Comment je me suis réconciliée avec Tavi Gevinson

Le nom de Tavi Gevinson vous dit peut-être quelque chose (ou alors pas du tout, c’est tout à fait probable). Il s’agit d’une jeune blogueuse mode qui a commencé à se faire connaître vers l’âge de 12 ans par le biais de son blog The Style Rookie. Très vite, elle s’est vue ouvrir des portes […]

Comment je me suis réconciliée avec Tavi Gevinson

Le nom de Tavi Gevinson vous dit peut-être quelque chose (ou alors pas du tout, c’est tout à fait probable). Il s’agit d’une jeune blogueuse mode qui a commencé à se faire connaître vers l’âge de 12 ans par le biais de son blog The Style Rookie. Très vite, elle s’est vue ouvrir des portes réservées à l’élite absolue, tout le monde s’est mis à parler d’elle… et nous avons été nombreux à critiquer la particularité de son style.

J’ai commencé – comme beaucoup – par tailler Tavi. “Hahaha la meuf elle a 12 piges, elle s’habille comme un troll de 86 ans et elle se prend pour la future Anna Wintour”. Comment pouvait-on idolâtrer une enfant et la placer aussi haut, aussi tôt ? J’allais donc faire un tour régulièrement sur son blog, afin de trouver un peu plus de raisons de me foutre de sa gueule. Ça a duré un temps, 3 mois, pas plus, avant de passer à autre chose. Sans pour autant prendre conscience du fait que j’étais une jeune femme de 20-et-quelques-années qui se foutait de la gueule d’une gosse.

Hum ? Plait-il ? Qui me parle ?

Puis j’ai compris la raison principale de ce foutage de gueule : c’était simplement une forme de jalousie. Je devais avoir 20 ou 21 ans à l’époque de la découverte de Tavi, je ne savais pas du tout où j’allais ni ce que j’allais/voulais/devais faire de ma vie. À douze ans, elle en savait plus que moi. J’ai commencé à lire les articles qui accompagnaient les photos dont je me moquais, tout en effectuant une petite comparaison mentale.

Si je ne considère pas avoir été une débile mentale à 12 ans, il est clair que j’étais loin d’avoir le niveau de maturité que semble avoir atteint Tavi. Je me suis revue à son âge, avec ma chambre qui ne ressemblait à rien, moitié chambre d’enfant, moitié chambre d’ado (mais d’une autre décennie, tout était mélangé). Je n’avais pas de “style”, je lisais les magazines féminins comme un athée lirait une Bible – j’essayais de comprendre ce que les autres pouvaient bien y trouver. Je n’y pigeais rien, les garçons ne me voyaient pas, j’étais incapable de me coiffer, me maquiller, accorder les couleurs, dessiner mes sourcils, et je ne m’épilais pas. Entre mes 12 et mes 16 ans, j’ai stagné dans un entre-deux enfance/adolescence et j’ai l’impression d’avoir raté quelque chose.

Ce même quelque chose que je retrouvais sur le blog de Tavi. La lecture de ses posts me plongeait dans une espèce de mélasse mélancolique et faisait apparaître tout un tas de regrets dont j’ignorais l’existence. Je m’en suis donc protégée de la meilleure façon qui soit : en la tournant au ridicule et en me foutant ouvertement de sa gueule.

Depuis, j’ai fait la paix avec Tavi. Après lecture de plusieurs de ses contributions à divers magazines web féminins, j’ai accepté le fait que son esprit critique et que sa vision du monde extérieur, ainsi que sa “condition” de femme/adolescente soient plus développés que les miens au même âge.

Son discours sur la SlutWalk (“la marche des salopes”, manifestations féminines qui se répandent un peu partout, et qui répondent aux propos d’un flic suite à l’agression sexuelle d’une victime qui a dit que “pour être en sécurité, les femmes devraient éviter de se fringuer comme des trainées”) est tempéré, posé, réfléchi, et reste malgré tout celui d’une jeune ado de 15 ans. J’en aurai 24 le mois prochain et je ne sais toujours pas ce que je pense des SlutWalks (je ne vois pas ça comme un mal, j’ai arrêté de m’inquiéter à chaque fois que je peine à me forger une opinion sur un sujet délicat). Elle contribue à plusieurs magazines, papier et web. Elle a une page Wikipedia (consécration ultime, comme nous le savons tous). On la retrouve dans diverses éditions de Vogue.

Et la dernière nouvelle en date, c’est qu’elle prépare un bouquin. Une espèce de pêle-mêle dans l’esprit “journal”, avec des tutos, des conseils, des textes divers… Tout ça à l’âge de 15 ans.

On pourrait débattre sur la question “doit-on vraiment encourager les adolescents à se pavaner sous les projecteurs lorsqu’on estime qu’ils ont un certain talent ou vaut-il mieux attendre l’âge adulte ?”. Beaucoup auront le réflexe de dire que Tavi Gevinson est bien trop jeune pour faire tout ce qu’elle fait aujourd’hui – bien qu’elle semble tout à fait capable de mener sa vie d’adolescente non-typique en même temps que sa vie de blogueuse. Elle est accompagnée lors de ses déplacements, elle ne semble pas être livrée à elle-même, mais il est clair qu’elle n’a pas une vie banale.

Alors, faut-il encourager les jeunes talents ? Ce qui est sûr c’est que Tavi nous rappelle qu’il faut toujours fouiller un peu avant de se mettre à juger. Ses mots sont bien ceux d’une adolescente, mais une à forte tête, une qui sait peut-être un peu mieux que les autres ce qu’elle est, ce qu’elle veut, et ce qu’elle sait faire… du moins pour le moment. Les choses changent vite, surtout à cet âge, mais j’ai quand même l’impression qu’elle a bien la tête sur les épaules.

Pourvu que ça dure.
Quant à moi, je ne me moquerai plus jamais d’une petite fille sous prétexte qu’elle s’habille différemment. C’est le genre de chose qu’on nous apprend dès la primaire, mais je suis bien la preuve que ça peut revenir se manifester à n’importe quel âge.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Madame-reve
    Madame-reve, Le 19 juin 2012 à 20h15

    Hé bé moua... à 12 ans, je ne lisais pas de magazines, ne m'épilais pas les sourcils, mes copines me mettaient la pression pour que j'embrasse mon premier amoureux, je jouais encore dans les bois à côté de chez mes parents, je matais des dessins animés (encore aujourd'hui) et me battais contre mon frère pour la télécommande, je ne savais pas ce que j'allais faire plus tard (toujours pas d'ailleurs) et j'étais naïve !!
    Et bien... Je suis bien heureuse d'avoir eu cette préadolescence !
    Pas jalouse de cette petite demoiselle cependant un peu triste... Chacun ses loisirs et surtout selon sa génération, cela m'effraie tout de même un peu mais bon... qu'est ce que l'on y peut ?!

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