J’ai testé pour vous… me retrouver dans un centre anti-IVG (MÀJ)

L'avortement est un droit en France, mais il est encore difficile d'y avoir accès sereinement. Voici le témoignage d'Ondine, confrontée à un centre visiblement anti-IVG.

J’ai testé pour vous… me retrouver dans un centre anti-IVG (MÀJ)

Le recours à l’avortement au Planning Familial et autres centres

Ondine, 24 ans, nous a fait parvenir ce témoignage. En cherchant à recourir à une IVG, elle est tombée dans un centre qui ne lui a pas transmis les informations requises, et lui a fait perdre un temps précieux. Voici le récit qu’elle nous a fait parvenir :

« Il y a dix jours, j’apprenais que j’étais enceinte, après avoir fait un test urinaire à 4h du mat’ (la fausse bonne idée). À cause du manque de sommeil, j’accuse un gros coup de chaud.

Je ne veux pas d’enfant, je ne veux pas être enceinte. Je ne sais pas quoi faire. Le géniteur ne répond pas au téléphone. Je n’ai pas accès à Internet. J’ai peur, et le seul truc que je parviens à faire est chercher « planning familial Paris » sur mon smartphone.

Je trouve l’adresse d’un centre qui se trouve juste à côté de là où je bosse. Ça tombe très bien, je prévois d’y aller le matin même.

J’arrive là-bas plus tard que j’aurais voulu, à cause de problèmes de RER, et en plus je réalise que je ne suis plus couverte par ma sécu depuis plusieurs semaines. Je me rappelle avoir lu sur Internet qu’une IVG coûtait 450€. »

Les montants des soins relatifs à une interruption volontaire de grossesse ont été fixés par arrêté ministériel. Ils sont compris entre 437 et 645€ pour une IVG chirurgicale, autour de 260€ pour une IVG médicamenteuse pour un établissement public. Dans les établissements privés, ces tarifs peuvent varier.

En France, cette prestation est désormais prise en charge à 100% par l’Assurance maladie (pas besoin de mutuelle).

« Je suis déjà à bout de nerfs et arrivée à l’accueil, je pleure en disant que j’ai besoin d’un avortement. On enregistre mon nom pour ouvrir un dossier, et on me fait patienter pour voir un médecin. »

En France, les personnes souhaitant avoir recours à une IVG ont un droit à l’anonymat. L’anonymat total n’est possible que dans les établissements publics pratiquant une dispense d’avance de frais (pour les bénéficiaires de la Couverture Maladie Universelle ou de l’Aide Médicale d’État ainsi que les mineures).

Dans les autres cas (avance de frais demandée), « d’autres mesures de confidentialité sont mises en place ».

« Après 1h30 d’attente, un médecin me reçoit.

— Alors, qu’est-ce qui vous arrive ?
— Je, euh… Je me suis rendue compte que j’étais enceinte…
— Quoi, comment ça vous êtes enceinte ? Vous avez combien de retard de règles ?
— Ça fait un moment. Et j’ai fait deux tests positifs.
— Urinaires ? Bon. Et vous voulez avorter c’est ça ? Vous avez quel âge ?
— Oui. 24 ans.
— Bon je vous fais une ordonnance pour une prise de sang, et une pour une échographie que vous ferez mercredi prochain. Vous prendrez rendez-vous à l’accueil.

Temps mort.

— Euh, au revoir ? Merci.

Pourquoi j’ai remercié ce connard, je ne le sais pas. À ce moment-là j’avais l’impression d’être dans une voiture, de nuit, par temps de brouillard. Je ne voyais rien devant moi, juste l’échographie et la prise de sang dans quelques jours. Aucune idée de ce qui allait se passer ensuite.

Je suis revenue faire l’échographie 5 jours plus tard, avec ma prise de sang qui indiquait un taux de BhCG très bas. J’étais donc enceinte depuis peu.

On m’avait dit de beaucoup boire avant l’examen d’imagerie pour avoir la vessie pleine. J’espérais qu’on n’allait pas me faire poireauter trois heures cette fois-ci. Coup de bol, j’étais la première à passer. C’était un médecin différent.

Il me demande la date de mes dernières règles (huit semaines plus tôt), me demande si la grossesse est plutôt une bonne ou une mauvaise nouvelle. Je réponds que c’est assez mauvais. Je lui propose de regarder les résultats de ma prise de sang, et il la frôle des yeux avant de me la rendre.

Il fait l’échographie, et en terminant il me dit :

— Bon, rhabillez-vous, il y a un souci, il faut que je vous explique.

Il me montre les images, et on n’y voit rien. Il me dit :

— À huit semaines de grossesse on devrait voir quelque chose, s’il n’est pas dedans, c’est qu’il est dehors.
— Quoi ? Je fais une grossesse extra-utérine ?

Il hausse les épaules.

