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Culture

« Temudjin » : marchez en BD sur les traces de Gengis Khan — Interview

« Temudjin », une magnifique BD par Antoine Ozanam et Tentacle Eye, nous plonge dans une Mongolie chamanique où nous suivrons les traces d’un enfant appelé à devenir le nouveau Gengis Khan…

J’ai découvert Antoine Ozanam et Antoine Carrion (a.k.a. Tentacle Eye) il y a un peu plus de cinq ans. Ils venaient de publier Le Chant des Sabres, dans la collection KSTR. J’avais été soufflée par la puissance du dessin de Tentacle Eye, et par la qualité du récit d’Antoine Ozanam.

Ce dernier avait d’ailleurs publié au même moment King David, une autre excellente BD, avec au dessin le très talentueux Guillaume Singelin (qui dessine actuellement The Grocery).

Depuis, d’autres titres encore ont eu l’occasion de me prouver qu’Antoine Ozanam est un excellent scénariste, qui a, en plus, le bon goût de ne s’associer qu’à des dessinateurs géniaux.

Après Le Chant des Sabres, Antoine Ozanam et Antoine Carrion ont à nouveau travaillé ensemble sur L’Amourir, L’Ombre Blanche et enfin Temudjin, titre dont je vous parle aujourd’hui, paru il y a un mois chez l’éditeur Daniel Maghen.

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En pleine steppe mongole, un chaman demande à voir une femme sur le point d’accoucher. Son clan pense que l’enfant qu’elle porte est le fruit d’une union avec un démon, mais le chef accepte qu’il entre pour lui parler et peut-être les sauver, elle et le bébé, car la mise au monde est difficile.

Les esprits ont révélé au chaman que l’enfant est promis à un grand avenir. Il est le nouveau Gengis Khan, celui qui, une nouvelle fois, unira les clans et ramènera la paix en Mongolie.

Entre conte et récit initiatique, Temudjin est un vrai bijou. On suit l’histoire d’un petit garçon élevé dans l’amour par son père adoptif, grand chaman qui parcourt la Mongolie pour venir en aide à ceux qui font appel à lui.

Il enseigne en même temps à Temudjin le respect des esprits, et lui raconte des histoires pleines de sagesse et de magie. Cet enfant va grandir, et devra bientôt faire ses propres choix, et emprunter la route que lui a tracé son destin.

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Temudjin est un récit dense où le fantastique n’intervient que par petites touches. L’histoire est superbe, très bien écrite, pleine de poésie et d’émotion. Le dessin d’Antoine Carrion, qui était déjà très beau, a encore gagné en précision, en âme. Les visages, les décors, sont fragiles et puissants en même temps. Sa très belle mise en couleur termine de sublimer un récit qui avait déjà tout pour lui.

L’objet en lui-même est aussi très beau. C’est vraiment un livre que je qualifierai d’élégant. Le papier, la qualité de la reliure… tout semble choisi avec beaucoup de soin.

À la fin de la bande dessinée, on découvre un très beau carnet graphique d’une quinzaine de pages où des textes d’Antoine Ozanam répondent aux esquisses, croquis et illustrations d’Antoine Carrion. Mais plus que quelques simples pages de croquis, c’est comme une invitation au calme, à l’apaisement, après un récit fort. Les textes concluent d’ailleurs l’histoire en douceur.

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Vous l’aurez compris, Temudjin est pour moi un grand coup de cœur, l’une des plus belles surprises de cette année. Antoine Ozanam et Antoine Carrion ont eu la gentillesse de répondre à mes questions.

Pouvez-vous vous présenter, et nous raconter un peu votre parcours ?

Antoine Ozanam — Si j’ai toujours voulu faire de la BD, j’ai mis pas mal de temps avant de comprendre que le scénario m’attirait plus que tout. J’ai donc un parcours artistique. Après mes études, et avant la BD, j’ai été directeur artistique dans plusieurs boîtes multimédia. Cela m’a permis d’écrire mes premiers scénarios (interactifs).

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 — Je suis un autodidacte du dessin. J’ai commencé dans ce domaine en travaillant pour le jeu vidéo. Puis j’ai rencontré Antoine Ozanam…

Comment raconteriez-vous Temudjin en quelques mots ?

