Le Matou à la waternité – Le Carnet d’un Pompier

Les pompiers, c'est bien pour le feu et les chats qui ont le vertige, mais pas seulement. Aujourd'hui, Le Matou vous raconte le miracle de la vie.

Le Matou à la waternité – Le Carnet d’un Pompier

Ah, l’accouchement ! Le passage obligé de toute carrière de pompier. Un moment unique et doux, emprunt d’innocence et de béatitude… Enfin, pas à chaque fois.

Alors que nous roulons à tombeau ouvert en direction d’une zone pavillonnaire comme il y en a tant en France,  nous prenons les paris sur le sexe du marmot. Y a des bières en jeu.

Ding-Dong !

Même en situation d’urgence, nous restons des gentlemen et sonnons à la porte. D’ailleurs, ça aurait fait mauvais genre de la défoncer, car la femme qui nous ouvre a la cinquantaine et elle n’est pas enceinte.

 – Bonjour Madame, c’est les pompiers !

– C’est plus la saison des calendriers… Si ?

– En fait nous sommes ici pour une intervention. Nous avons été appelés pour un accouchement.

Yeux ronds de la bonne femme. Je prends la radio direct pour joindre le CODIS :

– Dites donc, on est partis sur l’accouchement mais apparemment on est à la mauvaise adresse…

– Vous êtes bien au 4 rue des Oliviers ?

– Affirmatif.

– Alors il y a un couac car c’est bien l’adresse que la victime nous a donnée. On fait un contre-appel de suite. Je vous mets en attente…

* Vivaldi en fond sonore *

– Allô ?

– Ouais.

– C’est bien le 4 rue des Oliviers. Elle dit qu’elle est aux toilettes.

Je regarde mes coéquipiers. Ils me regardent. On regarde la dame.

– Heu… Il y a quelqu’un avec vous ici ?

Ma fille. Elle est à l’étage, pourquoi ?

– Vous pourriez nous montrez les toilettes s’il vous plait ?

La femme comprend, lâche un « Ho mon Dieu ! », et disparaît en courant dans les escaliers. On la suit ventre à terre jusqu’aux waters où nous attendent la mère, sa fille de 16 ans, et sa petite-fille de… bah de quelques minutes, visiblement.

« Je savais paaaaaaaaaaaaaaas ! » dit l’adolescente en larmes.

J'aurais bien aimé une petite sieste, moi aussi.

Passons à l’action

La grand-mère hurle. La nouvelle mère pleure. Le bébé vagit. Encore tout recouvert de liquide amniotique, il a été délicatement posée dans la cuvette des WC. Tu parles d’un landau.

Bon, il est temps qu’on intervienne. Mon collègue emmène la grand-mère plus loin et appelle le CODIS pour demander une ambulance de plus car elle est en pleine crise de nerfs.

Avant de faire le bilan de la mère, mon supérieur demande un SMUR, une équipe médicale d’urgence composée d’un médecin, d’une infirmière et d’un ambulancier. Ils vont venir vérifier que le bébé respire bien, couper le cordon, contrôler que le placenta est sorti en entier… Ce genre de trucs glamours quoi.

De mon côté je prends la petite pour la laver délicatement et la réchauffer, ce qui semble la plonger dans un état de béatitude extrême. En même temps si je venais de passer 10 minutes dans une cuvette de chiottes, moi aussi je serais content de prendre une douche.

À peine a-t-on appelé le CHU pour les prévenir de notre arrivée, qu’on entend du bruit au rez-de-chaussée. Et c’est pas l’ambulance pour la grand-mère.

Papa-poule (ou pas)

« Quoi ?! Un bébé ???! »

À l’oreille on devine nettement que c’est le grand-père, et que lui non plus n’était pas au courant. D’ailleurs il vient vérifier le miracle de visu, et il a pas l’air commode.  On dirait un éléphant de mer avec une moustache.

Ah, en fait, les éléphants de mer ont déjà des moustaches.

« Qui est le fils de pute qui t’a fait ça ?! » beugle-t-il à sa fille en désignant la crevette que je tiens dans les bras (il est malpoli en plus).

– C’est vous le père ?!!

– Hein ? Quoi ? (Oups, c’est à moi qu’il parle on dirait…)

– J’ai dit : C’EST VOUS LE PÈRE ?! répète-t-il en levant sa grosse nageoire dans ma direction. (Ah bah oui, c’est à moi qu’il parle.)

