Les comptines traumatisantes de notre enfance

Jack Parker a répertorié des comptines de notre enfance, a priori inoffensives — car enfantines, mais vraiment flippantes quand on les ausculte de plus près. Publié initialement le 17 janvier 2011 Mais pourquoi sommes-nous si perturbés ? Pourquoi rêvons-nous chaque nuit qu’un grand cheval vient manger nos parents ? D’où nous viennent ces angoisses nocturnes […]

Les comptines traumatisantes de notre enfance

Jack Parker a répertorié des comptines de notre enfance, a priori inoffensives — car enfantines, mais vraiment flippantes quand on les ausculte de plus près.

Publié initialement le 17 janvier 2011

Mais pourquoi sommes-nous si perturbés ? Pourquoi rêvons-nous chaque nuit qu’un grand cheval vient manger nos parents ? D’où nous viennent ces angoisses nocturnes qui nous collent à la peau, même après vingt ans ? C’est souvent au cœur de notre enfance que se trouvent les réponses aux questions les plus essentielles, il est donc temps de revenir à la source du mal. Les chansons que nos parents nous chantaient étant petits étaient faites pour nous calmer, nous endormir, nous divertir et nous faire chanter LE MÊME FOUTU REFRAIN PENDANT SIX SEMAINES – mais je les soupçonne d’être responsables de nos plus vieilles peurs.

Le Petit Âne Gris

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SALOPERIE DE CAPITALISME. Tu trimes, tu trimes, et tout ce que tu gagnes c’est une mort triste et solitaire. Pour se venger, le petit âne gris a décidé de confier son histoire à Hugues Aufray (que les enfants appellent tous Hugo Frais ou encore Hugues Au Frais) afin qu’il puisse la transmettre à nos bien aimés animateurs de colo. La chanson s’est ensuite répandue comme la peste, allant de feu de camp en feu de camp, poussant des milliers d’enfants au suicide. Seules rescapées : les petites filles amoureuse de l’animateur qui jouait de la guitare, et qui ont pu rompre le sort en fixant leur héros de leurs yeux amoureux.

V’la l’bon vent

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Pas étonnant que les Français aient été élu peuple le plus pessimiste, faut voir avec quel genre de chansonnettes on a été élevés aussi. Non seulement V’la L’bon Vent a une mélodie hyper lugubre, mais les paroles ne sont pas mieux. Un petit canard blanc se fait – ha ha ha – canarder par un Prince qui ne sait pas viser (c’était le noir qu’il fallait tuer, LE NOIR) (non mais attendez une minute… QUI a écrit cette chanson ?) et, en plus de perdre tout son sang, il pleure des diamants et dégueule de l’or et de l’argent (m’est avis que son propriétaire ignorait qu’il pouvait faire ça, sans quoi il aurait pris les devants et l’aurait tué bien avant).

Il était un petit navire

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En général, quand on chante cette chanson, on ne va pas plus loin que le premier couplet parce qu’on a oublié le reste depuis longtemps. Mais si on écoute la chanson en entier, on ne parle plus du tout d’une petite virée en mer innocente, ça tourne carrément au massacre… d’un autre côté, c’est une bonne initiation à la notion de cannibalisme pour les enfants en bas âge, il faut bien commencer quelque part… Bon d’accord, au final ça se termine bien pour le petit matelot de la chanson, mais eh, peut-être que c’est une feinte. Et puis je doute qu’il puisse à nouveau entretenir des relations cordiales avec les membres de son équipage après les avoir entendus débattre sur la méthode de cuisson qu’ils utiliseraient pour le bouffer.

Marie assise sur une pierre

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Bon alors, mise en situation : vous tombez sur votre petite soeur qui, assise sur une pierre, en train d’éplucher des pommes de terre. Une vision qui vous met terriblement en colère (ça peut se comprendre) (ah, attendez… non), au point de dégainer un couteau pour en mettre trois coups dans son frêle corps (et quid du gratin dauphinois ? barbare !).
Grandir en écoutant une telle chanson, ça peut pousser les enfants à devenir des héros chaque fois que la pomme de terre est au menu. Maman épluche les patates pendant que vous tapez sur les casseroles comme un Dave Grohl sous amphèt’, et Papa rentre dans la pièce. Ni une ni deux, vous vous jetez au ralenti devant votre mère pour la protéger, au cas où Papa sortira un gros couteau. Plus tard, vous serez pompier, garde du corps ou cascadeur professionnel, mais votre phobie des pommes de terre vous amènera à perdre votre emploi et à sombrer dans l’alcool.

