« Nous faisions ça en cachette » : 3 femmes de générations différentes nous parlent de leur couple


La bande dessinée Suzette ou le grand amour met joliment en lumière l'image du couple selon deux générations. À cette occasion, nous avons demandé à trois femmes entre 23 et 77 ans de nous parler d'amour !

trois générations de femmes nous parlent de leurs couplessilviarita/pixabays

En partenariat avec Delcourt (notre Manifeste)

Suzette ou le grand amour n’est pas aussi sucré que son titre le laisse penser.

Sans vous spoiler, voici un pitch de cette très chouette bande dessinée : lors de l’enterrement de son grand-père, Noémie s’étonne de découvrir que sa grand-mère, Suzette, n’est pas aussi triste qu’elle aurait pu l’être. En lui rendant régulièrement visite, Noémie se rend compte que ce mariage qu’elle prenait en exemple n’était pas si heureux que ça.

À sa grande surprise, Suzette lui annonce même qu’elle n’a pas oublié son amour de jeunesse ! Il n’en fallait pas plus à Noémie pour tenter de retrouver l’heureux élu et de partir à sa rencontre. Un voyage qui les mènera toutes les deux en Italie…

couverture suzette ou le grand amour aux éditions Delcourt

Dans cette très belle histoire par Fabien Toulmé, qui signe ici son huitième ouvrage, deux générations de femmes et deux visions du couple se confrontent. Doit-on forcément être amoureux pour être heureux en couple ? Le sexe dans le couple est-il un pilier essentiel ? Ne peut-on avoir qu’un seul grand amour dans sa vie ? La notion de couple est-elle la seule manière de s’épanouir en amour ?

Le livre pose les bonnes questions et c’est une bouffée d’air frais ! Évidemment, les réponses ne vous seront pas apportées sur un plateau, mais vous aurez tout de même de jolies pistes de réflexion. Et justement : pour aller plus loin, nous avons discuté « couple » avec trois femmes d’âges très différents qui nous ont raconté leur quotidien, ce qu’elles auraient voulu faire différemment dans leur relation avec un homme et à l’inverse, ce pourquoi elles sont heureuses…

La rencontre amoureuse selon les époques

Dans Suzette ou le grand amour, l’héroïne nous explique que dans les années 1960, avoir 25 ans et être catherinette (célibataire) était vraiment le dernier moment pour se marier. Son père a donc organisé une rencontre avec le fils de son patron, le feeling est passé, et quelques mois plus tard, leur mariage était lancé. Il y a plus romantique, vous en conviendrez… 

Heureusement Vivette, 77 ans, mariée depuis 53 ans, vient nuancer ce côté « mariage arrangé » que l’on attribue facilement à la génération de nos grands-parents. Elle nous raconte comment elle a rencontré son mari :

« Nous étions tous les deux invités à une boum chez des cousins. Il est arrivé avec un copain, et moi de mon côté j’étais avec ma sœur jumelle. Pour choisir lequel irait vers l’une de nous deux, ils ont tiré à pile ou face et puis ça a commencé comme ça.

Je me rappelle qu’à ce moment-là, passait la chanson “Non Ho L’Età” de Gigliola Cinquetti [ndlr :Non Ho L’Etàsignifie “Je n’ai pas l’âge” en italien). Ce qui était tout à fait de circonstance car j’avais seulement 16 ans et demi et lui 20 ans ! [rires] »

Du côté de Magalie, 43 ans, en couple depuis 20 ans et mariée depuis 13 ans, la jolie rencontre avec son mari a failli lui passer sous le nez :

« C’était mon meilleur ami au lycée, puis pendant nos études, nous étions restés proches en nous appelant de temps temps, mais nous ne voyions quasiment plus. Puis lorsque nous nous sommes revus, je l’ai regardé… d’une autre manière.

