Pourquoi je pleure Notre-Dame, qui n’est pas « qu’un tas de pierres »

Les flammes ont en partie consumé Notre-Dame. Kalindi t'explique pourquoi cet incident lui serre le cœur, et celui des Français avec.

Pourquoi je pleure Notre-Dame, qui n’est pas « qu’un tas de pierres »

Ce 15 avril 2019, un peu avant 19h, Notre-Dame a pris feu. Les flammes sont nées dans les combles, pour progresser ensuite, menaçant la structure du bâtiment.

L’incendie n’a pris fin que tard dans la nuit et de la fumée s’échappe encore de la cathédrale.

Du soutien à Notre-Dame

Partout sur Twitter et Instagram, les témoignages de tristesse ont fleuri.

Les élus locaux ont exprimé leur peine, les Français y sont allés de leur plus belle plume pour rendre hommage à la cathédrale, et même les autres pays ont traduit en images et mots leur soutien à la France.

Mais à quoi est due cette peine viscérale, qui tord le ventre de la capitale et du pays entier ? Quel attachement peut-on avoir pour un bâtiment ?

Tu as peut-être, douce lectrice, tiqué à la lecture de mon titre.

Il n’est pas anodin. Cette nuit, je voyais encore la fumée recouvrir les toits de Paris, quand les réactions de certaines personnes sur les réseaux sociaux m’ont interpellée…

Notre-Dame n’est pas un simple tas de pierres

Pour certains, Notre-Dame n’est « qu’un caillou », « un tas de pierres », qu’il n’est pas nécessaire de pleurer puisque personne n’a perdu la vie dans l’accident.

Certains y sont allés de leur comparaison avec d’autres évènements terribles qui ravagent le monde.

Ainsi, une hiérarchie a été mise en place par des gens selon lesquels, puisque le matériel n’équivaut pas à la vie, il n’y a pas du tout lieu ici d’avoir de la peine.

Depuis, certains de ces propos ont été effacées, par décence ou remords sûrement.

Hier, pendant que Notre-Dame brûlait, j’étais donc non seulement triste mais aussi en colère que le monde mélange tout et surtout des choses qui n’ont rien à voir !

Pourquoi la France est-elle en deuil aujourd’hui ?

Parce que la culture et l’architecture font partie intégrante de l’identité d’un pays.

Notre-Dame, un symbole culturel

Quand on pense à Paris, on pense à la Tour Eiffel, on pense aux Champs-Élysées, on pense à Notre-Dame. Mais pas que. On pense aux histoires qu’abritent ces lieux inspirants. 

Car Notre-Dame est non seulement une merveille architecturale qui date de 1345, elle a aussi été une source d’inspiration majeure pour l’un des plus grands auteurs Français : Victor Hugo !

Notre-Dame de Paris est un chef-d’œuvre de la littérature qui prend la cathédrale comme l’un des lieux principaux de l’intrigue. Plus encore, Notre-Dame EST un personnage à part entière du roman. Sa plus grande héroïne.

Les mots de Victor Hugo ont su toucher des millions de personnes à travers les âges. Aujourd’hui, comme en 1831 (moment de la sortie du roman), ils résonnent encore dans les têtes, dans les cœurs, dans les âmes et dans la culture française.

Hugo n’a pas fait qu’écrire un livre, il a façonné une matière qui a inspiré d’autres romanciers ainsi que des cinéastes : Notre-Dame de Paris et ses tristes histoires ont eu droit à plusieurs moutures cinématographiques.

Notre-Dame, une inspiration à travers les époques

Personnellement, quand j’étais petite, j’aimais regarder le film de Jean Delannoy avec la sublime Gina Lollobrigida, même si je ne comprenais pas tous les enjeux de l’histoire, finalement assez compliquée.

Et puis j’ai découvert le dessin animé Disney (sorti en 1996), dans lequel tout est simplifié et réécrit, mais qui conserve l’âme de l’histoire, sa substantifique moelle.

J’étais môme, et j’ai fait ce que font les mômes : je l’ai regardé en boucle jusqu’à tout connaître par cœur.

Les personnages et les chansons n’avaient plus aucun secret pour moi, et quelque chose me parlait encore plus que dans les autres Disney.

