Relation à distance et sexualité

Brigitte Lebuysson a demandé aux filles qui vivent une relation à distance comment elles géraient leur sexualité.

Relation à distance et sexualité

Article initialement publié le 27 septembre 2012

Rares sont les personnes de notre génération à ne pas avoir vécu de relation sentimentale à distance : entre les études qu’on commence dans une ville pour les terminer dans une autre, la mobilité bien souvent requise pour espérer trouver du travail et les rencontres sur Internet, nous sommes de plus en plus amenées à envisager ce type de quotidien. Annelise vous a déjà expliqué il y a quelques mois en quoi les histoires à distance craignaient. Aujourd’hui, j’ai décidé de me demander et surtout de demander aux lectrices comment ça se passait niveau fesses.

La sexualité à distance, c’est excitant… ?

Le premier cliché qu’ont les gens quand on leur parle de « relation en distance », c’est « Bon ok tu manges seul-e, tu dors seul-e et tu parles tout-e seul-e la plupart du temps, mais les retrouvailles doivent être tellement excitantes« . Les non-initiés s’imaginent souvent que les couples qui se retrouvent tous les week-ends, une fois par mois ou moins, deviennent complètement fous du cul au moment des retrouvailles : ils s’imaginent des amants incontrôlables à deux doigts de se foutre à poil sur le quai de la gare, des préliminaires de 3h dans l’ascenseur, des levrettes claquées à s’en déboîter le bassin et les os de la main, et des changements de position toutes les trente-deux secondes. Peut-être même pensent-ils que les couples dorment l’un dans l’autre pour plus de fusion avant une nouvelle séparation.

relation-distance-catastropheIls ne s’étaient pas vus depuis 7 semaines ; leurs retrouvailles ont changé le cours de la vie du village.

Mais les choses se passent-elles ainsi dans la vie ? J’ai interrogé les lectrices qui ont déjà vécu cette situation pour savoir comment elles ressentaient les choses. Il y a bien sûr celles qui achètent des accessoires, de la nouvelle lingerie pour surprendre leur partenaire après une longue séparation géographique parce qu’un des gros avantages de la relation à longue distance, c’est de pouvoir se préparer physiquement avant de rejoindre l’autre. À l’image de cette lectrice qui a longtemps vécu à des milliers de kilomètres de son copain :

« J’ai certainement accordé plus d’importance à des « détails » quand on se voyait pour que ce soit un moment plus « spécial » (m’acheter de la nouvelle lingerie pour l’occasion, des accessoires pour s’amuser, créer une ambiance propice quand il venait chez moi, tout ça). J’ai gardé cette habitude de toujours chercher des nouveaux trucs pour pas tomber dans la routine, j’ai super peur de toujours faire l’amour pareil (je suis sûre que ça vient de notre relation à distance). »

Mais retrouver brièvement l’autre après une longue séparation, c’est aussi être soumise au risque de ne pas avoir la libido en liesse à ce moment précis. Une madmoiZelle raconte :

« Souvent je me dis : « J’arrive samedi à 16h, je repars dimanche a 14h, donc j’ai intérêt à grave avoir envie parce que sinon c’est encore un mois d’abstinence« . Et des fois j’ai juste pas envie. Parce que j’ai passé une semaine de merde, parce que le boulot me prend la tête et même si je suis ravie de voir mon copain des fois je me force un peu à avoir envie de lui alors que j’aimerais juste ne rien faire. »

Gérer la frustration d’une relation à distance

Difficile de ne pas avoir la culotte qui crie famine quand on ne voit pas l’être aimé pendant de beaucoup, beaucoup trop long-ues semaines ou mois. Savoir que l’autre est quelque part dans le monde et qu’on ne peut pas le/la toucher quand on en a envie donne généralement envie de se ronger les ongles jusqu’aux coudes. Savoir que les couples qui ont un mode de vie plus « traditionnel » peuvent se toucher tous les soirs s’ils veulent peut éventuellement nous amener à nous jeter contre tous les murs en hurlant « BAYSER BAYSER BAYSER », voire à nous frotter l’entrejambe contre les jambes d’inconnus dans la rue.

La frustration étant là, comment s’y prendre pour la gérer ? Chacune a son petit truc, de la masturbation aux sextos en passant par le sexcam, envois de photographies, de SMS suggestifs… D’autres se sentent mal à l’aise en agissant de la sorte. En privé, une madmoiZelle m’a expliqué pourquoi elle n’aimait pas utiliser Internet et son forfait de téléphone pour pratiquer le sexe à distance :

