Apologie du poil

Le poil est devenu un ennemi, au point que nous avons inventé mille façons, toutes plus coûteuses ou douloureuses, de nous en débarrasser. Mais un tel acharnement est-il vraiment nécessaire ?

Apologie du poil

Bonjour mes agnelles.

Aujourd’hui, nous allons parler d’une cause qui me tient presque autant à coeur que le remplacement de la Marseillaise par Le petit bonhomme en mousse : le poil. En effet, l’été est revenu, et avec lui, l’obligation que nous avons d’acquérir de ruineuses crèmes dépilatoires, bandelettes de cire et autres artefacts diaboliques qui feront de notre peau une surface aussi lisse que le derrière d’un orang-outan. Et lorsque je contemple mes gambettes rougies comme le derrière d’un fan de SM à la fin de mon épilation mensuelle, une seule question me taraude : pourquoi tant de haine, ô dieu du pelage et de la repousse éternelle ?

La peur du poil : le mal du siècle

Comment expliquer la répulsion que notre société nourrit à l’égard du poil autrement que par la peur ? Si tu as l’âme d’une guerrière, fais une expérience parlante, et pointe-toi dans une ripaille parisienne et décadente vêtue d’un costume de Chewbacca : tu sera dévisagée, évitée, moquée, bref, discriminée. Pourtant, rien au monde n’est plus tendre que le poil : chaud, il peut réchauffer ton épiderme si tu as choisi de déambuler en t-shirt au mois de janvier ; épais, il couvrira avantageusement le bouton d’acné qui a eu l’impudence de germer sur ton menton ; doux, il agrémentera tes caresses d’un suave voile de douceur. J’arrête là, parce que j’ai l’impression de parler comme dans une pub de lessive. Bref, le poil est le meilleur ami de l’homme, après les cookies de la Mie Câline et Jean-Louis le gars des Huîtres. Pourquoi, donc, nous acharnons-nous à chasser cet indéniable atout de charme ?

Depuis qu'on se rase tous les matins, on va plus bien !

Poil et esthétisme : réinventer une beauté pileuse

Si les papes de la mode actuelle avaient un tant soit peu d’imagination, ils réhabiliteraient le poil en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « mortecouille ». En effet, le poil, s’il était travaillé, serait un merveilleux outil d’esthétisme : il pourrait être teint en orange, façon punk. Ou bien hérissé à l’aide d’un gel Nivelle Flop, pour former de gais petits piquants. Il pourrait être peigné, et l’on pourrait lui faire prendre mille formes : le sculpter, l’effiler, le battre en neige, l’accessoiriser, le tailler, l’illuminer… Bref, avec un peu d’amour et beaucoup de volonté, le poil pourrait être l’art de demain, s’il n’était religieusement chassé de nos corps.

Le poil et la douleur : serions-nous masochistes ?

Tous les grands spécialistes internationaux de trichologie (= étude du poil, un mot fort utile que vous pourrez réemployer lors de votre prochain dîner mondain) s’accordent sur le fait que l’obsession du poil n’est rien d’autre qu’une forme édulcorée de masochisme. Ainsi, si vous croisez dans les rayons de la foirfouillette une connaissance chargée de dépilateurs variés, vous pourrez aisément en déduire que sa vie sexuelle est aussi riche que le compte en banque d’un émir du Qatar. Entre la crème dépilatoire – potentiellement toxique, le rasoir – potentiellement agressif, la cire – responsable, à n’en pas douter, de la moitié des brulûres au troisième degré de ce bas monde et l’épilateur, qui t’as laissé un souvenir aussi doux qu’un casse-noisette te broyant l’oeil droit, l’épilation n’est jamais une partie de plaisir.