Je trouvais Esmeralda différente de La Belle au bois dormant et de Cendrillon.

Déjà, elle était bien plus sensuelle que ses camarades, elle était une femme, pas une enfant, et elle attisait le désir terrible et destructeur des hommes, prêt à mettre une ville à feu et à sang pour elle.

Je trouvais son personnage marquant et hypnotique.

Bref, Le Bossu de Notre-Dame est devenu mon dessin animé préféré. Mais plus tard, j’ai revu la version de Jean Delannoy et j’ai tout saisi !

Notre-Dame de Paris, c’est l’histoire d’amours impossibles, d’injustices, d’artistes maudits, c’est aussi le portrait d’un Paris d’autrefois dont il faut se rappeler parce qu’il nous a laissé un héritage.

Notre-Dame, un symbole inaltérable

Ce Paris des artistes, des romances, de la fête des fous, des bossus que l’on moque, ce Paris fou, injuste et en feu, existe ailleurs que dans les livres.

Il existe dans notre culture, dans nos références.

Notre-Dame n’est pas qu’un lieu de prières, elle est le symbole de nos lettres, un symbole de la France.

Un symbole que je déteste voir minimisé.

Si la France est en deuil aujourd’hui, c’est parce que voir brûler ses symboles lui pique forcément les yeux.

Notre-Dame est bien plus vieille que nous, que nos parents, nos grands-parents, leurs parents avant eux. Elle était là avant nous, et malgré cette nuit, elle nous survivra.

Elle restera la fière chevalière, représentante d’une époque révolue mais inoubliable.

Comparer l’incendie de notre cathédrale aux guerres qui ravagent le monde, au terrorisme aux abattoirs, ou que sais-je encore, pour minimiser sa gravité, c’est passer à côté d’un symbole, celui de notre Histoire, de notre patrimoine culturel.

Quel dommage ! Quelle folie !

Pour ma part, et malgré l’effondrement (entre autres) de sa flèche, je suis soulagée que Notre-Dame tienne encore debout.

Paris ne brûlera pas

Aussi, le Président, l’Institut de France et les Académies ont affirmé que la reconstruction de la cathédrale aurait bien lieu. Notre-Dame ne sera pas laissée nue et dénutrie.

Cette nuit d’ailleurs, un monde fou s’est battu pour la sauver : ce sont plus de 400 pompiers qui ont lutté pour calmer le feu qui la consumait !

Aujourd’hui, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a rendu hommage aux forces mobilisées et a déclaré :

« Paris à terre, ça n’existe pas. La France à terre, ça n’existe pas. »

À Paris, à ses symboles et à ses belles histoires qui courent les rues, j’adresse en tout cas toutes mes pensées.

Je suis née ici, j’ai grandi ici, Paris est ma maison, ma fierté, ma première relation amoureuse. À cette maison, la plus belle du monde il paraît, je souhaite une santé éternelle, et l’immortalité.

Raphaël Enthoven a partagé hier un extrait du roman de Victor Hugo :

Eh oui, même dans le livre, Notre-Dame brûle.

Mais Paris, elle, ne brûlera pas.

À lire aussi : J’avais envie de lui, mais il m’a fait mal, et j’ai eu honte

Kalindi Ramphul

Kalindi Ramphul


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Commentaires

Nastja

@Dame Verveine
J'avoue que la Madeleine a l'air de galérer un peu pour des fonds.
Ceci est un message ironique (que l'on ne me prenne pas au sérieux hein) mais ils devraient prévoir un incendie ou un accident de chutes de pierre pour eux aussi obtenir des fonds...

Ça me fait tristement penser à un débat qu'on avait eu sur le financement des religions et beaucoup de madz se plaignaient qu'une partie de leurs impôts partaient pour les édifices religieux. Je disais que c'était important de les entretenir, qu'ils faisaient partie du patrimoine de tous, on peut les visiter et leurs façades sont visibles (c'est de la déco de ville aussi en quelque sorte).
J'avais Notre Dame en-tête d'ailleurs.
"Non non non on veut pas payer pour les églises bla bla bla ils sont assez riches/je donne ailleurs".
Résultat on donnait peut-être pas assez vu l'état des monuments et vu la catastrophe de lundi dernier.
 

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