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Parentalité

Ma fille est rentrée à la maison, et j’en ai déjà ras les ovaires

24 avr 2020

Manon a enfin retrouvé son mec et sa fille, après plus d’un mois de séparation dû au confinement. Et même si elle en est très heureuse, elle ne peut s’empêcher de râler.

Je t’en avais parlé dans un précédent article : ma fille de 3 ans et mon mec ont été coincés chez mes beaux-parents quelques jours avant le début du confinement, et ne pouvaient pas rentrer à la maison.

Je t’avais expliqué ma situation familiale, et vous aviez été nombreuses à m’apporter votre soutien, ce qui m’avait fait un bien fou, vous n’imaginez même pas.

Depuis, les choses ont un peu évolué : au bout de 31 jours (oui oui, je les ai compté en faisant des petits traits sur un tableau à la craie façon taularde pour chaque jour passé loin d’eux), ils sont rentrés à la maison.

Alors oui, bien sûr que je suis hyper heureuse, bien sûr qu’ils m’ont manqué comme jaja, bien sûr que le fait qu’on soit enfin réunis sous le même toit me rassure et m’apaise.

Surtout en cette période bien anxiogène comme il faut. Mais tu sais quoi ? J’en ai déjà ras les miches bordel. C’est dans combien de temps ses 18 ans déjà ?

La fin de la séparation : un retour à la normale (ou presque)

Comme je te le disais plus haut, au bout de 31 jours, on a décidé avec Charles d’organiser leur retour à la maison. 31 jours c’est long, très long, surtout pour une petite fille qui commençait à montrer des signes d’angoisses un peu trop fréquents.

Elle développait des tics, se mordait les lèvres au point de se faire saigner sans pouvoir se contrôler, elle avait du mal à dormir, régressait en redemandant des couches alors qu’elle était propre depuis plus d’un an, bref c’était pas le top pour elle.

La séparation devenait très compliquée à gérer, et même si on remerciait le Dieu de la Technologie d’avoir inventé FaceTime pour qu’on puisse se voir en vidéo tous les jours, Madeleine était de plus en plus malheureuse, et j’avais du mal à le supporter.

Logique en même temps, c’est pas facile d’accepter la souffrance de sa fille, surtout quand on est pas physiquement là pour l’aider.

Du côté de Charles, même s’il adore ses parents qui sont des gens adorables, au bout d’un moment, la cohabitation devenait très compliquée à gérer.

Avoir 3 générations sous le même toit H24, le tout avec une petite fille au caractère bien trempé qui a beaucoup de mal à accepter l’autorité, ça devenait tendu.

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Charles avait l’impression de ne pas trouver sa place dans la maison, étant à la fois l’enfant de ses parents et le parent de sa fille. Pas facile de gérer ça. Au début ça allait, mais au bout d’un mois ça devenait vraiment pénible.

Nous avons donc pris la décision ensemble d’organiser leur retour à la maison, après avoir hésité pendant des jours et des jours, pesant le pour et le contre, tout en culpabilisant à l’avance de les faire se déplacer dans un pays en pleine épidémie avec tous les risques que ça comporte.

Et même si les « contres » étaient forts, les « pours » l’étaient tout autant.

Étions-nous prêts à vivre tous les trois dans 50m2 sans jardin, sans la possibilité de sortir, pendant de longues semaines ? Est-ce que j’étais prête, personnellement, à quitter ma tranquillité relative pour reprendre le doux (non) chemin de la parentalité, tout en bossant à plein temps en télétravail ? Oui, bien évidemment.

On était tous les trois d’accord sur ce point : tant qu’on est en famille, tout ira bien, le reste, c’est du détail et de l’organisation. Et c’est vrai, on est heureux d’être enfin ensemble, et quitte à galérer, autant que ça soit tous les trois.

Mais, car tu te doutes bien qu’il y a un mais, c’est pas pour ça que je n’ai pas envie de parfois me barrer en courant depuis qu’ils sont rentrés.

Le confinement en famille, ou comment tester tes nerfs

Bien sûr que je suis heureuse qu’ils soient là, bien sûr que je respire le cou et les cheveux de ma fille comme un animal environ 9 fois par jour, bien sûr que je reste plusieurs minutes à la regarder dormir chaque soir tellement cette image m’avait manquée.

Bien sûr que je suis contente d’avoir retrouvé Charles, son absence avait été vraiment dure à gérer. Bien sûr que je suis contente de ne plus être seule devant mon plat de brocolis à la vapeur tous les soirs, de parler à un autre être humain plutôt que le chat, et d’avoir de nouveau une vie sexuelle (amen).

En plus, je sais que j’ai une chance folle, mais j’ai un mec qui assure grave.