Mais avec dévotion et régularité, nous nous y contraignons. Pourquoi ? « Parce que c’est joli« , répond-on souvent. Cette affirmation est à nuancer : l’épilation n’est pas « jolie », c’est une mode parmi d’autres, et il faut se méfier des modes encore plus que de la peste bubonique : par exemple, au XVIIème siècle, il fallait impérativement porter un corset, quitte à se briser une côte ou deux, et au XVIème siècle, il était très « à la mode » chez les femmes nobles de s’épiler toute la partie supérieure de la chevelure, pour ressembler à Mary Stuart (quand j’ai appris cela, je me suis sentie heureuse d’être pauvre ET née au XXème siècle).

Des poils et des hommes : une grande histoire d’amour

Grands chanceux devant l’éternel, nos amis de la tribu porteurs-de-prostate peuvent porter pelage sans que cela n’aie de conséquence néfaste sur leur vie sociale. Oui mais : ce don des dieux est aussi un vaste cadeau empoisonné. Beaucoup d’hommes, sous couvert d’un strict anonymat, m’ont avoué vivre dans une angoisse pileuse continue. Les imberbes rêvent de toisons touffues, dans laquelle se perdraient les mains baladeuses de quelque belle plante. Les descendants directs du singe, eux, vendraient parfois les ovaires de leur propre mère pour pouvoir être, un jour, lisses comme une fesse neuve. Lisse. Ce n’est pas un hasard si l’épithète revient toujours dans le discours des pourfendeurs de la pilosité : il est l’argument phare d’une société transie de peur. Il faut être lisse de peau, et préférer l’acide hyaluronique aux outrages du temps. Il faut être lisse de corps, et préférer l’anorexie au moindre bourrelet. Il faut, enfin, être lisse de coeur, et ne jamais dépasser… d’un poil.

Ainsi, la pilosité n’est pas aussi anodine qu’on pourrait le penser, et sa traque systématique chez les femmes évoque plus un esclavage moderne – et douloureux – qu’une réelle libération. D’autant plus que l’aversion du poil est bien loin d’être universelle : dans certains pays, on laisse le poil vivre sa vie en toute liberté, ainsi que mère Nature l’a décidé. Tu n’es pas encore convaincue, et crains le jugement de ta moitié sur tes jambes buissonières ? Sache que beaucoup d’hommes se contrefichent de la pilosité de leur dulcinée, tant qu’elle leur fait des bonnes tartes aux pommes les aime comme au premier jour. Le poil est même un fantasme pour certains, comme l’indique cet article, et l’existence de sites pornographiques dédiés exclusivement… Aux femmes poilues.

Bref, si tu désires, toi aussi, prendre le chemin de la liberté et de la libre pilosité, rejoins bien vite l’Association Militante Du Gazon Libre. Pour ce faire, contacte la rédaction : Dieu te le rendra. Allez, bisous velus.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Coffeencig
    Coffeencig, Le 11 juin 2012 à 20h45

    Je ne suis pas une archarnée de la guerre des poils, je soupire lorsque des amies me disent "aaaaah mais non je peux pas j'suis pas épilée !! :gonk: "
    Non mais serieusement les meufs c'est que des poilous quoi ! Je m'épile de façon sérieuse et attentionné juste pour le boulot où c'est épilation nickel obligatoire les cocottes et pas de traces de chaussettes (je suis spécialiste mais ca n'a rien a voir avec les poils ! )
    M'enfin sinon je fete presque mon année sans epilation de demi jambes ! Et je n'ai pas passé toutes mes nuit d'hiver seule au fond de mon lit :winky: et personne n'a remarqué mes poils au gambettes ! :Pff:


    Jean Grey;3257214
    Je fais une fixation sur les aisselles poilues en ce moment comme sur la photo. Je trouve que ça donne un petit côté badasse sympa, j'me demande si je vais pas teindre les miens en roux pour déconner :P
    Haha les poils des aisselles teints, c'est coolos bananas comme idée ca ! :rotate: (genre hop tu lève le bras et c'est un petit arc en ciel sous ton aisselle ! )

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