Les Boxtrolls VS La Légende de Manolo : lequel aller voir au cinéma ?

Les Boxtrolls et La légende de Manolo sont deux films d'animation atypiques actuellement en salles. Lequel mérite vraiment le détour ? Les voici qui s'affrontent sous la plume aiguisée de LadyDandy !

Les Boxtrolls VS La Légende de Manolo : lequel aller voir au cinéma ?

S’il y a bien un truc que j’adore, c’est enchaîner les séances au cinéma — et si j’ai en plus droit à un combo de films d’animation, je suis en joie ! Cette semaine, j’ai donc cumulé Les Boxtrolls et la Légende de Manolo, deux longs-métrages aux allures lugubres, parfaits pour se mettre dans une ambiance d’Halloween sans s’empêcher de dormir (quoique…).

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Alors, lequel mérite vos précieux euros ? On va voir ça avec un petit match critique !

Le scénario — Round #1

La légende de Manolo raconte l’histoire d’un pari entre la Muerte, qui règne sur l’éternelle fête du monde des morts bien-aimés, et Xibalba, le roi du royaume désolé des morts oubliés. Les deux lurons (qui sont également ex-amants) mettent donc leurs royaumes en jeu, en misant chacun sur son champion dans un triangle amoureux. La Muerte mise sur Manolo, héritier d’une famille de matadors qui n’arrive pas à achever les taureaux et n’aspire qu’à gratter sa guitare, et Xibalba sur Joaquin, le fringant fils d’un héros de guerre obnubilé par sa moustache. L’enjeu du duel est la ravissante Maria, donzelle de caractère.

On a donc une base très classique présentée comme une légende, avec une mise en abîme, puisque l’histoire est racontée à un groupe d’enfants qui visitent un musée. Certes, c’est dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures soupes… mais comment ce schéma assez simple est-il traité ?

Je suis mitigée.

À mon sens, il y a un énorme problème de rythme dans La légende de Manolo. Tout va vraiment trop vite, on rencontre des centaines de personnages bien caractérisés mais très vite expédiés… Plusieurs intrigues, pas vraiment complexes mais qui font de nombreux détours, se croisent et s’entremêlent, et le final est vraiment bordélique. Cela dit, les personnages ont des gimmicks très drôles (les bonnes soeurs qui chantent pour parler, les militaires bras cassés…) et les rares moments où le film prend son temps sont vraiment réussis… Mais l’ensemble donne une impression de désordre, d’inachevé.

Le film veut parodier les poncifs de la séduction macho, avec son héroïne qui ne veut pas être prise pour une potiche et a appris le kung-fu et l’escrime dans son couvent. Néanmoins, dans les faits, Maria demeure un objet qui accepte de se marier pour sauver sa ville, alors qu’elle pourrait la sauver toute seule, et cède à une chanson d’amour sans que son cher et tendre ne sache la complimenter sur autre chose que « sa peau si douce » ! Pire encore : elle a beau manier l’épée, quand elle se fait kidnapper, elle attend bien tranquillement qu’un chevalier servant vienne la sauver. C’est vraiment décevant à ce niveau.

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D’autant plus qu’à côté, le héros anti-tauromachie assume ce parti pris jusqu’au bout. Tuer un taureau c’est mal, mais le machisme lui a toujours de beaux jours devant lui…

Les Boxtrolls raconte l’histoire d’Oeuf, un enfant kidnappé/adopté par les Boxtrolls, créatures souterraines et chapardeuses. En voyant peu à peu sa famille rétrécir, ses membres étant capturés par l’impitoyable Archibald Snatcher, exterminateur en quête de prestige social, Oeuf décide d’agir et s’aventure dans le monde d’en haut. Je n’en dis pas plus parce que le scénario regorge de trouvailles vraiment hilarantes et qu’il vaut mieux se laisser surprendre !