Il gère le ménage, la vaisselle, les lessives, les courses, la cuisine, tout en s’occupant de Madeleine qui demande beaucoup d’attention, le tout sans rechigner. C’est beau, non ? Quand je vois les chiffres parlant de la charge mentale, je me dis que j’ai vraiment le cul bordé de nouilles.

Mais parce que je suis aussi une femme pleine de contradictions (ou juste une personne normale en fait), et même si c’est cool de les avoir de nouveau dans l’appart’, je ne peux m’empêcher de m’en plaindre un minimum.

Je ne peux plus jouer aux Sims, je ne peux plus continuer à mater l’intégrale de Buffy sur Amazon Prime, je ne peux plus passer mes week-ends entiers dans mon lit sans en sortir un orteil. Je suis obligée de me laver un minimum, de ne pas passer ma journée en pyjama pour donner l’exemple à mon héritière, bref je ne suis plus libre.

Et c’est vrai que j’y avais vite repris goût, à cette liberté. Elle était culpabilisante, parce que je culpabilise toujours de prendre du temps pour moi (c’est un vrai problème d’ailleurs), mais c’était bien.

« Une liberté déchirante », c’était le titre de mon article sur la séparation avec ma famille, et c’est exactement ça. Une ambivalence permanente, qui continue d’exister aujourd’hui, même s’ils sont rentrés à la maison.

Je suis heureuse de les avoir, mais j’étais aussi très heureuse d’être seule. Compliqué, hein ?

Télétravailler avec une enfant de 3 ans, ce défi du quotidien

Et là encore, je n’ai pas à me plaindre du tout. Et pourtant tu sais quoi ? Bah je vais le faire quand même, ça fait du bien.

Je disais donc : je n’ai pas à me plaindre, Charles fait TOUT, et moi je n’ai qu’à rester dans ma chambre à bosser presque au calme. Je dis « presque » parce que tu te doutes bien que ce n’est pas une simple porte en bois qui va stopper ma fille d’entrer, elle sait tourner une poignée, qu’est ce que tu crois.

Et puis surtout, elle ne m’a pas vue pendant un mois entier, alors autant te dire qu’elle en a des choses à dire pour rattraper le temps, elle en a des câlins en retard à faire. Mais le problème c’est qu’elle n’a aucune notion des horaires et des jours de week-ends. Oui je sais, c’est normal, elle a 3 ans.

Mais moi, je commence ce nouveau boulot depuis peu, je suis en télétravail, rédac-cheffe adjointe, autant te dire que le taf ne manque pas.

Sa petite spécialité ? Faire sa crotte le matin entre 9h30 et 10h, qui est EXACTEMENT l’heure de la réunion de la rédac, pour venir gueuler ensuite dans mon micro heureusement éteint : « mamaaaaan j’ai terminéééé tu peux m’essuyer ? » Joie.

On dirait qu’elle a un radar aux moments de rush : quand c’est plutôt calme, que le site roule bien et que je ne suis pas dans le jus, elle joue pépouze dans sa chambre, ne fait iech personne, c’est l’enfant parfaite.

Mais quand j’ai trois articles à la suite à relire, deux à écrire tout en préparant la newsletter du lendemain, elle débarque en courant, me tire de partout, me saute dessus, me bave dessus, me supplie de jouer avec elle, alors que bordel, j’ai même pas le temps d’aller faire un pissou, comment veux-tu que je joue à la dinette en plus du reste ?

J’en peux plus. Concrètement, soit je bosse, soit je m’occupe d’elle, je n’ai absolument plus AUCUN moment pour moi seule.

Et je dois bien t’avouer que j’avais pris des petites habitudes bien cool pendant un mois, j’avais redécouvert le plaisir de ne rien foutre du tout pendant des heures, de dormir le matin, de ne rien devoir à personne, de ne pas avoir à parler si j’en avais pas envie, et c’était si bien.

Est-ce que je regrette qu’ils soient rentrés à la maison ? Non. Pas une minute. Quelques secondes peut-être, mais pas plus.

Est-ce que j’aurais préféré qu’ils restent chez mes beaux-parents ? Non plus, c’est bien qu’ils soient ici. Comme je te l’ai dit plus haut : on galère, mais on galère en famille.

Madeleine n’a plus de tics nerveux, elle dort globalement mieux la nuit, elle a retrouvé sa chambre, ses jouets, sa mère, son chat, son environnement.

Moi j’ai retrouvé ma fille, mon mari, mes habitudes familiales, et c’est cool. Mais bordel, qu’est ce que je me ferais bien une partie de Sims à 15h le samedi, en buvant une bière en pyjama, sans m’être lavée depuis 3 jours.

L’ambivalence, n’est-ce pas ?

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