Vox, un artbook superbe et déroutant par Matteo de Longis — Interview

Vox est un superbe artbook sorti par Matteo de Longis chez VenusDea. Elsa a pu l'interviewer !

Vox, un artbook superbe et déroutant par Matteo de Longis — Interview

Le label VenusDea édite des livres illustrés (Sabine, Milky…), des artbooks (Nicoletta Ceccoli…), des objets aussi. Et chaque titre publié en son sein est une réelle expérience en soi, une plongée dans un univers troublant, fascinant, sublime.

Matteo de Longis, graphic designer et illustrateur, qui avait signé le premier projet du label, l’artoyz Mekaneko, revient aujourd’hui avec Vox, un artbook conceptuel aussi beau que déroutant.

Vox, c’est le silence total, troublé dès la première page par des bruits de pas. Puis les notes d’une guitare électrique explosent dans nos oreilles et ne nous lâchent plus pendant 88 pages.

Ce « rockbook » est conçu comme un album, chapitré selon des thématiques, des univers. De chaque chapitre se dégage une ambiance très différente, avec plusieurs fils conducteurs.

Il y a d’abord la musique, bien sûr, mais aussi les filles, belles sexy, envoûtantes, qui parcourent les pages du livre. Jamais femmes-objets, elles dégagent au contraire beaucoup de charisme, et nous invitent d’un regard à les suivre.

Autour d’elles des objets, instruments de musique, véhicules, des fleurs, et même des buildings, forment un décor hétéroclite et fascinant. Et puis il y a les couleurs, léchées, vivantes, qui nous envoient une vague d’énergie au visage.

Vox est un recueil d’illustrations un peu dingue, où chaque dessin est plus beau que le précédent. On en prend plein les yeux, et on finit véritablement un peu groggy, comme après avoir écouté très fort une musique qui nous prendrait aux tripes.

Matteo de Longis, l’interview

Le talentueux Matteo de Longis a eu la gentillesse de répondre à mes questions lors de la dernière Japan Expo.

Peux-tu nous raconter ton parcours ?

J’ai commencé comme graphic designer, mais j’ai toujours dessiné. J’ai participé à des petites choses en Italie, et Barbara Canepa a vu une de mes illustrations dans un livre. Elle m’a proposé de participer au collectif SkyDoll Spaceship Collection.

Et tout de suite a commencé une collaboration sur SkyDoll, comme designer. Barbara Canepa et Alessandro Barbucci voulaient donner une image plus moderne, plus design à l’univers de SkyDoll. J’ai travaillé sur différents projets.

Ensuite Barbara a commencé le label VenusDea. J’ai imaginé l’aspect graphique de VenusDea, et j’ai créé le premier projet du label, un petit artoyz expérimental. J’ai commencé comme ça.

Le Mekaneko de Matteo de Longis (source)

Après avoir fait beaucoup de collaborations, j’avais vraiment besoin de faire une oeuvre complète, mienne, pour présenter mon univers sans être lié à d’autres projets. C’est comme ça que j’ai commencé à penser à faire un artbook.

Contrairement à la plupart des artbooks, ce n’est pas une compilation de travaux déjà réalisés. Il est vraiment pensé comme un concept, un objet.

Comment décrirais-tu Vox ?

Pour faire un parallèle avec la musique, Vox est comme mon premier album. Il a une thématique, mais avec différentes choses mêlées dedans, différents aspects. Comme un disque dans un style musical, mais les chansons ont différentes thématiques, émotions.

J’aime voir cette synesthésie entre image et musique. J’y ai mis tout ce qui me plaît au niveau de l’imaginaire.

Comment s’est passé ton travail sur cet artbook ?

J’étais vraiment libre de faire ce que je voulais, j’avais carte blanche. J’étais totalement libre de m’exprimer. J’ai mis beaucoup de temps… Au départ je travaillais sur d’autres choses en même temps. mais j’avais besoin de temps pour savoir où aller, de réfléchir à des images.

Je les commençais, je les laissais là, je partais sur une autre idée… Jusqu’au moment où je tenais vraiment le concept, et là j’ai pu faire ce que je voulais. J’aime vraiment tout soigner, des premiers dessins au packaging final. J’aime être totalement dans mon projet.

Quels outils et techniques utilises-tu pour tes illustrations ?

Avec Vox, je suis passé entièrement au digital. Pour moi, il n’y a pas de supériorité entre les techniques. l’important c’est l’idée, la création. Quand il y a quelque chose d’humain dedans, peu importe si c’est du dessin digital, numérique, ou sur papier.

