Le chômage – La petite vie (pro) d’Almira

Le chômage – La petite vie (pro) d’Almira
Le chômage, c'est pour les faibles. Voilà ce que pensait Almira il n'y a pas si longtemps. Jusqu'à ce qu'elle se retrouve sans emploi, en fait. Et là, les galères commencent...

Le chômage est une maladie honteuse. Une ignominie qui ne peut arriver qu’aux autres, à ceux et celles qui n’ont pas compris comment ça fonctionnait et qui n’ont pas su se préparer en conséquence. Un truc pour les faibles et les parias. C’est bon pour ceux qui n’ont pas les épaules, qui ont oublié d’être combatifs, qui ne savent pas s’y prendre. Ce n’est définitivement pas pour moi.

« C’est la crise, on doit faire des économies »

chomage Le chômage   La petite vie (pro) dAlmira

Ça, c’est ce que je croyais il n’y a pas si longtemps. J’y croyais même dur comme fer. C’est beau la naïveté, pas vrai ? En même temps, je vois pas comment j’aurais pu penser autre chose : j’avais un job. J’en avais même eu plusieurs depuis la fin de mes études. Certes, je n’ai jamais réussi à faire exactement ce que je voulais pour gagner ma vie, mais je m’assumais. Je ne m’étais jamais retrouvée sans emploi plus de 24 heures. J’étais indépendante. Je gagnais ma croûte. C’est bien la preuve que j’avais raison, et que le chômage, c’était certain, ne passerait jamais par moi. Je me répétais cette phrase comme un mantra le matin en me barbouillant allègrement de terracotta dans ma salle de bains trop sombre. Apparemment, j’avais réussi à me convaincre, vu que j’y croyais encore quand la directrice m’a convoquée dans son bureau pour m’annoncer solennellement qu’elle ne pouvait pas me garder.

- « C’est pas toi, Almira. C’est la société, la crise. On doit faire des économies. Tu comprends ? Mais ne t’inquiète pas, tu t’en sortiras, j’en suis sûre », m’a-t-elle dit avant de claquer la porte de son bureau sur mon nez interloqué.

Merde alors, je venais de me faire lourder comme une vieille chaussette par le monde du travail ! Moi ! Ça ne pouvait être qu’une erreur. Comme je l’ai dit, le chômage, cette infamie, c’était bon pour les autres, pas pour moi. Moi j’avais des diplômes, des expériences, des compétences. J’avais un CV bien rempli, j’avais fait mes preuves. Tout ça ne serait qu’une histoire de quelques jours, que dis-je : de quelques heures !

Le chômage ? Ce ne sera bientôt qu’un mauvais souvenir, voyons

C’est donc le coeur léger que j’entrepris d’escalader le mont Pôle Emploi, et d’affronter les épreuves des dossiers incomplets puis perdus, des conseillers qui éclatent d’un rire nerveux au simple énoncé de mes diplômes et de l’atelier de rédaction de lettres de motivation. Après tout, ces mines grises et déconfites, je ne ferai que les croiser. Demain, tout irait mieux. Je décidai même de m’offrir le luxe de sélectionner soigneusement les offres auxquelles je répondrais, et de passer plusieurs heures sur chaque candidature. J’avais décidé de me rendre hyper désirable. Je voulais que les employeurs se pâment devant moi et qu’ils se bousculent à mon portillon. Je valais au moins ça. Le monde du travail ne tarderait pas à s’en apercevoir…

Sauf que les choses ne se passent jamais comme on l’espère, et évidemment, devant mon portillon, à part un formulaire d’adhésion au Front National, une relance d’EDF et un tract des témoins de Jéhovah, on ne trouvait pas grand-chose. Au mieux, je recevais de temps en temps une lettre de refus aussi type que laconique, et je me retrouvais en entretien à me vendre à un recruteur qui avait l’air de se foutre comme d’une guigne de ce que je pouvais avoir à lui offrir. Maigre butin. Je décidai alors d’être moins sélective, et d’augmenter encore un peu mon rendement. Mais les lois de la recherche d’emploi étant ce qu’elles sont, plus je m’activais, moins j’avais de retours et plus l’ombre de la précarité assombrissait mon avenir.