— Vos BhCG sont à 20 000, ça correspond bien à huit semaines.
— Elles sont à 200 mes BhCG, c’est pas possible que ça fasse huit semaines. C’est surement que l’ovulation a eu lieu plus tard qu’on ne croit. En plus à huit semaines j’aurais eu super mal non ?
— Vous faites médecine ?

Il farfouille un truc sur son ordinateur en haussant les épaules.

— Mais qu’est-ce qui va se passer si c’est une grossesse extra-utérine ? Comment ça se passe pour l’avortement ?
— Ah mais ça on verra après ! Il faut déjà régler ce problème. Vous allez voir mon confrère et on va trouver une solution, je ne vous laisse pas comme ça dans la nature.

J’ai dû attendre plus d’une heure pour voir son confrère, le médecin de la première consultation. Il me dit qu’il y a quelque chose qui cloche dans les dates de mes règles et de la grossesse. Que je dois prendre un rendez-vous avec une personne au planning familial à cent mètres de là, le jour même à 13h. Et qu’on verra ensuite.

Je pars confuse et terrifiée à l’idée d’avoir un embryon qui se développe là où il ne faut pas. Être hospitalisée et opérée ne m’enchante pas du tout, devenir stérile encore moins.

À 13 heures, je me présente au lieu où j’ai rendez-vous. Une personne froide m’accueille en me disant « Mme X ne prend jamais de rendez vous le mercredi après-midi, cest pas ici que vous devez être. »

J’avais vérifié plein de fois que c’était bien au même endroit mais elle a réussit à me mettre le doute.

À ce moment-là, @__Beatrix__ me demande sur Twitter :

— T’es au centre machin-machin ?
— Oui.
— C’est des pro-vie. »

En France, « le fait d’empêcher ou de tenter d’empêcher une interruption de grossesse […] en exerçant des pressions morales et psychologiques, des menaces ou tout acte d’intimidation à l’encontre […] des femmes venues y subir une interruption volontaire de grossesse » constitue un délit d’entrave à l’avortement, puni de 2 ans de prison et de 30 000 € d’amende, aux termes de l’article L 2223-2 du Code de santé publique.

Le projet de loi pour l’égalité hommes-femmes prévoit d’étendre ce délit d’entrave à ceux qui tenteraient d’empêcher l’accès à l’information sur l’IVG. Seront donc visés les sites des anti-IVG, qui se présentent comme des sites d’information.

« Je me suis barrée en claquant la porte. J’ai appelé dans la foulée le numéro officiel du planning familial et j’ai pu aller quelques heures plus tard dans une permanence située dans un autre arrondissement.

Là-bas, ils m’ont reçue tout de suite, m’ont rassurée et m’ont donné toutes les informations que le centre précédent avait omis de communiquer. Le premier truc qu’ils ont fait était la lettre lançant le délai de 7 jours de réflexion avant de pouvoir avorter (ils me l’ont d’ailleurs antidatée de 7 jours pour que je ne perde pas de temps).

Ils m’ont donné un livret expliquant tout ce qui allait se passer pendant le processus de l’IVG, et détaillant les procédures auxquelles j’ai droit. »

Un délai d’une semaine doit être respecté entre la première demande de la femme (la première consultation) et la confirmation écrite remise par la femme souhaitant avorter. Ce délai n’a pas à être respecté si le délai limite des 12 semaines risque d’être dépassé, aux termes des articles L2212-4 et 5.

« Ils ont regardé mon écho et la prise de sang en disant :

— Bah, c’est juste une grossesse très précoce, c’est tout. Une grossesse extra-utérine ? N’importe quoi. Non, c’est juste que c’est trop tôt pour qu’on puisse voir quelque chose à l’écho, il faut en refaire une dans quelques jours. Vous inquiétez pas, ça va aller.

Ensuite, ils m’ont demandé si je prenais une contraception, et m’ont donné plein de feuillets qui expliquent les différentes méthodes. Ils m’ont demandé quel était mon rhésus pour savoir si j’allais avoir besoin d’une injection (s’il est négatif, on injecte un sérum anti-rhésus, pour éviter les complications en cas de grossesse ultérieure ; vous trouverez des infos sur ce lien pour comprendre).

Enfin ils m’ont demandé si j’étais couverte par l’assurance maladie, et quand j’ai dit que non, ils m’ont dit d’aller au centre de planification d’un hôpital de l’AP-HP, où je serais prise en charge gratuitement.

Là-bas, j’ai été reçue chaleureusement (ça paraît con, mais c’était la première fois qu’on me donnait de la compassion, et quand tu as peur et que tu ne comprends pas tout ce qui se passe, c’est pas de refus), j’ai pu choisir la méthode d’avortement et de contraception qui me convenait, et toute cette histoire devrait être finie dans quelques jours.

Pour en revenir au premier centre où je suis allée, ils ne m’ont donné aucune info, ne m’ont à aucun moment expliqué comment se déroulait un avortement. Ils mettaient des délais de fous entre les rendez-vous et les échographies. Pas d’information sur la contraception, sur les choix que j’avais à ma disposition.

