De défrisée à nappy : histoire d’une transition capillaire

Manu a eu les cheveux défrisés pendant des années. Mais ça, c'était avant de se redécouvrir et de faire une transition capillaire...

De défrisée à nappy : histoire d’une transition capillaire

Rien ne me prédestinait à faire une transition capillaire pour devenir nappy.

Ma maman m’a défrisé les cheveux pour la première fois quand j’avais 4 ou 5 ans pour un mariage.

Je m’en souviens parce que je me sentais vraiment comme une grande, wouah j’allais avoir des cheveux longs, lisses et beaux . Et franchement j’étais trop mignonne je vais même pas mentir.

Puis elle a recommencé à me tresser, et plus tard, ma cousine a pris le relais pendant toute mon adolescence.

Néanmoins, lorsque j’ai commencé à avoir mes propres sous, m’acheter mes propres fringues et décider de mon style, je me suis dit que ce dont j’avais besoin dans la vie, c’était d’un carré plongeant avec une mèche.

Et oui, le bonheur tient parfois à peu de choses.

Après moultes recherches,  j’ai trouvé un petit salon spécialisé dans le cheveu afro-caribéen et j’ai naïvement montré la photo de ce que je voulais en laissant toute licence à la coiffeuse de modifier mes cheveux pour arriver au résultat.

Donc elle m’a défrisé, coupé, lissé les cheveux et je suis ressortie avec un coupe rappelant vaguement Rihanna dans sa période « Good Girl Gone Bad » sans savoir que c’était le début d’une galère.

Jusqu’à il y a 2 ans j’arborais un carré sage…et plat !

Quel est le problème avec le défrisage ?

Le défrisage alcalin majoritairement utilisé sur cheveux afro est un procédé chimique qui consiste à casser la kératine du cheveu et à altérer sa structure moléculaire.

Pour être plus exacte, le mélange va casser 90% des liaisons entre les molécules de cystine qui forment la structure du cheveu et en même temps, un nouveau pont se reforme entre les molécules, avec un seul atome de soufre. Le cheveu ainsi reconstruit est particulièrement fin, sec et cassant.

Voilà, c’était le cours de chimie un peu relou.

Le défrisage alcalin est trop agressif pour les cheveux européens et asiatiques auxquels les coiffeurs réservent plutôt le défrisage thiolé. Tu le retrouveras chez le coiffeur sous le nom oh combien sexy de lissage brésilien, japonais ou coréen.

Le processus, en plus de ne pas faire du bien au cheveu, est également coûteux. Tu peux le faire chez toi avec un kit mais c’est pareil qu’une coloration en boîte : tu vois la différence avec celle faite par un pro en salon.

Honnêtement, je suis chanceuse parce que mes cheveux ont toujours bien tenu et mon cuir chevelu n’a été brûlé que 3 ou 4 fois.

Certaines personnes perdent leurs cheveux après un défrisage trop agressif, d’autres ont le cuir chevelu irréversiblement brûlé ou font une allergie au produit.

Bref, t’as compris l’idée : le défrisage n’est pas anodin.

Pourquoi faire une transition capillaire ?

Il y a quelques années, galvanisée par le mouvement Nappy qui prône l’acceptation de soi et de son identité ethnique à travers l’amour de ses cheveux naturels, je me suis lancée dans une transition capillaire.

Pour ce faire, j’ai laissé pousser mes cheveux naturels jusqu’à une longueur que j’ai jugé acceptable, et j’ai coupé toutes les pointes défrisées d’un coup.

J’aurais pu le faire au fur et à mesure mais voilà, je suis hardcore, la difficulté ne me fait pas peur.

La transition est vraiment un truc que j’ai fait pour moi, parce que je sentais que c’était le moment pour moi de la faire et je voulais apprendre à connaître mes cheveux.

Je ne regrette pas. J’ai toujours aimé mes cheveux, même défrisés, mais là, je suis amoureuse de mes cheveux naturels qui, s’ils sont courts pour l’instant, sont surtout beaux et doux.

C’était compliqué de dépasser plus de 18 ans pendant lesquels ton environnement ne te propose que des canons de beauté européanisés, et la chevelure afro n’est jamais mise à l’honneur.

Il n’était pas rare que j’entende dire d’une femme portant sa chevelure naturelle que ça fait négligé ou « sauvage ». Ces remarques étaient généralement suivies d’une injonction à aller se coiffer.

Comme si CE naturel était moins acceptable, moins « normal » que la tignasse d’une rousse bouclée ou d’une blonde aux cheveux fins qui auraient la possibilité d’arborer une coiffure « saut du lit ».

Alors que c’est un des trucs les plus teubés que j’ai entendu. Tu ne me vois pas, mais là, rien qu’en l’écrivant, je lève les yeux au ciel…

À lire aussi : Zoom sur le Nappy, ce mouvement de libération des cheveux frisés et/ou crépus !

La transition capillaire, en quoi ça consiste exactement ?

Au quotidien, tu regardes juste tes cheveux pousser et tu développes des trésors de patience.

La gestion quotidienne des repousses crépues avec des longueurs défrisées s’est avérée compliquée car les deux textures requièrent des soins différents.

D’un côté, les cheveux naturels ont besoin de produits riches et nourrissants et de l’autre côté les longueurs défrisées ont besoin de produits plus légers et hydratants.

Ce qui veut dire que j’ai dû acheter encore plus de produits pour les cheveux et ça coûte un bras!

J’ai fini par acheter des produits de la marque américaine spécialisée Shea Moisture car elle propose des produits au karité formulés spécialement pour la transition capillaire et ça facilite vraiment la vie.

Afro pop #skinglowin #melaninpoppin #africanroyalty

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Bien sûr, dans leur état actuel mes cheveux demandent beaucoup plus d’entretien et attirent l’attention.

Il s’agit majoritairement d’attention positive du style « ouah t’es trop belle », « j’adore tes cheveux » cependant je ne suis pas à l’abri des remarques ignorantes et autres moqueries mais ça… disons que tu le fais une fois, pas deux #tropgangsta.

Je refuse également d’être mise en opposition avec les personnes qui se défrisent : ce n’est pas le but recherché et rien en moi ne sera un prétexte pour mépriser ou faire culpabiliser une population qui cherche sa place.

Les mentalités changent lentement mais sûrement : des salons et ateliers sont organisés autour du cheveu afro, les grandes surfaces ont leur corner cheveu ethnique (ouais l’appellation craint mais l’idée y est).

Nombre de mes cousines ou de mes tantes ont fait une transition alors que leur génération a grandi avec l’idée que le cheveu défrisé était un must have.

Depuis quelques mois, la marque Shea Moisture est même vendue sur des sites de beauté généralistes alors qu’avant il fallait voguer pendant des heures sur Internet pour trouver un vendeur livrant cette marque en France. Et allonger la monnaie !

Voici une sélection des produits que j’ai utilisé mais il en existe bien d’autres. Si tu as envie de te lancer dans la grande aventure, suis ton instinct et viens, on est bien.

Toi qui as des potes en transition, donne-leur encore plus de love et de force parce que c’est pas facile tous les jours !

À lire aussi : Claire et ses cheveux crépus, du rejet à la réconciliation, dans Cher Corps

COMMENT AVOIR UN TEINT PARFAIT ?

Commentaires
  • Chapilusion
    Chapilusion, Le 11 février 2018 à 21h57

    Hello @Manu, que penses-tu de la question de l’appropriation culturelle des tresses de type cornrow, des “boxer braids” et autres styles issus de la culture africaine?
    Pourrais-tu faire un article sur ce sujet?

    Merci. :)

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