Stop aux idées reçues sur le télétravail !

Le télétravail consiste à travailler à distance, hors des locaux de son employeur ou de son-ses client-s, notamment grâce aux nouvelles technologies. Si ce mode de travail tend à se développer, il n’en reste pas moins sujet à certaines idées reçues.

Stop aux idées reçues sur le télétravail !

« Tu pourrais pas faire <insérez ici une liste de corvées> ? T’as le temps vu que t’es à la maison toute la journée. »

L’étonnement se lisait dans mon regard. L’incompréhension débordait du sien. Non Mamie, je ne peux pas faire cette liste de corvée longue comme le bras, pas dans la journée. Parce que je travaille. La perplexité se lit sur son visage. « Mais… Tu fais quoi ? »

Beaucoup de personnes ne connaissent pas le concept du télétravail. Elles en ont peut-être vaguement entendu parler comme d’un « truc de starteup », mais pas en tant que concept d’organisation du travail.

Alors naturellement, vous voir assis-e en tailleur, en pyjama, un ordi sur les genoux, ça les surprend. Ça les surprend d’autant plus qu’elles ne voient pas la différence entre votre attitude « de travail » et votre attitude « de vautrage en mode week-end ».

Dans l’esprit de ces personnes, si vous êtes à votre domicile toute la journée, vous avez forcément le temps, le temps de TOUT faire. Passer un coup d’aspirateur. Faire la vaisselle. Aller faire une course. Passer à la Poste (« toi tu peux, moi je travaille aux heures d’ouverture ! ») Lancer une machine. Étendre une machine. Repasser un panier de linge. Préparer les prochaines vacances.

La réalité est que vous prenez à peine le temps de cuisiner, alors la vaisselle est le cadet de vos soucis. Vous repassez beaucoup moins depuis que vous travaillez en jogging (ou en pyjama). Et question vacances, mieux vaut éviter de vous en parler. Avec votre statut d’indépendant, vous pensez pouvoir vous offrir une semaine au camping de Millau en septembre 2017 (avec piscine et vue sur le Viaduc ! C’est la classe !).

Alors non, contrairement à une croyance populaire répandue, le télétravail n’est pas la nouvelle appellation revalorisée de « femme au foyer ».

« Mouais, si tu travailles de chez toi, ce n’est pas un vrai travail. »

Cette idée reçue traduit surtout une méconnaissance totale de ce qu’est le télétravail. Premièrement, travailler à distance ne veut pas nécessairement dire « travailler chez soi ». Si c’est effectivement le cas pour près de 80% des télétravailleurs-ses, d’autres se retrouvent dans des bureaux partagés.

Cette idée reçue est symptomatique d’un manque de reconnaissance sociale du télétravail, ce qu’Emilie Laystary avait déjà noté, parmi les inconvénients du travail « chez soi ».

Or je ne vois pas en quoi transhumer quotidiennement vers des bureaux climatisés, pour prendre le sempiternel café du matin avec les mêmes personnes chaque jour (ouvrable) que Dieu fait, serait un gage de « vrai » travail, davantage qu’un autre.

Quant à savoir ce qui constitue ou non un “vrai” travail, je vous renvoie à cette infographie fort instructive (LOL inside).

« Mais s’il n’y a personne pour vérifier que tu travailles, tu passes ton temps à glander ! »

De la même façon que les visites régulières de mon chef d’équipe agrémentés de « alors, tu avances ? » n’ont jamais eu d’impact positif sur ma productivité, l’absence de ces interruptions agaçantes ne l’affecte pas non plus, bien au contraire.

Il faut distinguer deux cas de figure principaux parmi les télétravailleurs-ses : les salarié-e-s et les indépendant-e-s. Les salarié-e-s ont beau travailler à distance, ils-elles ont quand même un-e patron-ne. Il/elle n’est certes pas physiquement présent, mais on a tout de même des comptes à lui rendre.