Ma meilleure amie de l’époque m’a dit, “ben vas-y, qui ne tente rien n’a rien”. Je me suis rendu compte qu’il avait toujours eu plus que de l’amitié pour moi, mais que je n’avais rien vu ! »

Pour Abigaël, 23 ans, la rencontre avec son petit ami avec qui elle est depuis presque deux ans s’est faite par l’intermédiaire d’amis, lors d’une soirée. Puis ils se sont donné rendez-vous pour une exposition. Finalement, c’est lors d’une seconde soirée qu’ils se sont rendu compte de leur attirance réciproque. Ce qui est tout nouveau pour Abigaël, car il s’agissait de sa première longue relation avec un garçon ! C’était aussi sa première fois tout court.

Le sexe dans le couple, de 1960 à nos jours

Dans le livre, Suzette explique que feu son mari était sa première fois, et même l’unique homme qu’elle ait connu charnellement. On comprend même très vite qu’il ne la trouvait « pas assez ardente » et qu’il ne s’est pas gêné pour aller voir ailleurs tout au long de leur mariage… Ce qu’a subi Suzette sans le quitter, car elle ne travaillait pas et n’était pas indépendante financièrement. Elle aurait pu faire la même chose que lui, mais avait peur de se retrouver mise à la porte.

L’occasion de rappeler que le sexe est un moment de partage, et que si l’une des deux personnes n’est pas suffisamment à l’aise pour se lâcher, c’est parfois parce que la personne en face ne le met pas suffisamment en confiance. Donc rien de mieux qu’une bonne discussion pour briser la glace, vos relations intimes n’en seront que meilleures !

L’expérience personnelle d’Abigaël comporte aussi un rapport compliqué à la sexualité (mais pas de tromperies, rassurez-vous) : après qu’on lui a diagnostiqué une endométriose, elle a commencé à prendre la pilule et a perdu 90% de sa libido. 

« Aujourd’hui, ça fait deux mois que j’ai arrêté la pilule et malgré ça, ma libido n’est pas revenue à ce qu’elle était. À l’heure actuelle, mon copain a beaucoup de libido et moi très peu. Ce n’est pas le nombre de rapports qui l’intéresse, mais plutôt sa qualité, sauf que moi j’ai un dégoût envers la sexualité… Je trouve ça insignifiant… Donc c’est vrai que des pressions sont apparues, car il se retrouve frustré.

J’en suis au point de me demander si je ne suis pas asexuelle. De son côté, il n’arrêtait pas d’essayer de me persuader que c’était la pilule ou une passade, il voulait qu’on aille voir une sexologue, alors que moi je me disais que j’étais peut-être juste comme ça. C’était plutôt difficile à gérer… Même s’il se remet en question, je sens que c’est quelque chose qui pourrait le détacher de moi. »

Quant à Vivette, son souci n’était pas la libido, mais plutôt la contraception et la réputation : « Au début, nous faisions très attention, car nous n’avions rien pour nous protéger ». Elle a eu la chance de pouvoir accéder à un Planning familial qui lui a prescrit un stérilet, sans avoir besoin de le dire à ses parents — car dans les années 1960, prendre un moyen de contraception se faisait à la condition d’avoir une autorisation parentale.

« Nous faisions ça en cachette dans la voiture, ou chez les grands-parents lorsqu’ils n’étaient pas là. Nous avions encore quatre ans d’écart, donc il a attendu un peu. Aucun membre de nos deux familles n’était au courant, car la coutume voulait que nous soyons vierges au moment du mariage ! [rires] »

Vivette me rassure en me disant que même si ces ébats s’étaient sus, le mariage n’aurait pas été annulé pour autant (ouf) ; cependant, ces sujets étaient plutôt tabous en famille. Et en parlant de famille, Vivette a eu son premier enfant à 23 ans… l’âge qu’a Abigaël aujourd’hui ! 