Passe, passe, passera

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Gageons que Brice Hortefeux, notre ministre de l’Intérieur a grandi avec Passe, passe, passera : un crime ne doit pas rester impuni ! Peu importe si le criminel est un terroriste ou une hirondelle. Et même si l’hirondelle s’est rendue coupable d’un tel crime dans l’unique but de nourrir ses petits affamés, elle doit payer pour ce qu’elle a fait. Et puis bon, trois petits coups de bâton pour trois petits sac de blé, ça se vaut bien, on aurait tout aussi bien pu la faire rôtir. Le plus drôle dans cette histoire, c’est le jeu qui accompagne la chanson, je ne sais pas si vous y avez joué étant petites mais je me souviens m’être régalée au moment de donner les “trois petits coups de bâton” à mes camarades. En général c’était plutôt à celui qui taperait le plus fort et le plus vite avant que la maîtresse ne se fâche. CAFOUILLAAAAAGE. Ah, les doux souvenirs de l’enfance…

Vive la Rose et le Lilas

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Ah, l’amour, le parfum des fleurs, l’infidélité ! Des thèmes qu’il faut impérativement couvrir dès l’enfance, pour une éducation équilibrée. Cette chanson nous a permis à nous, femmes modernes, de retenir des leçons essentielles à notre construction : c’est pas SI grave si ton mec va niquer ailleurs, y’a toujours des joulies fleurs. Ne t’occupe pas de savoir si la crémière et la femme du boulanger se sont tapées ton bien-aimé, l’important, c’est la rose… et le lilas. Alors je m’adresse à vous, femmes dont l’honneur a été bafoué : faites fi de l’infidélité de votre partenaire et allez donc gambader dans un beau champ de fleurs, ça ira tout de suite mieux.

Sur Le Pont du Nord

« Voilà le sort des enfants obstinés ». Une morale simple et efficace : écoute tes parents, reste cloîtrée dans ta chambre, et si par malheur tu choisis de désobéir, sache que tu périras noyée et que tu emporteras ton frère avec toi, petite sotte. Tout ça pour aller fricoter avec on n’sait qui sur le Pont du Nord, alors que tu aurais pu rester bien sagement dans ta petite chambrette à réciter des Notre Père. Fais le mur, et jamais tu ne reviendras. (et bon débarras, tiens, qui voudrait d’une enfant comme toi ?).

Stewball

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Constatant le succès remporté par la chanson du petit âne, Mr. Au Frais a décidé de continuer sur sa lancée en en remettant une couche avec Stewball. Cette fois il ne s’agit pas d’un petit âne gris fatigué mais d’un grand cheval de course blanc qui se rétame et se fait abattre devant un petit garçon. Tralala, joie, bonheur et suicide par marshmallow grillé assuré. Dans les courriers des petits enfants on pouvait lire “Cher Papa, Chère Maman,
L’homme est vil, le monde pue la défaite, la vie est injuste alors à quoi bon continuer, papa, maman, je ne rentrerai pas de colonie, je suis allé nager dans l’océan.”

Merci à celles qui ont envoyé leurs suggestions de chansons (Marie, Jennipher, Mathilde, Morgan, Ludivine, Emmanuelle, Valérie, Cynthia, Miaoune_, Anne Sophie, Johanna, Florence, et Anaïs) et bons cauchemars à toutes.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Mandragonne
    Mandragonne, Le 15 mai 2014 à 16h57

    C'est vrai qu'elles sont bien glauques quand on y pense.

    Moi j'ai été traumatisée en CP par "le bon roi Dagobert".
    Je vous passe le premier couplet que tout le monde connaît pour un morceau choisi :

    Le bon roi Dagobert
    Se battait à tort, à travers ;
    Le grand saint Éloi
    Lui dit : Ô mon roi !
    Votre Majesté
    Se fera tuer.
    C'est vrai, lui dit le roi,
    Mets-toi bien vite devant moi.

    A la bibliothèque en primaire il y avait un bouquin  illustré où on pouvait voir le pauvre St Eloi se faire embrocher sur le champ de bataille en protégeant à le roi ... horrible ! :fear:

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