L’unique objectif : une embauche à tout prix

help Le chômage   La petite vie (pro) dAlmira

C’est à ce moment que la panique s’empara de moi. Le chômage était finalement bel et bien passé par moi. Il avait fait même plus que passer : il s’était bien confortablement installé, avait sorti le seau de popcorn et se délectait de ma situation. Ce n’était plus cette chose sale réservée aux paumé-e-s ; j’avais les deux pieds dedans, et plus je me remuais, plus j’avais l’impression de m’enfoncer. J’étais prise à la gorge, il fallait que je sorte de là, et à tout prix. Je ne pouvais plus pinailler, ni même choisir ou prendre le temps de réfléchir. Sinon, je deviendrais aussi triste que ces âmes en peine que je croisais dans la file d’attente du Pôle Emploi, et ça j’étais pas prête à m’y résigner.

Alors, avec l’énergie du désespoir, je me mis à envoyer des CV comme une forcenée, sans même prendre le temps de réfléchir à ce que j’envoyais ni au destinataire. Je ne faisais que ça. Je répondais à tout et n’importe quoi. J’envoyais des candidatures spontanées à toutes les Pages Jaunes, c’était n’importe quoi : vendeuse, caissière, chauffeur poids lourd, élagueur de platanes, traductrice sino-russe, mannequin cabine, ouvrière en abattoir, ingénieur du BTP, webmaster. Je ne savais même plus ce que je faisais, je savais juste qu’il fallait que je le fasse.

Et un jour, enfin, mon téléphone sonna. Une entreprise, à laquelle je ne me rappelais même plus avoir envoyé un CV, cherchait une secrétaire comptable à mi-temps et voulait savoir si j’étais disponible pour un entretien. Tant pis si je m’y connais à peu près autant en secrétariat qu’en maçonnerie. Tant pis si la vue d’un tableur Excel me file la nausée. Tant pis si je ne suis pas fichue de faire la différence entre le crédit et le débit. Évidemment que j’étais disponible pour un entretien !

Suite au prochain épisode de notre série La petite vie (pro) d’Almira !

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  • Phlaurianne
    Phlaurianne, Le vendredi 4 janvier 2013 à 16h00

    Alala ça me fait aussi pensée à mon (trèspetitminuscule) parcours.
    J'ai eu mon diplôme en juin 2012, Licence pro, 4 mois de stage de fin d'études à Paris qui se sont hyper mal passés (des gros malades qui m'ont légèrement traumatisé). Je suis restée un mois chez moi (en Moselle, terre natale de la mirabelle et de Patricia Kaas) pour ma soutenance de mémoire de stage, puis je suis retournée sur Paris pour chercher du boulot (parce que bon la mirabelle ça rapporte pas des masses).
    J'étais aussi pleine de bonne volonté, je me suis dit que je trouverais rapidement sur Paris, même dans mon domaine ultramégabouché (graphisme, enfin quel domaine n'est pas touché par cette pute de crise ?). Je choisissais mes annonces, j'écrivais de belles lettres de motivation.
    J'ai eu un entretien, dans un cabinet de recrutement, où on m'a demandé ce qu'étaient mes valeurs dans la vie, et où on m'a dit que mon book était trop scolaire. Résultat, candidature pas retenue car trop peu d'expérience blablabla.
    Par la suite, j'ai cherché un mois. C'est pas très long, mais j'ai cru que j'allais mourir d'ennui. Pour moi c'était du temps perdu. J'étais loin de ma famille et de mes amis, j'étais à Paris à perte, je servais plus à rien en fait.
    Du coup, j'ai aussi bifurqué sur les annonces de vendeuses/caissières/troisiemeassistantesecrétaire/maître chien et j'en passe. Au bout de ce mois, j'ai envoyé une candidature spontanée chez Monoprix. Ils m'ont embauché deux semaines plus tard. J'y suis restée 3 mois, à faire les courses à la place de personnes qui dépensent la moitié de ton SMIC dans du champagne, mais j'avais retrouvé un rythme normal, et mon équipe était adorable.
    J'ai postulé par hasard à une autre offre, assistante chef de fabrication, je savais pas où c'était, tout ce que je savais c'est qu'il ne demandait pas 3 à 5 ans d'expériences comme partout ailleurs.
    J'ai eu un entretien alors que je travaillais toujours chez Monoprix, on m'a embauché 2 semaines après.
    Maintenant je travaille au siège d'une assurance, j'ai mes week-ends, je suis mieux payée, l'équipe aussi est sympa, mais c'est encore un CDD, et même si il finit en mai, je psychote rien que de penser à après.
    Alors je veux bien que la conjoncture soit mauvaise, que la crise sévisse partout, que c'est dur de se lancer dans la vie active. Mais si seulement les employeurs accordaient un peu plus de chances aux jeunes diplômés, sans leur demander d'avoir 3 ans d’expériences ou de sortir de grandes écoles à 10 000 euros l'année, les choses bougeraient un peu plus.