Le thème principal de Vox, c’est la musique. Écoutes-tu beaucoup de musique en dessinant ?

Oui. Mais je joue aussi de la musique. Pour moi c’est très lié : je voyais l’image, le dessin utile à la musique. Quand j’étais dans des groupes, j’imaginais toujours l’imagerie graphique.

Je n’ai plus trop de temps pour ça, mais je n’ai jamais perdu le contact avec mes amis musiciens. En fait maintenant je fais un peu le contraire. Je dessine des images, et ça produit de la musique. J’ai des projets liés à Vox qui vont dans ce sens….

En plus de la musique, on trouve aussi dans Vox des voitures, des avions, des navires militaires… Qu’est-ce qui te plaît là-dedans, et comment s’est passé ton travail de documentation ?

J’aime beaucoup le mecha design, les machines militaires… Surtout celles de la Seconde Guerre Mondiale. J’aime l’aspect esthétique lié à la fonctionnalité : un avion c’est beau, mais c’est d’abord étudié pour l’aérodynamique.

J’ai voulu mettre dans Vox mes différentes passions, mes intérêts. Même si au premier abord, ces choses ne semblent pas liées, le voitures américaines par exemple ont un côté rock’n’roll. C’est mon univers, il y a différents aspects. Je me suis beaucoup amusé à mélanger tout ça.

Les personnages de Vox sont majoritairement féminins. Pourquoi ? Et comment les travailles-tu ?

C’est vrai que ce sont principalement des filles. J’aime beaucoup les filles ! Elles sont parfois inspirées de photos. La bouche peut être tirée d’une photo, l’idée des cheveux venir d’une autre…

La bande dessinée permet de raconter, d’avoir de l’action, du temps, des mots. l’illustration c’est le moment. Mais j’aime beaucoup quand, dans le moment, tu vois quelque chose, une pensée. Et pour faire ça, le regard est très important. Mettre dans les yeux quelque chose qui donne une atmosphère, une émotion qu’on peut interpréter.

Et même si les poses sont sexy, je suis content parce que les filles aiment mes illustrations. Je pense qu’elles s’y reconnaissent un peu.

Ta colorisation est très énergique, puissante. As-tu déjà les teintes en tête quand tu dessines ?

Je suis quelqu’un de très tourmenté. Je m’interroge beaucoup quand je travaille. Je pars sur une idée mais ça évolue beaucoup. C’est un peu l’avantage et le défaut de dessiner en digital, parce que tu peux changer d’idée tout le temps. C’est terrible pour moi !

C’est pour ça que je prends beaucoup de temps, je retourne encore et encore sur une illustration. Peut-être que dans le futur je serai plus direct. C’est un peu comme de l’expérimentation musicale en fait.

On associe souvent le rock à des teintes assez sombres, mais les tonalités de Vox tirent vers le fluo. Associes-tu le rock à ces teintes très vives ?

J’aime le rock, mais c’est général. Il y a différentes noirceurs. Je n’ai pas d’émotions avec ACDC, par exemple. J’aime beaucoup le rock alternatif comme Muse, Smashin Pumpkins… qui ont des aspects un peu sombres, mais aussi des moments plus électriques.

J’aime beaucoup le post-rock, plus porté sur l’atmosphère. On parle de rock, mais c’est peut-être plutôt de la pop électrique.

Au niveau de la construction, Vox est vraiment construit comme un album, avec des atmosphères pour chaque chapitre. As-tu travaillé par chapitre, ou as-tu organisé tes illustrations ensuite ?

Au début j’étais vraiment comme un musicien qui prend un instrument, et essaye de voir ce qui en sort. J’ai dû y mettre un peu d’ordre, et j’ai ensuite pensé aux thématiques. Une partie liée à l’espace, une autre avec des avions… J’ai mis un peu d’ordre dans le chaos expérimental.

Quelles sont tes principales influences ?

J’ai commencé avec l’amour du Japon. Le manga, les animes… J’aime encore beaucoup aujourd’hui certains artistes japonais, mais qui s’éloignent du commercial. Par exemple Range Murata, Katsuya Terada, qui sont des artistes plus ouverts, au niveau du style artistique, à l’Occident, à la globalité.

Après à l’international, James Jean, Ashley Wood… Il y en a plein que j’aime ! Plus généralement, j’aime beaucoup cette génération, peut-être ma génération, qui est sortie d’une case nationale, d’un style, d’un genre, et qui a un regard global sur l’art.

Un grand merci à Matteo de Longis.

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  • Glòsòli (Heex)
    Glòsòli (Heex), Le 18 septembre 2013 à 14h00

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