Toi, moi et les wawas

Beaucoup voudraient les cacher, mais nombreux sont ceux qui les cherchent. Le monde entier s’y rend, mais évite d’en parler. Toilettes, commodités, lieu d’aisance, cabinet, wawas, chiottes, Water Closet, WC… Penchons-nous sans attendre sur un sujet trop souvent dédaigné : la place des vécés dans notre société.

Toi, moi et les wawas

Publié initialement le 12 juillet 2006

Vécés, reflets de l’âme 

Plus ou moins dépouillés, plus ou moins colorés, plus ou moins personnalisés… La façon dont un individu aménage ses WC peut se révéler riche d’enseignements. Ainsi une absence totale de décoration peut-elle être le signe d’un certain rejet de ce lieu dédié à une activité peut-être trop triviale pour être mis en avant. Des WC ? Où ça ? Chez moi vous dites ?

Toutefois, ne généralisons point : il existe d’autres motivations à une décoration sobre, voire inexistante. Des toilettes passe-partout peuvent par exemple être une façon de mettre à l’aise le visiteur en lui évitant tout aménagement choc esthétique qui pourrait l’incommoder. Du rose pourrait l’agresser. Du bleu l’endormir. Du kitsch le faire vomir. Alors pour respecter le transit de tous, on opte pour une sobriété proche du zen.

– Qu’est-ce qu’y a ? T’es toute pâle ?
– Euh… Je reviens de chez Nina.
– Laisse-moi deviner : t’as utilisé ses toilettes ?
– Oui.
– Ma pauvre vieille.
– Pourquoi elle a mis des photos de son opération du genou sur les murs, à ton avis ?
– D’après elle, c’est pour entrer dans son intimité.
– Ben je peux te dire que la mienne en a souffert.

Dis-moi comment est ta lunette, je te dirai qui tu es.

Wawas, objets de débat

Comme le suggère l’exemple précédent, les cabinets – ou ce qu’on y met – sont même parfois prétextes à de stimulants débats. Certains individus, conscients du potentiel subversif du lieu, s’amusent même à y placer sciemment de quoi amuser, choquer, bref interpeller le visiteur. Pour ces artistes du petit coin, tout est alors bon pour transformer le lieu en happening culturel, des maximes à caractère humoristique (« dur ou mou, mais dans le trou », « Toute personne qui restera plus de deux heures en ce lieu s’en verra éjectée de force » etc etc) aux ouvrages de bas étage (ou « livres à chier »), ces grands joueurs n’attendent qu’une chose : qu’une fois la chasse tirée viennent le débat d’idée.

– Dis-moi Carlos… Pourquoi est-ce qu’il y a un autel dédié à Britney Spears dans tes toilettes ?
– Ah. J’attendais que tu me poses la question. Alors vois-tu, je dirai que l’autel représente pour moi l’emprise qu’ont les icônes de la culture pop sur nos propres productions. Ou dirais-je « déjection ».
– Intéressant. Et les palmes suspendues au plafond, c’est pourquoi ?
– Ah les palmes, c’est juste que j’avais nulle part où les accrocher.
– Carlos ?
– Oui ?
– Epouse-moi.

Oui, étron peut rimer avec passion

Cabinets, lieu de convivialité…

On se représente souvent le pèlerinage aux wawas comme une activité solitaire, voire quasi monastique.
C’est oublier combien le lieu peut être source de convivialité, en particulier dans les lieux publics : qui n’a pas un jour engagé la conversation avec ses compagnons d’infortune en attendant qu’une place se libère ? Qui n’a pas partagé, à la faveur du sèche-mains, quelques remarques sociologiques sur l’inégalité hommes-femmes ?

– Dites donc, y a foule, hein ?
– ué, bientôt va falloir prendre un ticket
– Alors que chez les hommes y a jamais personne
– Pff. Pourquoi y mettent pas plus de WC côté filles ?
– Ché pas.
– C’est pas juste.
– Ouais.
– En plus y a pu de papier. »

Un peu de lien social n’a jamais fait de mal.

