Webroman « Alive » / Chap. 15 : Catherine

Le bec de gâchette s’abat sur l’amorce et la chambre vide produit un clic très léger. Jade ne bouge plus, elle ne semble pas réaliser qu’elle est en vie. D’un mouvement preste, je sors mon portable de la poche de mon jean. Je ne peux pas laisser cette gamine se faire tuer. Un bruit sourd […]

Webroman « Alive » / Chap. 15 : Catherine

Le bec de gâchette s’abat sur l’amorce et la chambre vide produit un clic très léger. Jade ne bouge plus, elle ne semble pas réaliser qu’elle est en vie.

D’un mouvement preste, je sors mon portable de la poche de mon jean. Je ne peux pas laisser cette gamine se faire tuer. Un bruit sourd me déconcentre et je relève la tête pour regarder d’où il provient : Jade a reposé le six coup sur la table.

« Quelle chance. » murmure Tristan avec un sourire terriblement sadique. Si l’on fait exception de Lise, il est la seule personne de cet entrepôt à ne rien éprouver. Il peut mourir dans la seconde qui vient mais ça lui est égal.

Il cherche la mort depuis bien trop longtemps pour que le Jeu ait encore un effet sur lui. A peine ai-je le temps d’envoyer le sms que je tape furtivement qu’un autre clic se fait entendre : il a à nouveau appuyé sur la détente. Aussi simplement que ça.

Je lève les yeux vers Jade qui a le regard noyé dans le vide. Sa bouche se tord en une expression de pure terreur mais elle respire à fond, déglutit et saisit l’arme. Elle ne déclarera pas forfait. Pas cette fois.

Je voudrais arrêter cette folie, faire quelque chose, n’importe quoi pour empêcher ça. C’est du meurtre ! Il ne cèdera jamais et si par malheur la balle devait… J’avance d’un pas et Kydd me lance un regard qui me paralyse. Je suis incapable d’aller contre sa volonté et si cette ado meurt ce soir, ce sera de ma faute.

Par pitié, dépêche-toi.

Une vibration dans ma poche. Je n’ose en sortir mon portable : Kydd a le regard fixé sur moi. Je détourne les yeux et les repose sur Jade qui lève tout doucement l’arme au niveau de sa tempe.

Je serre les dents, si seulement il y avait un moyen de ralentir les choses… Ne tire pas, Jade.

« Jade, je t’en supplie ! »

Olivia s’élance vers la table mais Clovis l’attrape avant qu’elle n’ait le temps de l’atteindre. Son cri résonne dans l’entrepôt vide. Elle se débat faiblement dans ses bras et d’ici, je jurerais qu’elle pleure.

« Laisse tomber, ça n’en vaut pas la peine ! », tente-t-elle encore d’une voix si faible que je ne suis pas sûre d’avoir bien entendu.

Jade tourne les yeux vers Olivia, hébétée. Elle la regarde un long moment avant de lui jeter un regard méprisant et de se repositionner face à Tristan, juste au bord de son siège. Elle porte l’arme à hauteur de sa tête et tout est sans doute perdu.

Elle va mourir parce que j’aurai été incapable de tenir tête à Kydd.

Elle ferme les yeux.

Je ferme les miens.

Et la porte de l’entrepôt s’ouvre bruyamment, claquant contre le mur.

Lorsque je rouvre les yeux, elle est là : grande, sublime, ses cheveux longs bruns, ses yeux terriblement verts, ses lèvres charnues, son charme étranger, sa peau assombrie par les origines et son air dur. Elle porte une robe très courte et un long imperméable qui dissimule la croix qui s’étend sur tout son dos, depuis l’aube de ses fesses à la naissance de sa nuque. Son histoire tragique est tatouée dans son dos pour toujours.

Elle s’appelle Marilyn.

« Lâche ça gamine, tu ne voudrais pas te blesser. »

Ses talons claquent dans le silence et elle ôte le révolver des mains de Jade, du pouce et de l’index comme s’il était couvert de déjections. Elle le glisse dans sa poche et jette un regard dur autour d’elle.

« On va avoir un sérieux problème, toi et moi, Lise. »

Elle croise les bras et elle ordonne à tout le monde de déguerpir. Tristan ne demande pas son reste : il sait qui elle est et il ne veut rien avoir à faire avec elle. Clovis le suit de près : Marilyn a quelque chose d’infiniment plus menaçant que Lise et Kydd réunis. Camille a déjà sorti ses clefs de voiture et elle entraine Lola et Alexandre dans son sillage tandis qu’Olivia force Jade à se lever. Celle-ci pose sur Kydd un regard implorant, comme si elle demandait la permission de s’en aller. Il hoche la tête : la partie est finie.

