et Une Nuits, que je pense assez impertinent. Je pense que pour cette année, j’ai assez travaillé. Et puis, non, je verrai, je n’ai pas trop d’idée de ce que je vais faire pour la suite…

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Stellou
    Stellou, Le 30 juillet 2007 à 15h37

    Je suis étonnée que le sujet ne fasse pas plus réagir. Personnellement, même si l'auteure y va un peu fort dans le bouquin parfois, je trouve que ce genre de coup de pied dans la fourmilière fait du bien et déculpabilise un bon coup. Hé hé.

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