Antoine Ozanam — Temudjin est une relecture chamanique du mythe de Gengis Khan.

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Comment est née l’idée de cette bande dessinée ?

Antoine Ozanam — À la fin de notre album précédent (L’amourir), Antoine Carrion m’a proposé de travailler sur une histoire se passant en Mongolie… J’ai donc regardé un peu ce que je pouvais faire en y mélangeant ce que j’avais comme envies à ce moment-là. De mon côté, je voulais plancher sur l’idée d’évènements cycliques… Le fait de prendre Gengis Khan comme personnage principal s’est donc peu à peu imposé.

Vous avez déjà travaillé ensemble sur plusieurs titres avant Temudjin, comment vous êtes-vous rencontrés ?

Antoine Ozanam — Sur un forum d’auteurs de BD (Café Salé). Je n’arrêtais pas de dire des gentillesses sur le travail d’Antoine sans oser lui demander de travailler avec moi. Au bout d’un moment, c’est lui qui me l’a proposé.

Et comment s’est passé votre travail sur ce titre ?

Antoine Ozanam — Difficilement (ha ha !). Nous avons pris trop de temps (pardon Daniel). Mais il y a des histoires qui demandent plus de temps que d’autres… Ceci dit, je n’ai que des bons souvenirs.

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Antoine Carrion, quels outils et techniques utilisez-vous pour vos dessins, et votre colorisation ?

Antoine Carrion — Je travaille entièrement à la tablette graphique (sous Photoshop). Du story-board jusqu’à la planche finale. Même mes recherches sont numériques.

Avez-vous effectué beaucoup de recherches sur la Mongolie, son histoire et sa culture pour cette histoire ?

Antoine Ozanam — Il se trouve que notre première histoire se trouvait en Asie. J’avais donc déjà un peu planché sur la Mongolie… et puis, faire des recherches et lire des tas de trucs sur un sujet, c’est ce que je préfère (de plus en plus) dans ce métier. Donc, j’ai lu plus qu’il n’en faut. J’ai de quoi écrire une dizaine d’histoires sur la Mongolie.

Antoine Carrion — C’est un endroit qui me fascine depuis longtemps. J’ai accumulé pas mal de documentation aussi. Nous l’avons partagée avec Antoine.

Les histoires qui rythment le récit sont-elles inspirées de vrais contes mongols ?

Antoine Ozanam — Tout a fait. La Mongolie a énormément de contes très graphiques. Le plus dur a été de faire un choix…

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Qu’est ce qui vous a donné envie de parler de ce personnage historique, Gengis Khan, et de prendre vos distances avec la réalité ?

Antoine Ozanam — C’était notre deal de départ avec Antoine Carrion. Le but n’était surtout pas de faire une biographie de Gengis Khan mais d’utiliser ce personnage pour raconter une histoire personnelle. Ceci dit, le personnage de Gengis Khan est énorme… et terrifiant ! Cela dépend si on le regarde d’un point de vue occidental ou asiatique.

Temudjin parle du poids du destin. Mais il y a aussi derrière cette histoire une idée de cycles, avec un nouveau Gengis Khan qui finit par coller aux pas du premier. Pensez-vous que les évènements qui ont marqué l’Histoire sont ainsi toujours amenés à se reproduire ?

Antoine Ozanam — C’est la base du projet. J’avais écrit une phrase dans l’un de mes carnets comme quoi les événements historiques seront appelés à se répéter si on ne fait pas l’effort de s’en souvenir. Au départ, c’est une phrase contre « l’oubli » mais je la vois maintenant comme plus universelle. Pas mal de choses se reproduisent, je trouve. Les variations sont souvent infimes.

Cette phrase fait penser à celle d’Hegel dont Marx disait « l’histoire se répète toujours deux fois, la première comme tragédie et la seconde comme farce ». J’espère juste que notre Temudjin ne fait pas trop farce…

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Un grand merci à Antoine Ozanam et Antoine Carrion pour leurs réponses, ainsi qu’à Dyane qui a organisé cette interview !


Écoutez Laisse-moi kiffer, le podcast de recommandations culturelles de Madmoizelle.

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