Mon quart d’heure super héros, épisode 2

Après avoir sauvé Baftieng (moment culte de madmoiZelle), Touflous a remis ça, en venant en aide à sa voisine et à une pauvre petite chinoise esseulée.

Mon quart d’heure super héros, épisode 2

Tout a commencé alors que j’étais en train de me préparer ma petite salade pour accompagner mon épisode de Pretty Little Liars. Je me dandinais en culotte en chantonnant joyeusement, heureuse d’être en weekend, quand soudain, j’ai entendu des cris chez ma voisine. Je l’entends régulièrement s’engueuler avec son mec, donc, comme d’habitude, j’ai tendu l’oreille au cas où… et j’ai très vite compris que cette fois, c’était du sérieux. Elle lui hurlait d’arrêter, j’entendais des bruits d’objets jetés à terre, de coups dans les murs, de claques… Mon premier réflexe a été d’enfiler un jean et d’attraper ma batte de baseball, prête à tout péter (parce que dans ma tête, je suis Xena). C’est après avoir ouvert ma porte et m’être postée devant celle de ma voisine, prête à frapper, que je me suis ravisée.

Non seulement ça aurait pu se retourner contre moi, mais mon Dalaï-Lama interne m’a rappelé que “la violence ne résout rien… et en plus avec tes 12 kg tu vas te faire ratatiner”. Je suis donc rentrée chez moi, et j’ai composé le 17 pour la première fois de ma vie. Toujours dans mon rôle de guerrière, je me souviens vaguement avoir dit à mon interlocuteur « y’a ma voisine qui est en train de se faire taper sur la gueule, grouillez-vous, je sais pas comment ça va finir ». Puis j’ai raccroché, et, comme tout super-héros digne de ce nom le ferait dans ces conditions… j’ai appelé ma mère.

J'ressemblais à peu près à ça.

Je tournais en rond dans l’appart, en tremblant, en répétant que je savais pas quoi faire, je ne supportais plus d’entendre les cris de ma voisine sans pouvoir rien y faire. Toujours avec ma mère au téléphone, je suis descendue attendre les flics qui ont bien mis 15 minutes à arriver (= une éternité dans ces moments-là), parce que je vis dans une forteresse impénétrable. Il n’y a pas de code, il faut descendre ouvrir les deux portes d’entrée quand on a des invités. Autant dire que si j’me fais attaquer par un tueur masqué demain, j’pourrai toujours appeler à l’aide hein.

Lorsqu’ils sont enfin arrivés, je leur ai indiqué l’étage et ils m’ont planquée dans la cage d’escalier en attendant qu’ils sortent le mec de ma voisine, histoire de ne pas m’attirer d’ennuis. Planquée dans le noir, ma mère me rappelant toutes les 30 secondes, je tendais l’oreille en priant pour que tout se passe bien. Mais mon cerveau me hurlait « FAIS ATTENTION, P’TET Y A DES ARAIGNÉES ET TU VOIS PAS, TU SENS RIEN DANS TES CHEVEUX ? ». Mon niveau de stress est passé à +8000, et quand enfin je les ai entendu revenir et sortir le mec de l’immeuble, je me suis précipitée dehors tel un ninja pour foncer dans l’ascenseur. Je suis allée me changer, puis j’ai toqué chez ma voisine pour constater les dégâts.

Elle m’a ouvert, en larmes, et s’est effondrée dans mes bras. D’arachnophobe, mon cerveau est passé au mode « ma vie est un film », et je me suis entendu dire à ma voisine « shhh, ça va aller, c’est fini, je suis là ». Après une bonne heure à parler avec elle, elle s’est décidée à aller porter plainte. Son mec (ex, désormais) était rentré chez lui entre temps et avait bloqué son téléphone à distance, ce qui lui a donné la motivation nécessaire pour entamer les démarches. Nous avons donc trottiné gaiement vers le commissariat, où notre attente de deux heures a été animée par les allées et venues des gens venus porter plainte. Si ma voisine avait déjà retrouvé le sourire, on ne s’attendait pas pour autant à avoir le fou rire de notre vie en plein comico du 19ème. Et pourtant.

Le microcosme du commissariat

Alors qu’on commençait sérieusement à s’emmerder, le commissariat étant redevenu désert, une femme est entrée pour porter plainte. Elle expliquait que sa mère et son beau père avaient tenté de l’assassiner, et répétait qu’il y avait eu tentative de meurtre, qu’elle était en danger et qu’on devait faire quelque chose.

Lorsqu’on lui a demandé des détails, elle a répondu que personne n’avait levé la main sur elle, mais qu’elle sentait dans les mots et l’attitude de sa mère et de son conjoint qu’ils lui voulaient du mal. Si cette explication nous a semblé un peu bancale, nous n’avions pas assez de détails pour juger de la gravité de la situation.