L’égalité au sein du foyer familial

Comme nous le disions plus haut, l’héroïne de la bande dessinée, Suzette, a plutôt souffert de sa dépendance financière, même si elle ne s’en rendait pas forcément compte à l’époque : « On nous apprenait à être une bonne épouse, une bonne mère et à tenir un foyer, nos besoins passaient après », se souvient-elle.

Justement la « tenue du foyer » a souvent été un point de discorde au sein du couple d’Abigaël :

« L’emménagement ne s’est pas bien passé du tout, même si ça ne fait que quatre mois que nous vivons ensemble, à tel point qu’il pose son préavis dans un mois, et que nous avons décidé de rester ensemble, mais de vivre séparément, car nous ne sommes pas prêts.

La répartition des tâches a posé question, car tous les deux, nous avions l’impression d’en faire plus que l’autre. Objectivement, il y a des moments où l’un faisait tout, et l’autre non, mais j’avais l’impression que ça alternait pas mal alors que lui non… J’avais l’impression de l’assister, alors que lui avait l’impression que je ne faisais pas la vaisselle et que j’étais tout le temps sur le canapé. Ça a créé pas mal de tensions, avec de petites remarques passives agressives. [rires]

Nous n’aurions pas dû attendre autant pour en parler. Mais dans tous les cas, j’ai encore besoin de mon cocon à moi, et je ne suis pas prête à le partager. »

De son côté Magalie, qui a un fils de 12 ans, me confie qu’après son accouchement, elle a pris un congé maternité et son mari aussi, car ils travaillaient tous les deux. Par la suite, ils ont toujours eu une organisation qui lui convient tout à fait :

« Le matin, j’emmenais Martin à l’école ou chez la nounou, et mon mari le gérait le soir — je travaille dans les ressources humaines, donc il m’arrive de rentrer tard.

C’était une répartition assez égale, même si la charge mentale est plutôt de mon côté ! [rires] Mon mari s’occupe davantage de mon fils que moi dans la journée, mais s’il faut penser à des choses pour l’école ou des rendez-vous, ça lui passe au-dessus. Ce n’est même pas une question de flemme, c’est qu’il n’a aucune idée de comment tout ça fonctionne. Après, si j’ai un empêchement, il suffit qu’on se pose et que je lui explique : il ne rechigne jamais, que ce soit pour une réunion parent/prof ou un rendez-vous chez le médecin.

À ce propos, je me suis rendu compte que mon mari était le seul homme de mon cercle d’amis à emmener notre fils chez le médecin… Chez les autres, c’est toujours les mamans. »

Comme quoi, la déconstruction a encore du chemin à faire : dans beaucoup de foyers, beaucoup de tâches sont encore réservées aux mères !

Si j’avais su, aurais-je mené mon couple autrement ?

Avec le recul, deux des trois femmes interrogées auraient fait les choses différemment si elles avaient pu : Vivette ne se serait pas mise en couple dès ses 16 ans pour se marier à 19 ans, mais aurait davantage profité de sa jeunesse. Quant à Abigaël, elle n’aurait pas emménagé si tôt avec un homme. D’ailleurs, étant bisexuelle, si elle doit se marier un jour, elle préférerait que ça soit avec une femme — un acte qui à son sens est profondément politique !

Si vous avez envie d’en savoir plus sur l’aventure de Suzette, sa découverte de la vie en célibataire, et des avancées féministes expliquaient par sa petite fille Noémie, rendez-vous dès aujourd’hui dans toutes les librairies pour découvrir Suzette ou le grand amour aux éditions Delcourt !

Si vous ne pouvez pas attendre...

Pour vous donner un avant-goût de Suzette ou le grand amour, voici un accès aux 30 premières pages ! Ne nous remerciez pas, on adore vous gâter.

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Sophie Castelain-Youssouf

Sophie Castelain-Youssouf


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Commentaires

Mamie Raymonde

@Iroise : C'est assez dingue parce que c'est la même réaction que celle de ma GM :

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