« En fait, je crois que je ne supporte pas le sexe par Internet ou par téléphone parce que je ne parle généralement pas pendant l’acte : pas que ça me dérangerait, c’est juste que quand je vis le truc à fond, je ne pense pas à parler. Du coup, ça me fait tout drôle d’essayer de raconter à mon copain ce que je suis en train de faire et ce que je lui ferais s’il était en face de moi. Ça ne me paraît pas naturel, surtout parce que je ne sais pas mettre des mots sur mon plaisir, je me contente de le prendre tout court. Je suis monotâche, en somme. Bon et puis de toute façon, ça m’empêche pas de me toucher le dragibus de mon côté, tout va bien. »

En lisant les réactions des lectrices, une expression utilisée par une d’entre elles m’a frappée : « l’acceptation de la frustration ». Peut-être bien que c’est la clé pour supporter sa relation à distance sans se mettre à avoir l’entrejambe qui cuit comme si on le passait au barbecue. Car la masturbation, le plaisir en solo, le sexe par correspondance c’est une chose, sentir le corps de l’autre contre le sien en est une autre, comme le résume cette lectrice : « Je ne peux pas pallier la frustration parce que si je suis frustrée c’est de ne pas pouvoir faire l’amour avec lui et pas simplement de faire des choses sexuelles« .

relation-distance-barbecueAprès quatre mois d’abstinence, sa rondelle prit feu.

Et si la frustration de sentir le corps de l’autre contre le nôtre se transformait avec le temps en frustration de sentir un corps contre le sien – n’importe lequel ? Et si, en d’autres termes, la frustration sexuelle engendrée par la relation à distance menait à l’infidélité ? Sachant qu’à distance, dans un environnement que l’autre ne connaît pas, ce petit écart serait bien facile à garder pour soi, la tentation peut être grande pour certains. En faisant quelques recherches sur Internet sur le sujet de cet article, je suis tombée sur un billet très décomplexé à ce sujet :

« On reste quelques mois dans un pays où personne ne vous connaît et où personne ne racontera rien à qui que ce soit en dehors de la frontière. Alors quoi ? Se laisser aller un soir ?! Une semaine ?!

Tout le monde est différent. Il faut juste savoir comment réagira votre conjoint. Si elle vous aime et que vous l’aimez soit :

  • vous lui racontez tout et vous avez une longue discussion pour un final dans les draps (ben oui, vous vous aimez tous les deux « intensément » à la base. Pas besoin de se quitter si on a une énorme symbiose entre nous).
  • Vous gardez tout pour vous. C’était en Espagne, au Canada, à Cuba (ou dans une autre région, note de BLB). Je pense qu’on peut tous avoir une ou plusieurs aventures dans chaque pays (tant que vous êtes protégé-e-s !). J’en ai fait l’expérience. Dans les 2 sens: j’ai été « trompé » à l’étranger par une amie. Et plus tard, durant une autre relation, je suis parti en Italie et j’ai pu y découvrir les légères faiblesses que sont les faits de s’attacher avec son entourage, de créer des liens et remarquer qu’il y a aussi de fortes personnalités. »

(Ce qui est rassurant pour les monogames et celles d’entre vous qui n’envisagent pas la possibilité de passer un pacte avec l’autre pour aller voir ailleurs de manière purement charnelle, c’est que toutes les lectrices qui ont répondu à mes questions ont eu l’air d’avoir su tenir le coup, malgré la distance.)

Pour résumer, on pourrait dire que le plus gros souci de la sexualité à distance réside dans le fait que tout est plus ou moins planifié. Certaines personnes dans cette situation ont de ce fait l’impression que leur sexualité perd un peu de sa spontanéité, qu’on peut moins débarquer chez l’autre en sous-vêtements sous un trench, qu’il est gênant de ne pas avoir la possibilité de pouvoir faire un détour en rentrant du travail pour prendre sa dose. Que parfois, quand on a seulement quelques heures pour profiter de l’autre, on ne ressent pas spécialement de désir, car il n’y a rien de moins mécanique que le sexe.

Ce qui est sûr, c’est que cette situation a ces avantages : ça permet pour certaines de consolider leur relation, ou à d’autres de devenir plus indépendantes… Ce qui est sûr, c’est que chaque couple est unique, a sa façon de pallier le manque physique de l’autre, ses petites méthodes pour durer. Que pour certain-e-s, comme en a témoigné une lectrice, la communication n’en est que meilleure car à force de discuter par téléphone et par mail pour combler le manque de l’autre, on se dévoile peut-être un peu plus, ou en tout cas autrement. Tout est possible après tout : chaque couple doit avant tout oeuvrer pour trouver son équilibre sexuel, que ce soit à distance ou quand on vit l’un à côté de l’autre.

(Et pour une bonne comédie romantique très drôle à ce sujet, regardez donc Trop loin pour toi !)