  • Pow.
    Pow., Le vendredi 4 janvier 2013 à 17h38

    J'étais au chômage il y a un peu moins de deux ans, et je viens vous apporter mon "témoignage" pour vous dire qu'il y a des recruteurs qui s'intéressent vraiment à votre parcours et vous envoyer toutes les ondes positives possibles.

    En résumé voilà mon parcours, j'ai commencé une fac de langue aprés le bac mais ça ne me plaisait, en paralléle j'avais commencé à faire du théâtre et ce fût ma révélation. Je voulais vraiment me tourner vers le milieu artistique et culturel.

    Aprés 2 ans de fac, remise en question et réorientation vers un BTS comm suivi d'une licence pro en évenementiel avec une spé culturelle par mes stages. Autant vous dire que c'est bien bouché comme domaine.

    J'ai eu mon diplôme en septembre 2010, et là la galére de Pôle Emploi a commencé, déjà les conseillers ne connaissaient pas mon métier donc il fallait expliquer et n'avaient du coup aucune piste pour moi; j'ai vite compris que je devrais me débrouiller seule. Je n'avais pas le droit au chômage parce que mes études avaient été faites en alternance mais sous contrat de stage.

    J'ai commencé à faire de l'intérim dans un boite d'agroalimentaire pour mettre un peu de sous dans la caisse (j'ai eu de la chance de trouver cette mission même si je détestais son contenu).

    En paralléle la valse des soirées sur PE, et autres sites avec écriture de lettres de motivation, préparation de CV etc a commencé. Pas de réponses, réponses négatives, convocation en entretien pour ensuite entendre dire qu'en faite les budgets ne sont pas passés etc. Au bout de 6 mois et aprés une grosse déception sur un poste qui me plaisait beaucoup le moral était au plus bas.

    J'ai postulé, sans conviction, à un poste de médiateur culturel en charge de l'événementiel sans grande conviction et là on m'a rappelé pour un entretien, et j'ai été prise car la directrice et les membres du jury ont vraiment valorisé les motivations, le parcours, la personnalité du candidat. Aujourd'hui je suis en poste en CDI et tout se passe à merveilles.

    Alors même si c'est dur, et qu'on a envie de baisser les bras, il y a des gens qui s'intéresseront à vous et qui vous donneront votre chance, alors essayez de garder le moral :)

  • Maw.ii
    Maw.ii, Le vendredi 4 janvier 2013 à 17h56

    J'ai un BAC +3 et sa fait 3 ans que je fais du ménage...
    COURAGE

  • Black Mamba
    Black Mamba, Le vendredi 4 janvier 2013 à 18h51

    Je m'apprête à vivre la même chose, mais vu que je vais avoir le statut d'intermittente du spectacle, je vais pouvoir toucher les assedic et ça c'est cool.
    Par contre, l'inactivité m'angoissant, il me faut du travail vite, mais dans ce milieu c'est une sacré paire de manches..

