Chair de Poule, le flip de génération en génération

Ah, Chair de Poule, série de livres qui a traumatisé bien des madZ et qui a probablement créé quelques-unes de vos phobies de jeune adulte. LadyDandy vous offre ce moment nostalgie !

Chair de Poule, le flip de génération en génération

Publié initialement le 29 octobre 2013

Comme Halloween approche et que l’automne m’arrose toujours d’une pluie nostalgique agrémentée de feuilles mortes, j’ai aussitôt dit oui lorsque Mymy m’a proposé de me pencher sur LA série de livres qui a hanté nos enfances : Chair de Poule.

Chair de Poule, de la sous-littérature ?

Pourtant, contrairement à pas mal de gens de ma génération, je n’ai pas vécu une grande histoire d’amour avec les oeuvres de R.L. Stine. Bien sûr, j’en ai lu beaucoup mais c’était uniquement parce que ma soeur en empruntait et que j’étais une sacrée bibliophile qui dévorait tout ce qui passait à sa portée. J’avalais donc les tomes de Chair de Poule à la chaîne tout en les méprisant et en les considérant comme de la « littérature facile » (oui, j’étais une foutue péteuse qui ne se sentait pas uriner).

N’empêche que pour être parfaitement honnête, je me suis laissée prendre… Et si certains me paraissaient très (trop) faciles, j’ai été complètement tourneboulée par la fin du Fantôme d’à côté qui m’a laissé un souvenir assez incroyable (et m’a permis de deviner la fin de Sixième Sens quand je l’ai vu quelques années plus tard).

Je crois d’ailleurs que c’est à cause de Chair de Poule que les films à twist final, façon Christopher Nolan ou M. Night Shyamalan, ne marchent plus sur moi. Ces livres m’ont appris à en détecter les mécanismes, je leur dois au moins ça !

Autre souvenir terrifiant (et idiot, vu d’ici) : à un moment, dans Attention chat méchant, l’héroïne se réveillait avec un chat sur la tête, surprenant ladite bestiole en pleine tentative d’homicide par étouffement. Et il se trouve que je dormais avec la couverture remontée sur la tête et qu’il arrivait à mon chat de me dormir sur le visage. À cause de ce livre, je fus dorénavant persuadée que le félidé complotait de sombres desseins visant ma personne.

Qu’il est mignon le matouuuu !

R. L. Stine, « Stephen King pour enfants » et auteur prolifique

Fin de la minute narcissique et début de l’enquête. Qui est R.L. Stine ? Est-ce là le pseudonyme d’une dizaine de nègres comme le fut Caroline Quine pour la série Alice ?

Il faut croire que non : R.L. Stine, Robert Lawrence, voire Bobby pour les intimes, est apparemment un de ces écrivains populaires qui amuse le public de sa plume sans jamais ralentir. D’abord rédacteur d’un journal humoristique intitulé Bananas, il a aussi écrit une douzaine de livres comiques sous le riant pseudonyme de Jovial Bob Stine.

Avec celle qui deviendra sa femme, Jane Wadhorn, il a ensuite décidé de créer une série de livres d’épouvantes pour la jeunesse et rencontre le succès après 20 ans de travail dans l’écriture (quand même !). Il poursuit aujourd’hui différentes séries dérivées de Chair de Poule (Goosebumps) et a aussi écrit trois romans destinés aux adultes.

Dans les années 90, il était le 36ème « entertainer » américain le mieux payé et il fut nommé numéro 1 des auteurs de best-sellers par US Today. Dans le Guinness des Records, il a disputé à J.K. Rowling la place du plus grand écrivain de livres pour enfants ; ses bouquins ont même inspiré une attraction à Seaworld en Floride et la fameuse série canadienne au générique un rien gangsta que j’aime passionnément :

À 25 secondes, notez l’effet spécial le plus naze du monde sur le chien.

Bref, R.L. Stine, en fait, c’est pas de la gnognotte. Pas peu fier, le pépère de 70 ans se définit comme le Stephen King des enfants et… y a un peu de ça ! L’interview qu’on trouve sur le site français de Chair de Poule est plutôt sympa. Il a l’air d’un type intelligent et plutôt simple. Ainsi, il déclare :

« J’adore le processus d’écriture. J’aime être assis et écrire plus que toute autre chose. Je ne pense pas qu’écrire soit dur. Je pense que c’est amusant. »

Il paraît aussi que son autobiographie est à mourir de rire. Bobby, je ne te connais pas et j’ai longtemps méprisé tes livres mais… je dois dire que tu as l’air d’un type bien.

Chair de Poule, c’est toujours d’actualité ?

