Vous n’êtes pas prêtes pour la claque monumentale qu’est la série « It’s A Sin »


En nous replongeant dans les années 80 et l'arrivée du sida, It’s A Sin raconte l'histoire de toute une génération souvent méconnue de celles et ceux qui l'ont suivie.

Vous n’êtes pas prêtes pour la claque monumentale qu’est la série « It’s A Sin »

Imaginez : vous avez 20 ans. Vous êtes libres comme vous ne l’avez jamais été avant. Vous vivez vos plus belles années, vous avez des amis, des amours, une vie trépidante. Vous avez la vie devant vous pour réaliser vos rêves. Et puis une maladie arrive et, en l’espace de quelques années, ravage tout sur son passage.

Tout cela est déjà arrivé. C’était il n’y a pas si longtemps, et c’est ce que raconte It’s A Sin, la nouvelle série de Russell T. Davies (Years And Years et Queer As Folk) diffusée sur Canal+ à partir de ce mois de mars 2021.

Londres, au début des années 80 : une joyeuse bande vit en colocation. Il y a Ritchie, qui rêve d’être acteur, sa meilleure amie Jill, le timide Colin, le beau Ash ou encore Roscoe, tout en gouaille et en flamboyance. Et puis il y a cette maladie dont on commence à entendre parler. Un cancer qui toucherait seulement les hommes gays à New York. On ne sait pas comment il se transmet, on sait juste qu’il tue.

Une histoire intime pour raconter la communauté gay des années 80

En seulement cinq épisodes, It’s A Sin balaie une décennie entière durant laquelle des milliers d’hommes bisexuels et homosexuels ont été fauchés en pleine jeunesse. À travers des personnages terriblement attachants, la série montre comment l’insouciance et la liberté de toute une génération ont été balayées.

It’s A Sin, c’est aussi une occasion de se rappeler qu’il n’y a pas si longtemps, être homo signifiait vivre caché. En Grande-Bretagne, des lois comme la Section 28 (qui n’a été abrogée qu’en 2000 en Écosse, et en 2003 dans le reste du Royaume-Uni, autant dire hier !) ont renforcé l’hostilité et la stigmatisation à l’égard des gays et des lesbiennes. Cette loi interdisait de promouvoir l’homosexualité — autrement dit, évoquer l’existence de discriminations ou les dénoncer était impossible, notamment dans les écoles.

Comment dans ce contexte mettre en place des campagnes de prévention ciblées en direction des hommes gays quand la loi elle-même interdisait de parler d’homosexualité ? It’s A Sin montre à quel point le silence d’État autour de l’épidémie a aggravé sa propagation. Que se passe-t-il quand la honte et la stigmatisation sont si fortes que l’on n’ose pas se faire dépister de peur d’être rejeté par ses proches, par sa famille, de perdre son travail ? Que se passe-t-il quand on a 20 ans et qu’on a peur de mourir ?

La série montre aussi la solitude. Celle des malades agonisant à l’hôpital, enfermés par les soignants qui craignaient d’être contaminés, empêchés de voir leurs proches. Celle des survivants, les amis et les amants, parfois méprisés et rejetés par la famille du défunt. Car dans les années 80, la famille pouvait s’opposer à la présence du compagnon survivant aux funérailles. En l’absence de toute reconnaissance légale des couples de même sexe, elle en avait le droit.

Transmettre l’histoire de la lutte contre le VIH, une nécessité

Aujourd’hui, un tiers des jeunes estiment être mal informés sur le VIH et les idées reçues sur la transmission vont bon train. Une série comme It’s A Sin montre que la connaissance de l’histoire de la communauté gay et de la façon dont elle a été frappée de plein fouet par le sida sont plus que jamais nécessaires. 

Si une série comme It’s A Sin fonctionne si bien, c’est qu’on peut être jeune en 2021 et s’identifier à Ritchie, Jill, Ash, Roscoe et Colin. Car ce sont des personnages irrésistibles, beaux, drôles et que leur histoire permet de transmettre ce qu’a vécu cette génération décimée par le sida : le déni, les doutes, la peur, la colère.

Dure, tragique, It’s A Sin est aussi une série qui déborde de vie, d’amour, de solidarité. On rit et on pleure. Elle donne envie de vivre, de danser et de se battre. It’s A Sin, tout comme les film 120 BPM ou The Normal Heart avant elle, nous montrent une histoire récente que l’on enseigne pas à l’école. Pourtant, sans cette transmission, impossible de comprendre d’où viennent les progrès en matière de reconnaissance des droits des personnes LGBT aujourd’hui.

Alors, n’attendez pas pour vous jeter sur cette courte mini-série, qui ne laisse pas indemne (vos mouchoirs ne seront pas de trop) et se place déjà comme une des meilleures nouveautés de 2021.

À lire aussi : La prévention sur le VIH et le sida se dégrade chez les 15-24 ans

Maëlle Le Corre

Maëlle Le Corre


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