Ils ne m’ont jamais parlé d’une lettre, d’un délai de 7 jours, ce qui est le PREMIER truc que le médecin doit faire quand on veut avorter, qu’on ait les résultats de la prise de sang et de l’écho ou non. Ils se sont contenté de me faire attendre, de me faire peur avec leur délire de grossesse extra-utérine…

Et je n’arrive pas à croire que leur adresse figure sur le site ivg.gouv.fr

Pour conclure, si vous tombez enceinte et que vous voulez avorter, allez dans un planning familial recommandé par le gouvernement, voire dans un hôpital public, ça me semble mieux. Mais méfiez-vous quand même : si quelque chose ne tourne pas rond, n’hésitez pas à vous barrer. Et parlez-en.

À des féministes sur Twitter, à moi, à des gens de confiance qui ne vous jugeront pas… Le stigma sur l’avortement est hallucinant, encore aujourd’hui. On arrive en 2014 quand même, c’est effrayant. »

– Merci à Ondine pour son témoignage.

Avortement : Planning Familial et centres de planification associatifs

Les centres de planification associatifs ne sont pas affiliés au Planning Familial, et ne partagent pas nécessairement l’engagement militant de cet organisme, ainsi qu’on peut le lire sur le site officiel du Planning :

« Féministe et d’éducation populaire, c’est ainsi que s’affirme Le Planning Familial.

Créée en 1956 sous le nom de « La maternité heureuse », l’association réunissait des femmes et des hommes bien décidés à faire changer la loi de 1920 qui interdisait l’avortement, ainsi que l’utilisation et la diffusion de tout moyen contraceptif en France. […]

Le Planning Familial est un mouvement militant qui prend en compte toutes les sexualités, défend le droit à la contraception, à l’avortement et à l’éducation à la sexualité. Il dénonce et combat toutes les formes de violences, lutte contre le SIDA et les IST, contre toutes les formes de discrimination et contre les inégalités sociales. »

Sur le site ivg.gouv.fr, ainsi que sur le site du ministère de la Santé, sont répertoriées les adresses des antennes régionales du Planning Familial, ainsi que les adresses de centres de planification associatifs.

Dix centres associatifs sont répertoriés sur ivg.gouv.fr pour Paris, dont deux ne semblent pas partager le militantisme du Planning Familial :

  • Le centre dont il est question dans ce témoignage
  • Un autre centre : après avoir effectué plusieurs recherches sur son site, aucun résultat pour « avortement » ni pour « IVG ».

Nous avons signalé ces deux sites au Ministère des Droits des Femmes, qui nous a répondu sur la manière dont ces sites sont choisis et répertoriés sur ivg.gouv.fr. : 

« La liste des centres de planification est fixée par les services du ministère des affaires sociales et de la santé. Des vérifications ont été effectuées en amont et sont assurées en continu, sur la base de signalements.

Lorsque le Ministère des Droits des femmes est informé de la présence d’une référence à un centre qui ne dispense pas les informations selon les règles en vigueur, nous le signalons immédiatement aux services déconcentrés pour vérification.

Un examen attentif est conduit pouvant aboutir au retrait de la référence du site ivg.gouv.fr sans préjudice des autres décisions prises à la suite des contrôles. »

Soyez vigilantes !

En France, vous avez le droit d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse. Cet acte est pris en charge à 100% par l’Assurance maladie. Vous avez droit à l’anonymat et au respect de la confidentialité. Vous avez le choix entre l’intervention chirurgicale et la méthode médicamenteuse (selon votre situation).

La loi pour l’égalité entre les hommes et les femmes sera présentée à l’Assemblée Nationale en janvier (elle est déjà passée au Sénat). On espère qu’elle entrera rapidement en vigueur, et que le renforcement du délit d’entrave à l’avortement permettra de poursuivre les centres anti-IVG qui diffusent de fausses informations et tentent de dissuader les femmes d’aller au bout de leur démarche.

Et toi, as-tu été confrontée à des résistances lorsque tu as voulu mettre un terme à une grossesse non désirée ? 

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Zoecameleon
    Zoecameleon, Le 24 juin 2014 à 19h37

    Merci pour ce témoignage !

    J'ai découvert ce qu'était vraiment une IVG, ce qu'il y avait autour, grâce au livre de "La Fille du docteur Baudouin" de Marie-Aude Murail, que j'ai relu plusieurs fois après parce que je le trouve vraiment parlant et beau. Je crois que c'est de là que je tiens le plus gros de mes connaissances à ce sujet ^^ (bon en vrai j'exagère, j'ai déjà vu plein de brochures à ce sujet et le livre parle plus du côté vécu, sentimental que de l'acte en lui-même)
    http://www.amazon.fr/La-fille-du-docteur-Baudoin/dp/2211084311/ref=sr_1_52?ie=UTF8&qid=1403624080&sr=8-52&keywords=marie+aude+murail

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