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Société

Des Indiennes dégainent leurs « midnight selfies » pour réclamer le droit de sortir tard sans être blâmées

09 août 2017
En Inde, les femmes réclament le droit de sortir à l’heure qu’elles veulent, comme bon leur semble, sans courir le risque d’être considérées responsables des agressions dont elles sont victimes.

En Inde, un nouveau fait divers a attiré les regards sur la condition des femmes dans le pays.

Alors qu’elle conduisait dans la nuit, la fille d’un haut fonctionnaire a été poursuivie par deux hommes en voiture : le fils du président d’une branche locale du parti politique BJP et un ami à lui.

« Il ne faut pas être dehors si tard »

Suite à cette affaire, le vice-président de cette même branche locale, Ramveer Bhatti, a jugé bon de blâmer les auteurs la victime, bien entendu (vous sentez l’ironie là ?).

Selon le Times India, il aurait commenté les faits ainsi :

« Elle n’aurait pas dû sortir à minuit. Pourquoi conduisait-elle si tard ? L’atmosphère n’est pas bonne. On doit prendre des précautions. »

Ces propos sont loin d’être passés inaperçus et ont fortement irrité les Indiennes, qui en ont assez d’être traitées « d’enfants », d’être blâmées pour la mauvaise conduite d’hommes dont elles ne sont pas responsables mais bien victimes.

Il s’agit ni plus ni moins en effet que de victim-blaming, le fait de rendre responsable des femmes d’agressions qu’elles ont subies :

« Si elle a été agressée c’est parce qu’elle portait un mini-short/était en état d’ébriété/était encore dehors si tard dans la nuit/barrez la mention inutile. »

#AintNoCinderella : je ne suis pas Cendrillon

Et les Indiennes en ont assez. Assez d’avoir peur, assez de devoir se justifier, assez qu’on parle de leur comportement plutôt que de celui de leurs agresseurs.

C’est pourquoi à la suite de cette affaire, le hashtag #AintNoCinderella — en français #JeNeSuisPasCendrillon — est devenu extrêmement populaire sur Twitter.

Les jeunes femmes postent des messages et des photos d’elles, dehors, tard dans la nuit, pour affirmer qu’à l’inverse de Cendrillon, elles n’ont d’ordres à recevoir de personne concernant leurs horaires de sortie.

https://twitter.com/kajalbhavsar25/status/895011478515793920

« Il est minuit et je suis dehors. Ma dignité est un droit valable 24h/24, 7j/7. #JeNeSuisPasCendrillon »

« Oooops il est 1h45 et je suis dehors dans les rues de Delhi, dans une robe courte ! Arrête-moi si tu peux ! #JeNeSuisPasCendrillon »

« #JeNeSuisPasCendrillon Le soleil s’est peut-être couché, mais on est là pour se lever ! #NeFaitesPasDeL’obscuritéUneMalédiction »

Les horaires de sortie ne sont pas le problème

Certaines en profitent aussi pour rappeler qu’elles n’ont pas toujours le choix, et que c’est d’autant plus absurde de les blâmer pour être dehors à des heures pareilles :

« BJP (ndlr : le nom du parti auquel appartient l’homme auteur de la remarque sexiste), je travaille tard la nuit, je porte des robes courtes, je sais aussi casser les os des pervers et harceleurs parce que #JeNeSuisPasCendrillon »

D’autres encore en profitent pour rappeler que la liberté d’aller et venir, c’est jour et nuit qu’il faut la « conquérir ». Les agressions ne s’arrêtent pas au moment où le jour se lève.

« À celles et ceux en Inde qui ne veulent pas avancer, je vais faire ce qu’il me plaît, jour et nuit. Ne pensez pas une seconde que vous avez le droit de m’arrêter. #JeNeSuisPasCendrillon »

Un bon gros fuck aux harceleurs/agresseurs

Ce hashtag, finalement, c’est aussi une bonne manière d’avoir l’air occupée quand on rentre, et de reprendre le pouvoir sur ces situations qui peuvent être angoissantes.

Je préfère tweeter #AintNoCinderella, et afficher ma détermination, plutôt que d’envoyer un message à ma coloc pour dire que je devrais être rentrée d’ici 20 minutes, ou encore me faire raccompagner par mon meilleur pote afin d’éviter, comme Sophie, d’être suivie par un mec à 4h du matin…

Ce qu’il se passe en Inde m’est familier, et la réaction de ces Indiennes m’inspire. Parce que les harceleurs et agresseurs n’ont visiblement pas de frontières, mais que nos libertés ne devrait pas en avoir non plus.

À lire aussi : La vie entravée des femmes – Carte postale d’Inde

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