C’est devenu plus intéressant quand elle a commencé à se livrer un peu plus. Il se trouve qu’elle se sentait déjà en danger, et l’avait déjà signalé, parce qu’elle avait eu l’occasion de rencontrer Madonna et que, suite à ça, elle savait que des gens la suivaient. Puis, elle a rappelé aux flics qu’elle avait déjà tenter de porter plainte contre Leonardo parce qu…

… « Leonardo ? Leonardo qui ? » a demandé le flic, totalement confus. « Bah, Leonardo DiCaprio ».

Ah, oui. Forcément.

« Il a utilisé un portrait de moi dans un de ses films, il a pas le droit et ça j’en ai déjà parlé ». Ah. Ok. Ils ont fini par lui demander de s’asseoir, afin de patienter, comme nous tous. En s’asseyant sur le banc, elle a posé un objet à côté d’elle, auquel je n’ai pas tout de suite fait attention. Faut dire qu’elle avait un chien avec elle, et que c’est ce qui m’intéressait le plus dans l’histoire (hiiii il était trop miiiignooooon). Entre temps, ma voisine et moi avions fait en sorte de tourner le dos à la scène, histoire de masquer notre fou rire. C’est en me retournant que j’ai enfin fait attention à ce qui était posé à côté d’elle : un énooorme spliff bien entamé. En plein commissariat. Y en a qui ont peur de rien. Comme moi.

N’écoutant que mon courage et ma curiosité maladive, je me suis agenouillée près d’elle, sous prétexte de vouloir caresser son chien. Ma voisine et moi avons alors tenté de lui tirer les vers du nez. Elle a répété qu’elle était en danger, « tout ça parce que je suis un peu connue ».

– Pourquoi vous êtes connue ?
– Parce que j’ai mon portrait dans le film de Leonardo DiCaprio.
– Vous faites quoi dans la vie ?
– J’suis artiste. C’est le plus beau métier du monde.

La Brigitte Bardot en puissance que je suis (le côté « j’aime pas les hommes » en moins) a demandé plus de renseignements sur le chien.

– Elle s’appelle comment ?
– Elle s’appelle euh… elle s’appelle Belle.
– Oh, elle le porte bien. (Ceinture noire 3ème dan de conversation, c’est moi)
– Ma mère elle lui a écrasé la patte une fois, mais d’une façon euh… ils maltraitent les chiens, franchement, c’est une famille de guedins quoi. Après ils vont vous dire qu’ils sont mignons mes parents mais euh… là c’est trop là, ils exagèrent. Ils fréquentent des mauvaises personnes. Moi j’ai pas envie d’fréquenter ces mauvaises personnes là et ils les font rentrer quand même. Faut que j’sois mise sous la protection de l’État hein.
– A ce point là ? Mais quand vous dites qu’ils vous ont agressée, c’est à dire ?
– Ils ont voulu m’tuer, j’ai planqué un couteau pour pas qu’ils y touchent, et il a bougé, j’me suis dit ils savent où il est, ils le cherchaient, ça veut dire qu’ils le cherchaient donc ça veut dire qu’ils avaient de mauvaises intentions, quand ils…
[blanc de 20 secondes, elle s’est remise à fixer le vide, la bouche entrouverte]
-… Et c’est quoi le film de Leonardo DiCaprio avec votre portrait, sans indiscrétion ?  (HAHAHA, « sans indiscrétion », je suis impayable)
– Les Infiltrés. (là c’est mon moi cinéphile qui a pris le dessus, oubliant presque que je m’adressais à quelqu’un qui vivait dans une autre dimension)
– Il est génial en plus ce film.
– Vous lui direz merci la prochaine fois qu’il passe par là.
– … (20 000 émotions défilent sur mon visage, mais l’incompréhension totale domine)
– Vous êtes attachée de presse ?
– Non ! (rire mi-gêné, mi-où-est-la-sortie-de-secours-s’il-vous-plait)

Après une dernière caresse à Belle, je suis retournée m’asseoir, rassurée sur mes talents de journaliste d’investigation. J’ai également décidé que, quand je serai grande, je veux faire plante verte dans un commissariat pour écouter ce genre d’histoire touuuute laaaa viiiie.

Après deux heures d’attente, on nous a enfin reçues. Pendant le dépôt de plainte, une caméra de télé a fait son entrée. Tout le monde semblait trouver ça normal, j’ai essayé de caler un p’tit « EH PSST PSST KASSDÉDI MADMOIZELLE 7-5 ! 5-9 ! REPRÉSENTE LES ZOUZ SISI » mais j’ai pas eu le temps, la femme qui prenait la déposition a fermé la porte.

Après la paperasse remplie, nous sommes retournées attendre sur notre banc, dans un commissariat en pleine effervescence. On captait quelques mots clés dans les conversations, comme “trois agressions”, “véhicules en feu”, “cambriolage”, donc on a décidé qu’on avait pas très envie de rentrer seules, à pied. Du coup, on a signalé le fait que le mec de ma voisine avait le double des clés, et qu’il existait un risque pour qu’il soit retourné chez elle pour l’attendre, tapi dans le noir tel un guerrier du mal.

