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"Capture d'écran Twitter / C à Vous "
Éditos de la rédac

Cher Jean Castex, il faut appeler un chat, un chat et un viol, un viol

Interrogé à propos de #MeTooInceste, le Premier ministre Jean Castex a brillé par son incapacité à employer les bons termes pour parler du problème. Eh bah alors, Jeannot, on a peur du mot « viol » ?

Depuis le weekend dernier, et la campagne #MeTooInceste lancée par le collectif féministe #NousToutes, des milliers de témoignages de victimes d’inceste ont été partagés sur les réseaux sociaux.

Face à l’ampleur de la mobilisation, les médias se sont (enfin ?) emparés du sujet, et ont demandé aux membres du gouvernement de réagir.

Parmi eux, le Premier ministre Jean Castex, invité de C à vous lundi 18 janvier, s’est livré à un exercice de haute voltige (n’essayez pas ça chez vous !). Voyez plutôt :

Quand Jean Castex a du mal à utiliser les bons mots pour parler d’inceste

Vous avez remarqué ? En 2min45 de prise de parole sur le sujet, Jean Castex réussit l’exploit de ne pas prononcer une seule fois les mots « inceste », « viol », « agression sexuelle », « pédocriminalité ».

À la place, il use et abuse (tiens, marrant ce verbe, j’y reviendrai…) de paraphrases qui édulcorent complètement la réalité que vive les victimes d’inceste.

Ainsi, le Premier ministre parle de « situations […] difficilement soutenables », se demande comment un père peut « recourir à de tels actes ? ». Il poursuit en parlant de « drames considérables » et précise que « les choses se passent dans la petite enfance ou l’adolescence »

.

Really Jeannot, « les choses » ?! Tu n’avais pas une expression encore plus bateau en stock ?

Peut-être qu’en me lisant, vous vous demandez pourquoi je râle contre notre champion de la langue de bois. Bon, il n’appelle pas un viol, un viol, mais hé, c’est pas si grave, non ?

« Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde »

Pour expliquer pourquoi les paraphrases de JC me posent problème, je commencerai par citer Dumbledore : « La peur d’un nom ne fait qu’accroître la peur de la chose elle-même. » Bon, ok, il parlait de Voldemort, mais ça fonctionne aussi avec l’inceste ou le viol.

Ensuite, enchaînons avec Albert Camus (vous le dites, hein, si vous trouvez que j’en fais trop niveau citations…).

Comme le disait Camus donc, « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde. » Il est de notre responsabilité à tous, et a fortiori d’un homme politique de premier plan, d’employer des termes qui sont conformes à ce qu’ont vécu et à ce que vivent toujours les victimes d’inceste.

Oui, c’est dur de se confronter crûment à la réalité. Oui, c’est choquant d’imaginer le viol d’un enfant par un membre de sa famille, mais c’est pour les victimes que c’est le plus difficile, pas pour celles et ceux qui écoutent leurs histoires ou devraient prendre des mesures pour les protéger.

Alors, utilisons le mot « viol » quand les victimes subissent des pénétrations non consenties, parce qu’un enfant ou un adolescent ne peut pas consentir à une relation sexuelle avec un adulte, a fortiori un membre de sa famille en qui il a confiance.

Employons le mot « agression sexuelle » pour décrire des attouchements au niveau des parties génitales, ou de la poitrine, là aussi forcément non consentis dans le cas d’enfants.

Ne pas utiliser ces termes, c’est participer à maintenir le voile sur ce phénomène massif qui toucherait deux à trois enfants par classe. C’est faire le jeu de ceux et celles qui relativisent l’inceste en disant que c’était « juste » des caresses, ou que c’était un papa qui « aimait trop » sa fille.

Pour en finir avec les termes « pédophilie » et « abus sexuels »

Puisqu’on parle de cette histoire « d’aimer trop », il est temps d’arrêter avec le terme « pédophilie » pour parler des personnes qui agressent sexuellement ou violent des enfants. Je te le dis à toi, Jeannot, puisque je t’ai sous la main, mais tu peux faire tourner l’info auprès de tes petits camarades.

Un pédophile n’aime pas les enfants, contrairement à ce que l’étymologie voudrait nous faire croire. Il les agresse, les viole, leur fait du mal.

Alors dorénavant, parlons plutôt de « pédocriminalité » pour mettre en lumière l’illégalité de leurs actes et leurs conséquences sur les enfants.

Enfin, arrêtons avec l’expression « abus sexuels », qui ne correspond à rien juridiquement et qui fait croire qu’il y aurait un niveau à partir duquel on « dépasserait » les bornes avec les enfants. Le terme correct est « violences à caractère sexuel » et elles sont plus sévèrement punies lorsqu’elles sont commises sur un mineur.

Pour finir, on abuse du chocolat ou des paraphrases, comme Jeannot, mais pas des enfants.


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