« Euphoria » raconte Jules au travers du plus bel épisode de la série


Le deuxième épisode spécial d'Euphoria est disponible sur la plateforme OCS. Après Rue, c'est au tour de Jules de s'introspecter, mais sur le divan d'une psy cette fois. Elle aborde sa transidentité, son ennui pour les hommes, et bien sûr, ses amours déçues avec Rue...

« Euphoria » raconte Jules au travers du plus bel épisode de la série

Sortie en 2019, la série Euphoria gagna tout de suite sa place au panthéon des contenus importants, qui à la lueur de l’adolescence en péril, raconte la société d’aujourd’hui.

Après huit épisodes riches en drames qu’on peut considérer soit profonds soit poussifs selon les points de vue, un premier épisode spécial a été diffusé sur HBO, se concentrant sur l’introspection. C’est désormais à Jules d’avoir droit à ses quarante-six minutes.

Mais que vaut ce deuxième épisode spécial ?

De quoi parle le deuxième épisode spécial d’Euphoria?

Nommé J’emmerde tout le monde sauf les blobs marins, le second épisode spécial d’Euphoria se déroule en majeure partie dans un cabinet de psy, où Jules fait face à son analyste pour la première fois.

Après quelques réticences, elle se lance dans un monologue, baladant les grands drames de sa vie, de l’addiction de sa mère aux déceptions de son père, en passant par le regard qu’elle pose sur les hommes, sur sa transidentité et sur Rue bien sûr, son amour d’hier, toujours bien présente dans sa tête. 

Plan très serré sur son oeil, plan moins serré sur son visage entier, plan plus large sur son corps entier, raide sur le canapé : l’épisode se concentre sur elle, laissant exploser, une nouvelle fois le talent subtil de son interprète.

Euphoria, une mise en scène délicate

C’est souvent la mise en scène d’Euphoria qui déroute au point de sembler parfois poussive, mais ici, dans cet épisode dont l’importance réside dans la parole qui évolue et se libère, la mise en scène est plus légère, moins étouffante.

Dès les premières secondes de J’emmerde tout le monde sauf les blobs marins, elle prend en otage, capture par une poésie simple le spectateur.

« Par où veux-tu commencer ? »

« Je ne sais pas »

« Pourquoi as-tu fugué ? »

Voilà les trois brèves phrases qui introduisent cet épisode 10 et le dialogue entre Jules et la psy.

Pour toute première réponse à la dernière question, pas de mots ni d’envols philosophiques mais un plan sur l’œil de Jules dont la pupille projette tous les moments clés de sa vie, comme sur un écran. 

Un écran qui supporterait le film le plus triste du monde, J’emmerde tout le monde… introduisant ses enjeux sur la musique de Lorde Liability.

Difficile de ne pas avoir les poils pendant ces quelques secondes, qui voient les drames rouler aux coins des yeux de l’héroïne, avant que l’ampleur de la musique ne décline, laissant apparaître le nom du programme dans ses couleurs criardes habituelles.

Pas de doute, on est bien devant Euphoria. Et on va chialer !

Le deuxième épisode spécial d’Euphoria porte la patte d’Hunter Schafer

Si l’écriture du personnage de Jules est minutieuse et ambigüe, elle n’aurait pas la même dimension si elle avait été portée par quelqu’un d’autre qu’Hunter Schafer.

L’actrice et mannequin de 21 ans a été partie prenante dans la confection de cet épisode qu’elle a coécrit avec Sam Levinson — le showrunner qui a récemment réalisé le très beau Malcolm & Marie, en ligne le 5 février sur Netflix — et ça se voit.

Très impliquée depuis le lycée dans la cause des personnes transgenres, elle a notamment milité contre une loi interdisant l’usage par les personnes transgenres des toilettes destinées au genre auquel elles s’identifient.

Très proche de sa communauté, la jeune femme s’est tournée vers elle pour effectuer sa transition, et s’est inspirée de sa propre expérience pour aider Sam Levinson à composer un personnage collant vraiment au parcours que peut expérimenter une femme trans.

Cet épisode introspectif interroge alors les rapports de Jules à son identité sexuelle. Après avoir évoqué l’idée d’arrêter les hormones, elle explique à son analyste :

« J’ai l’impression d’avoir construit toute mon identité de femme autour des hommes. Alors qu’en fait, les hommes ne m’intéressent plus. D’un point de vue philosophique. […] Quand je me regarde, je me demande comment j’ai pu passer ma vie à construire cette personne. Ma personnalité, mon physique, mon âme sont l’image que je me fais de ce que les hommes désirent. »

Ici, elle aborde donc la question de la détransition, accompagnée par sa psy. 

Un passage fort et clé de l’épisode qui lève un peu le voile sur la personnalité jusqu’alors plutôt mystérieuse, car très plurielle, de l’héroïne.

Il est rare de voir la psyché et les questionnements d’une personne trans portés à l’écran.

De toute manière, à l’exception de quelques rares séries, dont Pose ou encore Transparent (qui ne donne pas toujours dans l’habileté), la question de la transidentité est peu abordée à la télévision.

Il est bon de voir le sujet abordé par une personne concernée dans un épisode si brillant et informatif qu’il devrait être projeté dans les écoles, comme sur les pupilles humides de Jules.

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Kalindi Ramphul

Kalindi Ramphul


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Commentaires

ClemBouBou

J'ai encore plus aimé que l'épisode de Rue. J'ai juste envie de leur faire un gros câlin à toutes les deux :calin:
 

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