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Couple en conflit dans la cuisine
Amour

Moins de sexe, plus de liberté : comment le féminisme a bouleversé nos relations intimes

Ces cinq dernières années ont un poil chamboulé le paysage féministe. Quel impact sur la vie privée, notamment au sein du couple hétéro ? Une grosse enquête sur l’évolution des rapports hommes-femmes et sur la réorganisation des vies privées fait le point !

Peut-on être féministe et en couple hétérosexuel ? Comment gérer sa nouvelle vision de l’amour et du sexe dans les relations amoureuses ? Et surtout, qu’est-ce qui a été chamboulé depuis #MeToo ?

L’enquête Et maintenant, pilotée par Monique Dagnaud, directrice de recherche CNRS au Centre d’Étude des Mouvements sociaux, en partenariat avec ARTE et France Culture (avec le soutien de Madmoizelle), a sondé 60 000 internautes pour le savoir !

Selon les résultats de l’étude rapportés sur Slate, 83% des hommes et 81% des femmes se disent féministes ou pour le féminisme. Mais est-ce que ça suit côté dating ? Et côté cul ?

L’amour ne fait pas le bonheur

Ah, l’amour ! Source de bonheur, parfois, mais surtout de fantasmes et d’injonctions en tous genres. Certains et certaines en font même la quête de toute une vie et attendent impatiemment leur prince ou leur princesse déboulant au galop sur leur cheval blanc pour les sauver d’une vie de célibataire.

En 2022, à l’aune de #MeToo et de #BalanceTonPorc, ce romantisme aveugle est-il mort ?

D’après l’enquête, le cheval blanc du prince et de la princesse charmante a un léger point de côté puisque les chiffres révèlent une perte de vitesse du romantisme. Plus précisément, l’amour est de moins en moins vu comme une source intarissable de bonheur : seulement 37% des femmes et 41% des hommes considèrent les relations amoureuses comme fondamentales à leur bien-être et à leur joie.

D’autres chiffres affluent dans ce sens :

« On peut vivre heureux sans relation amoureuse à tous les âges de la vie, et ce encore plus chez les 18-24 ans (82%), ce qui n’est pas trop surprenant pour cet âge, mais ce chiffre demeure élevé pour les classes d’âge suivantes: 25-39 ans (70%), 39-54 ans (64%), plus de 55 ans (63%).

[…] Pour 74% des femmes de 25-39 ans la relation amoureuse n’est pas indispensable pour être heureux. »

Carrière, hobbies, amis… Post #MeToo, on trouve son épanouissement ailleurs que dans nos partenaires, surtout du côté des jeunes générations.

Les jeunes seraient-ils devenus aussi blasés de l’amour qu’ils semblent l’être du sexe ? Pas vraiment. D’après Monique Dagnaud, ce changement est surtout imputable au climat sociétal :

« D’abord, parce qu’après tant de débats et de mises en cause du patriarcat, l’époque est plutôt à la méfiance dans le regard que se portent mutuellement les deux sexes, en particulier celui du genre féminin sur les hommes.

Ensuite parce que les jeunes expérimentent au cours de leur adolescence et leur post adolescence une succession de relations plus ou moins sereines ou épanouissantes, que leurs efforts pour séduire sont plus ou moins récompensés, et que la rupture et la souffrance, pour eux, font partie des aléas de la vie sentimentale. »

Plus méfiants et plus pondérés, les jeunes relativisent davantage et semblent être un peu moins naïfs et enflammés par les relations à deux, qu’ils et elles considèrent presque comme secondaires.

La pandémie n’est peut-être pas non plus totalement étrangère à cela ! Depuis le début de la pandémie, les experts, autrices et journalistes s’excitent autour d’une question : comment s’aimer eu temps de la crise sanitaire ? Et bien la peur de choper le virus a l’air d’en avoir refroidi plus d’un !

D’après la BBC, qui s’est appuyée sur une étude de 2017 de l’université McGill de Montréal, les gens hésiteraient à se lancer dans une relation amoureuse par crainte consciente ou inconsciente « d’un risque potentiel pour leur santé ».

C’est ce qu’on appelle le système immunitaire comportemental, et ça se traduit par « des comportements qui réduisent la probabilité de contracter une infection, comme être moins ouvert et avoir moins de contact visuel dans les situations sociales. »

Et puis, tout comme les réflexions féministes sur le couple hétérosexuel ont chamboulé notre désir de ne faire qu’un ou une avec sa « moitié », l’intimité prolongée engendrée dans certaines relations par les confinements à répétition a aussi mené à une recherche de plus de liberté.

Couple en pleine altercation

Des modèles moins figés

Il n’y a pas que l’amour qui bouge. Les modèles classiques, binaires et stéréotypés dont on a soupé depuis des siècles et des siècles commencent à nous pomper l’air.

Du côté de la fidélité, si elle est toujours importante aux yeux des plus jeunes (64%), après 25 ans, elle est de moins en moins exigée (50%), surtout si elle est « discutée. » La solution se trouverait peut-être dans les relations libres ou non-monogames, qui font de plus en plus d’émules ?

Les enfants, qui ont longtemps été le passage obligé de tous les couples une fois la trentaine atteinte, sont aussi moins désirés. Pour des raisons écologiques ou plus personnelles, les jeunes remettent en cause cette injonction.

« 56% des femmes de 25-39 ans énoncent qu’enfanter est un cas de conscience, tout comme 50% des hommes de cette tranche d’âge, la génération Z étant à l’unisson. Pour une petite minorité de femmes et d’hommes (10%), il est même tout à fait inconcevable d’imaginer aujourd’hui de se lancer dans une telle aventure. »

Au lit aussi, les jeunes tèjent les injonctions. Près de 20% des 18-24 ans disent ne pas avoir de vie sexuelle. Finis les diktats qui nous poussent à cumuler les conquêtes sexuelles et à être aussi performantes qu’actives ?

De nouveaux rapports hommes-femmes

Ce que l’enquête révèle surtout, c’est une scission dans les visions des hommes et des femmes hétéros :

« [Les hommes] assimilent plus la vie de couple au bonheur, sont plus en attente de contacts charnels, de fidélité (de la part de leur partenaire), et sont moins réticents à faire des enfants dans le contexte écologique que les femmes. Par rapport à l’imaginaire des relations femmes-hommes construit par les sociétés humaines au fil de milliers d’années, tout semble chamboulé.

S’oriente-t-on vers un côtoiement prudent, une désérotisation des rapports hommes-femmes, de moins en moins d’engagement, et donc un relatif séparatisme assumé ? »

De quoi faire bondir certains masculinistes qui voient déjà dans le féminisme une menace à leur virilité et à leur médiocrité.

Bref, les lignes bougent tout doucement, en témoignent le succès de livres et de podcasts en tous genres qui s’attachent à réinventer l’amour et la sexualité de manière plus égalitaire et plus fluide.

À lire aussi : « Les féministes hétéros devraient s’intéresser à l’injonction à l’hétérosexualité »

Crédits photos : Ketut Subiyanto et Alex Green (Pexels)

Les Commentaires
1

Avatar de eLLuLa
11 janvier 2022 à 11h24
eLLuLa
Ça aurait été bien de préciser, comme le fait l'auteure dans l'article sur Slate, que "60.000 internautes y ont répondu, dans une grande majorité des diplômés urbains, d'âges variés mais avec une surreprésentation des générations Y et Z, deux particularités dont il faut bien sûr tenir compte pour lire les résultats."
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