La base de l’intrigue, comme celle des deux précédents films des studios Laika (Coraline et ParaNorman) semble à première vue familière, mais sait réinventer les poncifs et fait même preuve de beaucoup d’audace pour un film « jeunesse ». Mention spéciale pour les dialogues très fins, au registre soutenu dont les subtilités échapperont parfois aux enfants mais qui raviront les adultes !

Sans aucun doute, Les Boxtrolls emporte cette première manche grâce à son scénario inventif, drôle et émouvant au rythme maîtrisé.

Les graphismes et la réalisation — Round #2

La légende de Manolo

La Légende de Manolo est un film en images de synthèse franchement grandiose.

Les décors fourmillent de détails, ça bouge dans tous les sens, avec des couleurs très vives absolument magnifiques. Les personnages, qui sont principalement des figurines en bois, ont des textures presque palpables. J’ai vu le film en 3D et j’avais terriblement envie de les tripoter ! Tout a l’air vrai, tangible : j’aurais pu tendre les mains pour attraper leurs médailles, leurs boutons et jouer avec toutes ces petites dorures sur leurs costumes.

L’ambiance mexicaine est vraiment rafraîchissante, et ça change pas mal des standards Burtoniens. Ici, plus de spirales ou de rayures, mais des motifs bariolés à base de fleurs et de bougies. Notons aussi l’effort fait sur le design des personnages secondaires, qui ont tous des trognes plus improbables et hilarantes les unes que les autres !

Les Boxtrolls

Les Boxtrolls est, lui, réalisé en stop-motion (la spécialité des Studios Laika), et je l’ai trouvé encore plus impressionnant que ParaNorman et Coraline. On a là une extraordinaire prouesse technique, et je pèse mes mots. L’univers est extrêmement dynamique et regorge de détails, les mouvements sont très fluides, je suis restée bouche bée devant le travail des lumières, des textures, de… tout, en fait.

Si le héros, dans la lignée de Coraline et Norman, garde une tronche de traviole (notamment son sourire qui vire à droite) j’ai trouvé que le design des personnages se démarquait pas mal de ces deux longs-métrages. Les visages cauchemardesques et très détaillés des humains m’ont beaucoup rappelé les marionnettes des animateurs slaves, qui ont aussi fait beaucoup de stop-motion (Ladislas Starévitch a été un pionnier en la matière). Les adultes m’ont fait penser au travail de Sokolov, notamment sur Hoffmaniada, son dernier film. Et évidemment, les perspectives tortueuses, les contrastes et même les couleurs bleuâtres des personnages doivent beaucoup à l’expressionnisme. On a donc, ici aussi, un film visuellement très audacieux !

Du coup, je ne peux pas trancher. Chacun de ces longs-métrages offre un univers très inventif à sa façon, et ce sont deux véritables bijoux.

L’univers sonore — Round #3

La légende de Manolo ressemble, au niveau sonore, à un gigantesque medley épileptique. On y trouve beaucoup de reprises et de citations allant de Grieg à Radiohead… mais rien ne dure plus d’une minute. Les morceaux connus s’enchaînent de façon aussi anecdotique que les péripéties. C’est vraiment dommage : il aurait fallu choisir moins de pistes, pour leur donner plus d’impact ! Je regrette aussi l’absence de morceaux originaux composés spécialement pour le film, surtout quand on connaît l’importance qu’a la musique pour le personnage principal.

Pour Les Boxtrolls, je dirais que c’est… tout le contraire. On a une bande-son digne de ce nom et utilisée à bon escient, qui comporte même mon instrument préféré : la scie musicale ! Je suis présentement en train d’écouter l’hilarante chanson des Boxtrolls, donc vous devez déjà deviner vers quel film mon cœur penche…

Je recommande ce film en VO, même si la VF est excellente : on a quand même Simon Pegg et Richard Aoyade avec une chanson écrite par Eric Idle ! 

Indubitablement, nous avons notre vainqueur. Courez donc illico voir Les Boxtrolls ! Mais pour être honnête, ne fuyez pas forcément La légende de Manolo, qui est perfectible mais a de bons arguments.

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