Contrairement aux bureaux, où l’on se livre parfois entre collègues au fameux concours de celui-qui-reste-le-plus-longtemps histoire de s’attirer les faveurs du management, lorsque l’on télétravaille, on est jugé sur résultats uniquement. Mine de rien, ça libère d’un certain nombre de comportements parasites qui visent à « être bien vu » davantage qu’à « faire du bon travail ».

Et finalement, lorsque l’on travaille à distance, dans un environnement qu’on choisit et/ou qu’on maîtrise, on travaille mieux. Oui, malgré la foule de distractions accessibles (télé, frigo, baignoire…), lorsque l’on ne subit pas toutes les interruptions intempestives inhérentes au monde du bureau, on travaille mieux.

En ce qui concerne les indépendant-e-s, s’ils-elles n’ont pas de patron, ils-elles ont des clients. Et ils-elles vous diront sans doute qu’un client, c’est souvent plus exigeant qu’un patron ! En plus de gérer leur clientèle avec soin, les indépendant-e-s doivent aussi se gérer eux-mêmes, administrativement parlant. Comptabilité, facturation, impôts et cotisations, l’indépendant-e est son propre service RH-Gestion-Compta.

Alors quand vous lui demandez « ce qu’il-elle fait de ses journées, à la maison » et s’il-elle « ne glande pas trop », attendez-vous à le-la voir rire jaune. Il-elle vous racontera sûrement ses déboires de statuts et ses échanges avec les Urssaf, vous ne serez pas déçu-e-s du voyage.

La présomption d’hygiène laxiste

C’est le gros cliché des télétravailleurs-ses à domicile : ces êtres passeraient leur vie en pyjama, vautrés dans leur canapé, portable sur les genoux. Ils se nourriraient essentiellement de pizzas surgelées et de boissons sucrées en canettes. Et bien entendu, ils ne se laveraient qu’un jour sur trois (quand les cheveux commencent à gratter), car à quoi bon, vu que « je ne sors pas de chez moi » ?

S’il y a un indéniable fond de vérité à cette histoire de pyjama et de pizza, pour le reste, je crie à la légende urbaine. Tout l’intérêt de travailler chez soi est de maîtriser l’environnement de travail, d’être le plus confortable possible. Pour certain-e-s, c’est un bureau bien rangé, des chemises bien repassées, des pauses régulières. C’est une journée qui commence par une douche, voire même un peu de sport, soyons fous.

Rester en forme, c’est important.

Pour d’autres, c’est une tenue confortable avant d’être élégante (quoique mes pyjamas soient conforts Et sexy, selon un sondage effectué auprès de moi-même). Ma productivité est à son maximum lorsque je suis assise en tailleur au fond d’un canapé, le portable en équilibre entre mes deux genoux. Alors pourquoi m’en priver ?

Quant à l’hygiène laxiste, c’est juste une histoire de timing, on n’est quand même pas obligés de se doucher tous en même temps quelque part entre 6h45 et 7h58. Et tout le monde n’a pas besoin de se passer la tête sous l’eau tiède pour pouvoir commencer sa journée de travail.

Au contraire, que ce soit au domicile familial ou en colocation, je mets un point d’honneur à ne pas monopoliser la salle de bain à l’heure où ceux qui iront bientôt se jeter dans les transports/les bouchons en ont eux-mêmes besoin. Et quand ils feront leur première pause café de la journée, j’en serai à ma pause « douche », et le monde s’en portera tout aussi bien.

L’absence de vie sociale

Sous prétexte que le-la télétravailleur-se ne côtoie pas physiquement de collègues, il-elle n’aurait « pas de vie sociale ». D’une part, rien ne lui interdit de se chercher un lieu de travail plus sociable que son domicile. D’autre part, les pauses déjeuner sont toujours l’occasion de faire une sortie quotidienne, de partager un moment de convivialité avec au choix ami-e-s, collègue-s, concierge, inconnu-e-s rencontré-e-s dans la file d’attente du bureau de Poste.