Est-ce que ça marche toujours, Chair de Poule ? Petit tour sur le site de la Fnac : manifestement, c’est toujours réédité même si, avec l’arrivée de Photoshop, je trouve les couvertures plus récentes moins réussies que les anciennes. Et puis, le cadre a changé et au lieu du dégradé jaune/rouge un peu violent, on a de fades rayures vertes et violettes sur la tranche, ça gâche un peu, même si le titre de la série a toujours la même police verte dégoulinante. On avait de si belles couvertures (à noter d’ailleurs que l’édition française est bien moins kitsch que l’américaine… et c’est pas plus mal).

Pendant mes courses hebdomadaires, je m’aventure dans le rayon ado de l’espace culturel. Ils sont là, avec leur tranche à rayures trop sage. Le packaging change mais par contre, c’est toujours la même bonne vieille police, toujours le même avertissement :

« Attention lecteur ! Tu vas pénétrer dans un monde étrange où le mystère et l’angoisse te donnent rendez-vous pour te faire frissonner de peur… et de plaisir ! »

Et les mêmes histoires. Mes souvenirs remontent à la lecture des résumés et des titres : La nuit des pantins, Frisson en eaux troubles, Souhaits dangereux, Le masque hanté… Ce que je trouvais ça racoleur quand j’étais petite ! Aujourd’hui, je les trouve plutôt amusants, aux limites de l’absurde. La voiture hantée, ben voyons ! Enfin, après tout… Stephen King a fait la même chose. À moins que ce ne soit Carpenter, je sais plus ? Mais c’était parodié dans Futurama !

En tous cas, ils ont toujours autant de succès : je vois du coin de l’oeil un petit mouflet tout intimidé qui n’ose pas aller vers sa série préférée vue qu’une grande fille squatte la place (mais qu’est-ce qu’elle fait là ? Elle ne devrait pas plutôt rester dans les rayons ennuyeux des livres pour adulte ?). Je m’écarte d’à peine quelques pas qu’il se rue avec avidité vers ses précieux ouvrages. Les couvertures de Chair de Poule ont beau être moches maintenant (mais nooon, c’est pas de la mauvaise foi), ces bouquins séduisent toujours.

C’est VRAIMENT pas de la mauvaise foi. C’est moche.

Mais pourquoi donc ? C’est ce que j’ai tâché de découvrir en allant faire un tour dans la mezzanine/section ado de la bibliothèque municipale. Le grand reportage, c’est ma passion.

Les variations d’édition sont flagrantes : le plus ancien est probablement la première édition du Fantôme de la plage avec une couverture rigide, les plus récents ont les odieuses rayures que vous voyez ci-dessus et puis on trouve deux tomes de l’édition que j’ai connue, avec des couvertures souples.

Je pose la pile devant moi et regarde les dates des éditions : on va de 1994 à 2012. La plupart des histoires sont des réimpressions (la huitième, clame la première page du Parc de l’Horreur !), mais on remarquera que les trois tomes de la série Horrorland datent de 2009. R.L. Stine écrit encore, qu’on se le dise !

La même recette qu’il y a quinze ans

On l’aura compris, Chair de Poule se vend toujours mais au niveau littéraire, est-ce que ça vaut aussi peu que je le pensais dans mes jeunes années frappées au sceau du snobisme ?

Globalement, la recette reste la même. Ce sont des novella et non des romans, divisées en très courts chapitres (entre 25 et 30) et s’achevant sur un cliffhanger avant de présenter un extrait d’un autre livre de la série… lui-même judicieusement interrompu par un autre cliffhanger. R.L. Stine aime autant le suspense qu’un scénariste des Feux de l’Amour, on dirait.

La série se base sur un concept centré autour du monstre, de la peur, et d’une ambiance particulière, donc les personnages sont… random. On en dit assez peu sur eux : les descriptions se limitent à leurs couleurs d’yeux et de cheveux, ils ont douze ou treize ans, un peu plus que la plupart des lecteurs. Leur sexe importe peu, on trouve autant de garçons que de filles mais ils sont souvent agencés en duo mixte (peut-être pour favoriser l’identification de tous et toutes ?). La narration est à la première personne. Tout est fait pour aider à l’immersion du lecteur.

Captures de l’épisode Terreur sous l’évier par ChairDePoule.fr

Mais je dois reconnaître un truc que je n’avais pas noté étant petite : les gosses ont beau être assez interchangeables d’une histoire à l’autre, ils sonnent vrai et donc… ils sont « bizarres ». Des petites filles et petits garçons modèles fans de danse et de basketball, les séries jeunesse en regorgent, mais des mômes fans de squelettes et de cimetières comme les héros du Fantôme de la plage, on en croise moins dans la littérature… mais beaucoup dans la vraie vie !

