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Humeurs & Humours

J’ai testé pour vous : être femme de ménage dans un camping

02 juil 2012 5
Avant d’être une fière rédactrice de madmoiZelle, Alfrédette a galéré, comme tou-te-s les étudiant-e-s en mal d’argent. Un de ses petits boulots fut particulièrement… marquant.

Coucou mes chéries,

Aujourd’hui, je vais vous raconter une merveilleuse histoire, pleine de détergents et d’eau de Javel : celle de mon premier job.

Tout a commencé alors que je regardais paisiblement Camping, affalée sur le canapé en compagnie de mon cher et tendre. Alors que je riais comme une baleine faisais une étude sociologique approfondie du film de beauf, une lumineuse idée parvint à mon cerveau encrassé : cet été, pour payer mes études, je ne travaillerai pas à McDo : je serai réceptionniste dans un camping*. Je venais alors d’avoir 18 ans, et ce travail me semblait idéal : il me permettrait de fréquenter de beaux éphèbes espagnols une clientèle internationale, de bronzer à moindres frais et de profiter de la piscine en écoutant chanter les cigales. Ainsi, dès le lendemain, j’accaparais l’annuaire téléphonique de la région et passait trois jours à répéter à 891 patrons blasés une seule et même phrase (quelque chose comme « Bonjour, je suis candide, jeune et corvéable à merci, et si tu me donnes un smic je veux bien fermer les yeux sur les 35 heures »). Crise oblige, je n’obtins qu’une réponse positive, émanant d’un établissement situé au fin fond du Languedoc-Roussillon.

La maîtresse des lieux consentit à m’accorder un entretien. Comme elle ne maîtrisait pas Skype, je dus me rendre sur place (quatre heures aller, quatre heures retour), en suppliant mes amis de m’emmener là où la 3G n’est qu’une légende urbaine. Ni de une, ni de deux, je fus embauchée pour deux mois, en tant que réceptionniste trilingue.

Un mois plus tard, l’heure fatidique du début de mon contrat avait sonné. Et c’est ainsi que j’arrivais dans un pittoresque village de 50 âmes (60 à l’époque, mais étant donné que la moitié de la population avait connu la Troisième République, j’en déduis que beaucoup doivent avoir passé l’arme à gauche depuis.) Les premiers jours furent jalonnés de déceptions diverses. La situation géographique du village (à 1h30 en voiture de la première « grosse ville », Perpignan, et à une demi-heure d’une bourgade frontalière de 10 000 habitants) était particulièrement difficile à vivre, et la moindre course prenait des airs d’expédition amazonienne. Le camping n’était pas un lieu de réjouissance et de sociabilité, mais plutôt un mouroir où venaient s’enterrer quelques rares petits vieux désireux de « prendre le bon air de la montagne ». Pis encore, la patronne m’avait leurrée sur la nature de mon labeur ; au lieu de lire en paix à la guérite du camping, je fus contrainte de récurer sanitaires, bungalows, douches, lavabos et autres lieux de perdition toute la sainte journée.

Au bout de huit heures de ménage, mon corps n’était plus qu’une vaste plaie béante et purulente. J’avais alors compris que je verrais autant la loge de l’accueil que la Sainte Vierge en slip. Le travail d’une femme de ménage est ingrat à tous points de vue : il éreinte le corps, blesse l’ego, et ne laisse nulle place à l’esprit. Sitôt que j’avais enfilé les seyants gants en latex rose qui ne devaient plus me quitter de l’été, j’étais devenue aux yeux de tous les vacanciers présents une moins-que-rien. J’étais la fille qu’on pouvait solliciter pour essuyer le derrière de mioches diarrhéiques, pour récurer les toilettes des bungalows privatifs quand monsieur avait vomi toute sa bière tiède dedans, pour montrer aux enfants « comment tu finiras si tu ne travaille pas à l’école ». Or je venais d’obtenir mon bac avec mention, et m’apprêtais à rentrer en prépa : maintes fois, j’ai voulu me faire tatouer sur le front quelque chose comme « Je lis Barthes et je vous emmerde ».