Et pour les plus isolé-e-s géographiquement d’entre nous, il reste ces merveilleux moyens de communication que la technologie moderne nous offre. Avant, j’étais isolée socialement. J’étais en banlieue parisienne, je ne quittais que très rarement ma tour, je déjeunais quasi-exclusivement avec les mêmes personnes, tous les jours. Twitter et madmoiZelle étaient bloqués par l’Informatique.

Aujourd’hui, même du fin fond de la campagne lorraine, je suis davantage socialisée : mes collègues sont à portée de clic, et je peux m’organiser des déjeuners un peu dans tous les sens. Que demande le peuple ?

« Si tu travailles chez toi, tu n’as jamais de coupure, il n’y a plus de frontière temps de travail/temps de loisir ? »

La frontière entre temps de travail et vie privée n’est pas toujours évidente à définir, mais ce problème n’est pas l’apanage du télétravail. Le cadre qui vit suspendu à son smartphone soirs et week-end connait tout à fait ce problème. La coupure entre travail et loisir est parfois délicate à définir, y compris pour les « travailleurs de bureau ».

La véritable différence avec le télétravail se situe davantage au niveau de l’organisation : alors que la vie de bureau obéit à des horaires plus ou moins souples, et rarement négociables, le télétravail permet une liberté d’organisation beaucoup plus importante. C’est à chacun-e de composer ensuite entre ses contraintes professionnelles (interlocuteurs, clients, collègues) et ses préférences personnelles.

Certes, cette liberté nécessite de s’astreindre à une certaine discipline. Mais ne nous voilons pas la face : la discipline est indispensable quelque soit la configuration dans laquelle vous travaillez.

Vous pouvez bien avoir un patron qui vient vous souffler dans le cou toutes les 10 minutes pour vérifier que vous n’êtes pas sur Facebook, ça ne vous empêchera pas d’avoir le regard fixé dans le vague pendant de longues minutes, de prendre des pauses cafés plus nombreuses que de raison, et donc de « perdre du temps » alors que vous êtes censé-e-s bosser.

Le télétravail requiert sans doute davantage d’auto-discipline. Mais c’est le prix à payer pour pouvoir prendre un bain à la pause déjeuner. Ou regarder Wimbledon en « mute » pendant qu’on prépare des articles (au hasard !)

Et toi, quelle est ta situation ? Te vois-tu télétravailler ? Ou es-tu attachée à l’environnement professionnel « classique » ?

Si tu es télétravailleuse, rendez-vous sur le forum : Je travaille en pyjama – le blabla de celles qui bossent seules !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Carolinouchka
    Carolinouchka, Le 31 juillet 2013 à 16h29

    Ahhhh MERCI ! Je me sens moins seule !

    Hier encore, on m'a fait le coup du "tu travailles chez toi donc tu ne travailles pas" : on est 2 couples d'amis, et ce soir, on doit se retrouver pour aller voir un spectacle.

    Hier soir, on se voyait, et donc, on organisait la chose.
    Le mec de l'autre couple étant en vacances en ce moment, il propose de se retrouver avant, pour boire un coup.

    Mon copain dit qu'il ne peut pas à 19h, donc le gars en question dit "ah oui, alors à 20h, comme ça tu auras le temps de venir nous rejoindre après le travail."

    Mon copain a tout de suite rétorqué "et Caroline [moi ^^] aussi".

    Et le gars, un peu embêté, "Ah oui, Caroline aussi, mais comme toi tu travailles en dehors de la maison...". MAIS QUEL EST LE RAPPORT ?!

    En gros, je bosse de chez moi, donc je suis hyper flexible et je peux rejoindre tout le monde à l'heure où ça *les* arrange.

    Ca, ça m'arrive tout-le-temps. "Caroline, demain je ne bosse pas, on passe l'après-midi ensemble ?" Heu... Non. Je travaille !

    J'en connais même une qui un jour m'a répondu "Tu travailles ? Ah bon, mais où ça ? Depuis quand ?" en pensant que j'avais pris un autre job en plus, genre un "vrai" travail... Mouarf !

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