– Non papa ! Tu vois pas, c’est les pompiers ça ! C’est Charly le père ! crie l’ado en pleurs.

J’ai l’impression d’être dans une sitcom, à part que je préférerais la regarder en sécurité depuis mon salon que de risquer de me manger une mandale dans une salle de bain. Le grand-père tourne les talons en criant : « J’vais le saigner ! ».

Ambiance. Je soupire de soulagement, et je plains intérieurement le pauvre Charly en question.

« Heu, on prévient les flics aussi ? Juste au cas où… »

Épilogue

Une fois que toute la petite famille a été prise en charge, soit par les policiers, soit par les médecins, on a pu repartir. Ça tombait bien, c’était la fin de ma garde.

« Bon, on va au bar ? C’était une fille, vous me devez une bière. »

Commentaires

Memellezeboss

flashforward;3186665 a dit :
Ca me paraît encore maintenant inimaginable malgré vos témoignages. Enfin je sais pas, le jour où j'ai le ventre comme une mongolfière, je me pose des questions quand même. Et je pense que mon entourage aussi!
Sauf que ton ventre ne grossit pas, tu ne le sais pas donc tu n'as aucun symptômes, ton bébé est comme caché, tu as tes règles, tes seins ne se tendent pas, rien. Mais bon c'est plutôt rare comme situation mais ça arrive! Enfin l'article m'a beaucoup fait rire parce que je suis étudiante sage-femme et je vois beaucoup de familles un peu... étranges.. faut parfois savoir relativiser et le prendre à la rigolade parce que franchement parfois y'a des situations osées mais tu ne peux rien dire ni rien faire alors autant en rire.
Et donc pour reprendre le déni de grossesse une jeune de 17ans qui se présente l'autre jour aux urgences pour maux de ventre, la maman trouve qu'elle a 'un peu grossi' mais sans plus, la demoiselle avait un implant depuis 5mois et s'était dit que c'était à cause de ça, mais la mère n'était pas contente et voulait qu'on lui retire l'implant, elle avait pris quoi 4-5kilos, pas bien grave, pas du tout un ventre de femme enceinte, aucuns 'symptômes' rien, elle avait quelques règles pas régulières mais avec l'implant c'est tout à fait normal. Petit test urinaire qu'on fait à chaque fois aux urgences gynéco-obstétriques: elle était enceinte de 5mois, la grossesse avait débuté quelques jours avant de poser l'implant, se pensant en sécurité grace à sa contraception elle n'a pas imaginé une seconde être enceinte, sa mère (la grand mère) était vraiment pas bien, la jeune fille demandait à avorter, enceinte de 5 mois c'est impossible sauf dans certains pays étrangers, elle et sa maman se mettent à délirer sur le fait d'aller en roumanie ou je ne sais plus où pour avorter à 5 mois de grossesse, elles étaient quasiment hystériques, c'était très dur pour nous inconnus pour ces femmes de les calmer. Le papa (grand père) lui a très bien pris la nouvelle, les a calmées, a félicité sa fille, lui a dit qu'il était content de devenir papy et que lui et sa femme allaient l'aider avec ce nouveau-né mais qu'il fallait pas s'en débarrasser, qu'il était sûr qu'elle ferait une bonne maman. Au début je me suis dis qu'il n'avait pas à prendre la décision pour sa fille, mais elle était tellement paniquée que je pense qu'elle ne comprenait pas tout ce qu'il se passait, qu'elle n'arrivait pas à réfléchir à la situation actuelle. Finalement elle a voulu le voir à l'échographie, entendre son coeur et tout de suite ils se sont tous calmés, la demoiselle souriait en entendant le coeur de son bébé, c'était super attendrissant. Le futur papy avait les larmes aux yeux, la future mamy était encore un peu sous le choc, et la future mère nous a confié qu'elle regrettait que ça se soit passé comme ça, qu'elle ne voulait pas un enfant aussi jeune mais qu'elle l'aimait déjà et qu'elle allait profiter des 4 mois de grossesse qu'il lui restait.  Au final elle est arrivée aux urgences sans avoir DU TOUT l'air enceinte, elle est repartie avec un bedon de femme enceinte de 4mois. Incroyable.
 

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