Toutefois même chez soi, dans la douillette intimité du foyer, les vécés peuvent être propices aux moments ludiques. Les bambins, en particulier, savent comme personne tirer partie du caractère festif de l’activité. Coups à la porte, grattements, bruits imitant les sons intestinaux… il suffit d’un petit (ou d’un adulte de 5 ans d’âge mental) derrière la porte des toilettes pour que l’occupant passe un bon moment :

– Toooc ! Toooooooooooc !
– …
– Tooc – TOOOOOOC !
– Hmpf
– C’est quiiiiii qui est làaaaaaaa ?
– Gn. C’est moi.
– Ah. Tu fais quoiii ?
– A ton avis.
– Tu fais pipiii ?
– Non.
– Tu fais cacaaa ?
– (han je savais que j’aurais pas dû répondre) Je… laisse-moi, Brian.
– Preeeeutt !
– ???
– Mamaaaaaaan ! Sarah elle a pétéééééé !
– Hé, mais ?!
– Prout euh prout ! Sarah c’est Shreeeek !
– Tu vas me lâcher, merde ?
– Làààààààààà ! Elle a dit meeeeeeeeeeeerde !
– Putain ! Mais dégage !
– Laaaaaaaaaaaaaaa !
– Pour Noël, je demande des chiottes privées.

Instants précieux, que ces moments-là

… Source d’inspiration…

Peu l’avouent, pourtant pour beaucoup d’individus, s’enfermer dans un lieu réduit, assis nu-fesses au-dessus de quelques centimètres cubes d’eau ouvre des horizons d’inspiration. Les toilettes, seraient-ils à la fois le lieu où s’exprime le scrotum en même temps que le pensum ? C’est possible :

– Y a quelqu’un ?
– Ouais.
– Hein ? T’es encore là ?
– Ouais.
– T’y es depuis 2h
– Ouaip, Sherlock. Seulement j’ai pas fini.
– Pfiou. Tu nous chies l’Everest, ou quoi ?
– Nan. Je chie ma thèse.

Ne dit-on pas « une diahrrée verbale ? »

… Et lieu de méditation

C’est également, comme l’ont constaté de nombreux chercheurs*, l’endroit où des vies entières se structurent. Où certains individus réfléchissent au cours qu’a pris leur existence, se fixent de nouveaux objectifs, bref, exercent un retour sur eux-mêmes pendant que… Pendant qu’ils font pipi-caca, quoi. **

… Alors… Qu’est-ce que je boufferais bien ce soir, moi… Riz cantonais. Nan, j’en ai marre. Surimi… Nan. Je peux pu les voir… Kebab. Eurk. Pas encore… Haricots verts… J’aimerais, mais faut ouvrir la boîte… Ah lala. Je mangeais bien plus équilibré quand je vivais chez les parents… C’est depuis que je vis seule que je bouffe mal… Ce serait ptet bien que je me trouve un coloc, en fait.

Oh, chemins de vie : à quoi tenez-vous donc ?

* Voir « Le rôle du paradygme de lieux d’aisance dans la construction du chemin psychique », de JR Daniels.
** Les métaphores et les périphrases, ça va bien 5 minutes.

Reflet de l’âme, lieu de création et de réflexion, objet de débat et lieu de convivialité… On a beau ne remarquer leur importance que lorsqu’ils sont bouchés, les Water Closet font donc beaucoup pour le développement de l’individu.

Pourtant, ne nous voilons pas la fesse face : les WC ne sont pas uniquement un lieu d’épanouissement pour l’être humain. Il existe, ne l’oublions pas, des individus pour qui le rapport aux commodités est loin d’être commode. C’est le cas notamment des IIS, ou Individus Intestinalement Sédentaires, ces pauvres créatures incapables de satisfaire leurs besoins ailleurs que dans des WC familiers. Il n’était pas inutile, pour conclure, de rendre hommage à leur combat quotidien :

– Aie !
– Quoi qui n’y a ?
– Chuis serré dans mon jean.
– T’as forci un chouilla ?
– Non. C’est juste que je reviens de trois jours de festival
– Et ?
– Et ben vivement que je puisse aller aux toilettes chez moi.
– Ah oui, c’est vrai. Ton transit casanier.
– Oui. Et le pire dans tout ça…
– … C’est ?
– … C’est que demain, je pars en camping pour une semaine.»

Nous ne sommes pas tous égaux devant la dictature de la chasse d’eau…

Photo tirée du livre Comment vivre avec un homme… de Jennifer Worick – Editions JC Lattès.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Chatrapathi
    Chatrapathi, Le 18 août 2011 à 17h49

    Je suis allée aux toilettes chez un ami de mon beau-père, producteur de cinéma, qui a tapissé les toilettes d'articles de journaux et de magazines parlant de lui.... Et puis des photos de lui avec Alain Chabat et autres à des cérémonies partout sur la porte, côté intérieur....

    :Puppyeyes

    Le mec il en profite pour se faire un trip mégalo à chaque fois qu'il utilise ses toilettes...

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