Je pense que le succès de R.L. Stine tient aussi à ça : il connaît vraiment sa cible. Il sait quel plaisir on a, petit-e, à évoquer des trucs dégoûtants, verdâtres et gluants, à effrayer ses amis en leur racontant l’histoire de la petite fille restée seule à la maison et du fou échappé de l’asile…

Une structure basique, usée jusqu’à la corde

R.L. Stine ne raconte pas des histoires morales. Les héros sont sympathiques et n’agissent pas comme des monstres sanguinaires, mais c’est du fantastique, rien de karmique. Quand une merde tombe sur la tronche du héros, c’est rarement mérité et si certain-e-s se vengent de leurs tortionnaires à la fin du livre (comme dans Des appels monstrueux), on achève souvent l’histoire sur un cliffhanger. Un foutu cliffhanger frustrant qui m’agaçait furieusement petite.

Bah oui, c’est un peu facile à force. Surtout quand chaque chapitre s’achève DÉJÀ sur un cliffhanger ! Et la recette ne change pas.

Comparons Le fantôme de la plage, écrit en 1994, et Fuyez Horrorland qui date de 2009 et se modernise au point que les gamins parlent de la Wii durant l’introduction.

Les premières phrases des deux livres nous plongent directement dans l’action. On a l’impression d’arriver au milieu de l’épisode : « Impossible de me rappeler comment nous avions atterri dans ce cimetière », débute le plus ancien, et « Onze enfants nous encerclaient mon frère Luc et moi », pour le plus récent.

On continue de tenir les lecteurs en haleine par la suite avec des cliffhangers de fin de chapitre. Exemple avec Le fantôme de la plage :

  • Chapitre 1 : « Nous étions tous les deux pris au piège. »
  • Chapitre 2 : « Suzanne avait disparu. »
  • Chapitre 3 : « Elle allait nous attaquer. »

Et Fuyez Horrorland :

  • Chapitre 1 : « Ne nous faites pas de mal ! Par pitié ! »
  • Chapitre 2 : « Et là… Je suis restée bouche bée ! »
  • Chapitre 3 : « J’ai attrapé sa main et nous avons traversé le miroir… »

Comment fait R.L. Stine pour maintenir la tension à chaque fin de chapitre (souvent très courts, durant d’une à cinq pages) ? Eh bien… il utilise des procédés assez artificiels. Les deux premiers chapitres du Fantôme de la plage sont un rêve du héros, on nous le révèle ensuite, et la bête qui attaque au chapitre 3 est une chauve-souris. Un peu facile, non ?

À part ce procédé un tantinet agaçant et redondant, le style est très simple mais pas dégueulasse pour autant. Les traducteurs (souvent traductrices) s’en tirent bien. Ça se lit, quoi.

Chair de Poule, la redécouverte

Bon… assez de cracher dans la soupe, il est temps de vraiment s’y mettre. Tiens, Nuits de cauchemar : je ne l’avais pas lu, celui-là, et c’est une édition de ma génération (oui, je suis old school).

Pour le coup, c’est l’histoire d’un gosse malheureux et martyrisé comme dans Des appels monstrueux. Son frère et sa soeur sont vraiment pas sympas avec lui : quelque chose me dit qu’ils ne vont pas faire long feu.

Bah tiens, le gamin décide soudain de dormir dans la chambre d’amis ! Et quand il se réveille, le frère et la soeur sont plus jeunes que lui et le héros a maintenant le corps d’un ado de seize ans. Quand je disais que R.L. Stine flattait les instincts des gamins ! Quoi que… son corps est plutôt encombrant et il se fait quand même emmerder en cours : est-ce qu’on aura la morale classique, « fais attention à ce que tu souhaites » ? Mystère.

Il retourne dormir dans la chambre d’ami et le voilà fils unique, puis dompteur de lion, puis vieux, puis… lézard géant ? Mais qu’est-ce que… quoi ?

— On va bientôt fermer, me dit alors la bibliothécaire.

Sérieusement ?

— Excusez-moi, il faut quels papiers pour s’inscrire ?, demandé-je avec un regard mielleux, les mains crispés sur mon ouvrage.
— Une pièce d’identité et un papier avec votre adresse.
— Un papier avec mon adresse ? Genre… Je note mon adresse sur un papier ?

Elle lève les yeux au ciel et tu l’auras compris, ô madZ, qu’« un papier avec mon adresse », c’est une facture, une quittance de loyer… un truc officiel, quoi. Et ça, je ne l’ai pas sur moi. Sacrebleu !

Je repose le best-seller à la couverture criarde en rayon et rentre chez moi, le pas lourd. Le héros était sur le point d’aller se coucher, impatient de découvrir sa nouvelle transformation. Je me demande bien ce que ça donnait… Un oppossum nain ?

J’avale mes pâtes devant un anime idiot, je relis mes cours, je me couche. Impossible de dormir.

Minuit ou pas loin, je me lève et j’ouvre l’ordi, direction eBay ou Amazon. Non mais sérieusement… il faut que je sache !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Mangakarachel
    Mangakarachel, Le 6 décembre 2015 à 23h46

    Je plussoie, les collections Chair de Poule, Peur Bleue et Midnight Library ont bercé mon enfance ! Répercussion sur ma vie quotidienne: un amour sadique pour les fins qui finissent mal :innocent:

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