Big up
Viens apporter ta pierre aux 23 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • Lalielalou
    Lalielalou, Le 12 juillet 2014 à 0h51

    Bon ben cet article était fait pour moi je pense (nombril nombril nombril). Sérieusement, il décrit vraiment ma vie, puisque j'ai vécu 2 ans et demi en couple à distance (Madrid puis Bordeaux - Dijon), et que je suis toute fraîchement en couple de nouveau, sachant que dans un mois et demi je pars un semestre au... Canada. Je suis maudite. :mur: Je voudrais plutôt parler de la relation en distance en général, pas que du cul, mais pas trouvé d'article assez récent, bref si vous en avez rien à battre pas de souci, passez votre chemin je vous en voudrais pas ;)
    J'aimerai surtout donner mon avis pour les filles qui envisagent de partir en Erasmus par exemple, pour leur parler de mon expérience.
    Concernant ma première histoire, c'était mon premier grand amour avec un grand A un grand M un grand O un grand U... (vous avez compris je crois) Ca a commencé en juin, donc tout l'été en mode bisounours qui ont mangé des arc-en-ciel, bouches collées H24 (si si on peut se nourrir, mais liquide et à la paille !). :pelle: Il faut dire qu'on savait que j'allais partir en septembre à Madrid, 1400 km (approximativement). Tout au long de l'année précédente, j'étais fine excitée par l'idée de cette année à l'étranger, je pensais me faire tout plein d'espagnols bronzés, fiestas toute la nuit, bref le cliché rêve qu'on te vend concernant l'Erasmus, qui plus est en Espagne ! :danser:
    Et puis il a débarqué, j'ai découvert ce que c'était vraiment que de vivre d'amour, d'eau fraîche et de pâquerettes, et du coup l'Espagne vendait un peu moins du rêve (et puis il fallait trouver du dissolvant assez fort pour nous décoller, chose peu aisée). Et là, je me suis dit que sérieux, c'était bien le moment de trouver l'amour de ma vie maintenant, après l'avoir cherché longtemps et avoir finalement abandonné en attendant les hypothétiques espagnols, que j'étais vraiment pas aidée par la bitch vie, crotte de bique. (comme quoi, quand on cherche pas, on trouve)
    L'année en Espagne c'est finalement mieux passée pour mon couple que pour mon Erasmus ^^, vu que toute ma bourse est passée dans les billets d'avion low-cost (Easyjet tu es mon dieu :worthy:), que je rentrais ou que lui venais tous les deux week-ends. Résultat, il a foiré sa licence, et je me suis presque pas fait de potes et n'ai rien vu de l'Espagne ! Bon, j'exagère un peu, j'ai quand même vécu des bons moments et je suis depuis bilingue en espagnol, mais j'avais bien plus la tête en France qu'en Espagne. Mais avec du recul, je ne regrette pas mon choix, j'ai vécu une très belle histoire et cette année a peut-être été la meilleure avec lui. Si je l'avais moins vu, on se serait certainement séparés vu que c'était encore le début, ou j'aurai grave déprimé.
    Ensuite il y a eu une année et demi sur Bordeaux, où on se voyait presque moins qu'à Madrid (va comprendre les compagnies aériennes deux fois plus chères pour des trajets deux fois moins longs WTF). Finalement, au bout de 2 ans et demi de relation à distance, on s'est séparés, mais pas forcément à cause de la distance, plus pour des raisons profondes d'aspiration, de comment on envisageait le futur (résolument pas de la même façon, lui voulant rester pépère et vivre dans un rayon de 10km maximum proche de ses potes, et moi voulant voyager à travers le monde... Difficile d'envisager d'acheter une baraque ou d'avoir des enfants ensemble dans ces conditions).
    Mais ce qui me blase le plus, c'est que je suis exactement en train de reproduire le même schéma aujourd'hui, alors que je m'étais promis qu'on ne m'y reprendrai plus : j'ai trouvé quelqu'un qui me plaît énormément en juin, et je pars le 26 août au Québec, ce que j'avais planifié quand j'étais encore célibataire (Moi d'il y a sept mois si tu m'entends, tu es une quiche:slap:). Donc je le verrai pas pendant 4 mois, ou si on a de la chance (et des sous), avec une visite au milieu. La frustration va revenir, et j'ai peur de ne pas profiter de ce voyage comme j'aurai pu le faire en étant célibataire. Bref, je suis abonnée aux histoires à distance. Malgré mon expérience espagnole, je me dis que même 2 MOIS C'EST SUPER MEGA LONG. Et je suis d'accord avec les autres commentaires : toucher l'autre, être dans ses bras, l'avoir contre soi, toutes les sensations tactiles sont ce qui manque le plus selon moi. Mais le sexe aussi, même si comparé aux gestes d'affection décrits plus haut c'est secondaire, toujours selon moi.
    Franchement j'envie les filles qui peuvent voir leur copain tous les jours, et même vivre avec. Pour moi c'est juste matériellement pas possible, et CA M'ENERVE !!! (mais bon j'ai la chance de pouvoir voyager et de découvrir des endroits super cools sur la planète donc je ne vais pas trop me plaindre quand même) :chat:

Lire l'intégralité des 23 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)