Je fais un pas à mon tour mais Kydd secoue la tête.

« Pas toi. », murmure-t-il comme je le craignais.

Résignée, je m’assieds, prête au pire.

Il attend que la porte se soit refermée sur les autres pour hurler :

« Catherine, pour qui tu te prends bordel ! »

Je frémis et avant que j’aie eu le temps d’ouvrir la bouche et de rassembler mes esprits pour monter un quelconque embryon de défense, Marilyn s’est postée devant moi et répond à ma place :

« J’ai une meilleure question pour toi, crétin : depuis quand tu joues à tuer tes jouets ? »

Le mot jouet me fait trembler. Je ne suis que son jouet. Je ne suis que son jouet ? Je ne suis que son jouet… Je ne suis que son jouet. Je lève les yeux vers Marilyn et je sens qu’ils se remplissent de larmes. Je suis tellement stupide. Ne suis-je pas sensée être une adulte ? Bon sang ! Je ne suis que son jouet.

Kydd ne lui répond rien et elle en profite pour poursuivre, regardant Lise droit dans les yeux cette fois.

« J’ai autorisé tes petits jeux malsains mais s’il devait y avoir un mort, je pourrais revenir très vite sur ma décision, Lise. »

Lise s’approche doucement d’elle, le regard baissé. Lorsqu’elle les lève avec une lenteur étudiée, il y a comme une lueur de menace au fond de ses yeux.

« Tu ne nous dénonceras pas. Pas après nous avoir couverts si longtemps. »

Marilyn sourit. J’ai beau ne voir que son dos, je peux le deviner. Elle sourit et c’est un sourire plein de menaces. Elle reste immobile un instant, comme si elle accordait à Lise le temps de fuir. Et puis elle se met en mouvement, terriblement vive. Sa main fuse et on dirait qu’elle l’a simplement posée sur la nuque de Lise. Kydd serre le poing et c’est tout ce qu’il me faut pour comprendre que ce qui semble être caresse est en réalité menace.

« C’est uniquement par respect pour Edwin que je l’ai fait, Lise. S’il n’y avait que moi, je te briserais la nuque dans les dix secondes et je serais simplement débarrassée d’un odieux souvenir. Tu n’es qu’un double de mauvaise facture, Lise, ton apparence ne te donnera jamais le moindre pouvoir sur moi. »

Elle la relâche avec douceur et lui tourne le dos très simplement, gagnant la sortie dans un bruit de talons aiguilles, ses cheveux et son imperméable flottant derrière elle.

« Tâche de ne pas l’oublier. »

Elle a posé une main sur le chambranle de la porte et a légèrement tourné la tête vers nous. Seul le silence lui répond et, jugeant cela suffisant, elle quitte l’entrepôt.

Lorsque je parviens à détacher le regard de la porte, je m’aperçois que Kydd est en proie au doute. Il statue sur mon sort. Je me lève et je n’ai pas le temps d’articuler la moindre excuse que Lise siffle, entre ses dents :

« Arrange-toi pour dresser tes poupées, Kydd. »

Se massant l’arrière de la nuque, là où Marilyn l’a saisie, elle sort de l’entrepôt à son tour et je peux sentir d’ici la colère qui gronde en elle. Elle déteste Marilyn. Depuis ce qui est arrivé à Edwin, c’est sans doute la seule personne pour qui elle ressente quoi que ce soit, même Kydd ne déclenche plus rien en elle. Elle déteste Marilyn et c’est la seule chose qui la rend vivante.

Et de nulle part, la gifle s’abat sur ma joue, d’une telle violence qu’elle me déstabilise et que je m’écroule par terre.

« Ne fais plus… jamais… ça. », il a grogné, il est à bout de souffle.

Son regard fou me brûle et je voudrais m’enfuir mais je sens déjà mon corps me résister et lorsque Kydd se perche sur moi, ouvrant mon chemisier dans le même mouvement, mes pensées s’envolent vers Marilyn.

Je ferme les yeux.

C’était la petite amie d’Edwin avant qu’il ne meure.

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 5 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • LiliThaw
    LiliThaw, Le 19 juin 2010 à 20h19

    Ziloa : il est dans ma signature et puis là : God save the Princess

    Leslie : si tout va bien il sortira mercredi :)

Lire l'intégralité des 5 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)