Une seconde victime à sauver

Le commandant (EH OUAIS) nous a dit qu’il allait voir s’il pouvait nous escorter, preuve que quand même, y a des flics sympas en vrai. De retour sur le banc, une femme m’a demandé des renseignements sur les horaires des transports. J’ai répondu vaguement ce que je savais, sans trop prêter attention aux gens autour de moi, trop fatiguée et pressée de rentrer. J’ai fini par lui demander où elle voulait aller, et elle m’a montré une jeune fille à côté de moi, en me disant que c’était pour elle.

En tournant la tête, j’ai vu un visage inondé de larmes, sur un tout petit corps tremblant. Je me suis jetée sur elle sans réfléchir pour la prendre dans mes bras, en lui caressant la tête et en la berçant doucement (ma vie est un film, remember).

Elle m’a expliqué qu’on lui avait volé ses affaires, et que son adresse était sur son porte clés, du coup on ne pouvait pas la ramener chez elle. C’était Z., une jeune étudiante chinoise, en France depuis un an et demi, qui venait de vivre sa troisième agression parisienne. Les flics lui avaient dit de passer la nuit au commissariat en attendant les premiers métros, ne pouvant rien faire d’autre pour elle. Mais vu le torrent de larmes qu’elle versait, ça n’avait pas l’air de lui convenir. Elle m’a dit alors qu’elle avait des amis à Pigalle qui pouvaient l’accueillir et dont elle connaissait l’adresse. Je lui ai promis de l’aider à trouver une solution, tout en continuant de lui caresser la tête.

Le commandant est revenu, nous disant qu’il allait effectivement pouvoir nous escorter. J’ai alors bondi sur l’occasion pour lui demander si on pouvait prendre la jeune chinoise avec nous, histoire que je lui paye le taxi une fois arrivées. Nous sommes donc reparties en voiture, avec le commandant qui nous a accompagnées jusque dans l’appartement de ma voisine pour vérifier qu’il était désert.

Mais mon aventure n’était pas terminée : il fallait que je retire des sous, pour mettre Z. saine et sauve dans un taxi.

Preuve que l’univers se fout bien de nous : sur le chemin, nous avons croisé une bande de trentenaires bobos en fin de soirée, qui ont tenu à nous dire « bonsoiiiiir les fiiiilles ! vous savez, tous les hommes ne sont pas des enculés ! ». Timing : impeccable.

Nous avons continué notre route, MAIS dans la dernière rue avant le point stratégique, tous les lampadaires étaient éteints, les ténèbres totales – on distinguait juste quelques silhouettes au bout de la rue (probablement des tueurs en série). Inutile de vous dire qu’il était hors de question qu’on s’y aventure.

Nous avons donc rebroussé chemin pour rejoindre les trentenaires, histoire de leur demander de nous prouver leurs dires, en nous accompagnant dans notre périlleuse mission. Accompagnée de cette escorte, j’ai pu mettre Z. dans un taxi vers ses amis.

Je suis enfin rentrée chez moi, épuisée. Vers 4 heures du matin, j’ai reçu un texto me disant « Z. est chez moi, je m’occupe d’elle, merci pour votre aide ». J’ai enfin pu raccrocher ma cape et mes collants bleus, pour m’écrouler dans mon lit.

Au commissariat, j’ai appris que la légitime défense s’appliquait aussi dans le cas où vous devriez avoir recours à la force pour secourir quelqu’un, même si l’agresseur ne vous a pas touchée. Je le saurai pour la prochaine fois… et là, ÇA VA SAIGNER. Ou p’tet pas. Qui sait.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Coralie's-Heart
    Coralie's-Heart, Le 14 août 2011 à 3h53

    En tout cas c'est clair qu'il faut toujours attendre des plombes dans les commissariats, et ça c'est ennuyeux...

    Pour la petite histoire, j'avais été porter plainte pour une agression -pas très grave mais bien flippante- c'est une femme qui a pris ma déposition et elle suivait mon histoire comme une roman policier. Quand je lui ai dit :"J'ai réussi à le bruler avec ma cigarette, il a eu un mouvement de recul et je me suis enfuie en courant", elle s'est écrié : "Tu lui as brulé le visage ? Ouaiiiiis bravo ! T'as eu des super réflexes !!". Enfin elle était bien cool quoi :)
    Tandis que dans le même commissariat, une amie de mon frère (qui a 14 ans) a été porter plainte pour viol (ou tentative... je ne connais pas trop les détails) et le flic lui a dit sur un ton agressif :"Oui mais bon il y a eu pénétration ou pas ??". Forcément la pauvre, elle s'est mise à pleurer et n'a plus parlé pendant 1 semaine...

    Comme quoi il y a des cons partout. Mais c'est vrai que ce serait plus sympa s'il faisait des métiers où on n'a pas besoin de les côtoyer en cas de force majeure :)

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