  • Lisette cacahuète
    Lisette cacahuète, Le vendredi 4 janvier 2013 à 19h10

    J'ai un bac+5 et 2 diplômes avec mentions... et je suis caissière, prochainement chômeuse... Hahahaha.....snif

  • Delphineee
    Delphineee, Le vendredi 4 janvier 2013 à 22h14

    airetsy;3841026
    Oh tiens, mais c'est mon histoire ça, sauf que moi, le chômage, je le touche pas. Rien, que dalle.

    Postuler à TOUTES les offres qu'on voit, envoyer une centaine de CV dans tous types de boites..
    Et... on me rappelle pas, ou alors pour un contrat de 15 jours, 15h/semaine.
    J'ai été pépère deux semaines, maintenant, je dois recommencer à chercher.
    Ya de quoi devenir folle..
    Oh tiens, c'est la même chose pour moi.
    On m'a dit: fais des études tant que tu peux, c'est toujours utile. J'ai pris un crédit et mon courage, j'ai maintenant un bac+3 (pas énorme, en plus), et je galère depuis juillet.
    Pas de rsa, pas d'aide, du coup je me suis remise au baby-sitting. Je ne pensais pas être un jour encore plus dans la dèche qu'en étant étudiante.
    Courage! On réussira! :hugs:

    Ma petite soeur est dans la même situation, elle est repartie chez nos parents en attendant d'avoir un peu d'argent de côté et de pouvoir faire d'autres études.

  • Charuru
    Charuru, Le vendredi 4 janvier 2013 à 23h01

    Quand je me suis fait licenciée en septembre, je me suis dit "pas de panique dans 3 mois j'ai de nouveau un taff"... 4 mois plus tard je suis toujours au chomage.
    Mon profil intéresse puisque j'ai quand meme eu 5 entretiens (sans compter les entretiens d'inscription dans les interim et boite de recrutement) mais sur les 5 entretiens que j'ai passé, deux postes ont été annulés pour raison budgétaire, donc bon.
    Je commence légèrement à flipper.

  • Kasiadanslesetoiles
    Kasiadanslesetoiles, Le samedi 5 janvier 2013 à 16h10

    C'est réjouissant de se dire que faire des études est de plus en plus inutiles...
    Finalement, heureux ceux qui ont eu une vocation du genre "Je veux être pâtissier", la société actuelle veut peut-être faire des intellectuels mais en attendant, les BAC PRO/BEP, ils en trouvent du boulot.
    Et puis Ma Meilleure Amie moi, elle a tenue que deux mois de FAC, elle a juste son BAC, elle est conseillère en vente mais elle finira probablement manager en image.
    Et Moi, ça se trouve, je ferais "pire" avec mon BAC + 5.

    Vive la France :cheer:(Je dirai même vive l'Europe !)

  • Alias Aka
    Alias Aka, Le mercredi 9 janvier 2013 à 08h53

    Je te retrouve sur mon e-magazine préféré et ça e fait bien plaisir pour toi Almira. En tout cas ça fait plaiz' de connaitre une écriveuse de madmoizelle. Continue comme ça moi en tout cas j'kiff. (j'essaye de me la faire genre d'jeun's mais je crois que c'est loupé)

  • Bluefairy
    Bluefairy, Le mercredi 9 octobre 2013 à 15h32

    J'ai un bac+5 et je viens d'être licenciée économiquement pareil en mode "c'est pas toi quipose problème c'est comme çà"

    je galère entre le CSP contrat de sécurisation professionnelle ou comment sortir de la précarité! et le pôle emploi qui me vire l'indemnité pour un jour mais qui me redemande de justifier le mois d'après après des papiers qu'ils ont déjà pendant que moi j'attends mon "indemnité" comme je l'ai fait depuis un an avec mes salaires...

    J'ai l'impression que j'en verrai pas le bout et çà fait seulement un mois... c'est grave?!

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