Mais de toutes manières, je n’en aurais pas eu le temps : ma patronne semblait ne connaître les droits du travail ni d’Eve, ni d’Adam. Il ne lui posait aucun problème de me faire travailler dix jours d’affilée, les jours fériés, ou huit ou neuf heures à la suite sans la moindre pause. Tenaillée par mon besoin d’argent, je n’ai rien pu faire d’autre que de lui souhaiter divers supplices chinois… En frottant encore et toujours la cuvette de cinquante toilettes qui se ressemblaient toutes.

Les toilettes, parlons-en. Avant, j’avais foi en l’humanité et sa propension à l’hygiène. Mais ça, c’était avant. J’ai vu plus de poils et autres résidus corporels en deux mois qu’en toute une vie, et pourtant, je viens d’une famille méditerranéenne et je descends du singe. Ma patronne étant particulièrement maniaque, il ne fallait pas que le moindre la moindre trace d’utilisation soit visible en ses sacro-saints sanitaires : faute de quoi, il me fallait tout refaire. Inutile de vous dire qu’encore aujourd’hui, je fais des rêves étranges où des poils géant me poursuivent et jurent d’avoir ma peau. Dans les douches, j’ai rencontré des amis étranges : citons, entre autres, Javotte la capote usagée, ou Céladon l’étron, régulièrement abandonnés par quelques vacanciers sans doute désireux de laisser une empreinte dans l’histoire des lieux.

Bien sur, ces deux mois ont été formateurs : moi qui était la reine incontestée du désordre, je suis désormais en mesure de récurer le pire des taudis. S’il existait un master en nettoyage de sanitaires, je l’obtiendrais cum laude : d’ailleurs, ma motivation à poursuivre des études supérieures n’a jamais été plus grande que depuis cet étrange été. J’ai aussi rencontré des personnes sympathiques qui m’ont aidé à supporter ces huit semaines et à ne pas me pendre avec une serpillière, comme j’en avais parfois l’envie. Grâce aux hauts-parleurs du camping, j’ai également l’immense privilège de connaître par coeur les paroles de Mignon, mignon par René la Taupe, délicieuse chanson diffusée 12h sur 24, en alternance avec d’autres hits de l’été ravageurs.

Bref, je suis plus qu’heureuse de travailler aujourd’hui pour madmoiZelle, et de ne plus avoir à partir à la chasse au poil pour 9 euros quarante de l’heure. Un grand merci à la rédaction pour sa confiance, et à toutes les lectrices pour leur fidélité et leur sympathie. Je vous aime. Bisous.

 

 *On ne répétera jamais assez combien il est nocif de regarder un film Franck Duboscien. Jamais. 

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Les Commentaires
5

Avatar de hello-dit
2 juillet 2012 à 17h53
hello-dit
Alfredette quel courage !

euh sinon moi un été j'ai aussi bossé dans un camping mais là pour le coup j'ai vraiment été employée comme j'avais été recrutée, c'est à dire à titre de réceptionniste !
Et le cadre était sympa (cote Atlantique, surfeurs mmmhh)

Sinon précision TRES importante: j'étais dans un camping gendarmerie. On peut d'attendre à ce que les vacanciers soient un peu plus disciplinés que dans un camping "ordinaire". Que nenni , quetchi. Pétanque en plein soleil en sirtoant du ricard pdt 4h, squattage de l'accueil en slip de bain (only)

Mais le pire c'était mes collègues qui nettoyaient les sanitaires ... il ne se trouvait pas une semaine (un jour?) sans que l'un d'entre eux ne retrouve une cabine de douche tapissée d'excrément. Je n'exagère pas. L'un a même un jour pris en flag un fautif les fesses dans le lavabo en train de se soulager. ouais ça calme.

Les gens sont dégueu, vraiment.

Bisette à toutes celles qui ont eu un jour à ramasser la m**** des autres.
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