De la psychorigidité au quotidien

N'est peut-être pas psychorigide que votre mamie qui râle pour un canapé déplacé (alors que toute la famille est d'accord pour dire que c'est plus logique et que ça laisse plus de place devant la télé),

De la psychorigidité au quotidien

Publié initialement le 4 avril 2011

N’est peut-être pas psychorigide que votre mamie qui râle pour un canapé déplacé (alors que toute la famille est d’accord pour dire que c’est plus logique et que ça laisse plus de place devant la télé), votre meilleure amie stressée parce qu’elle a oublié son parapluie à la maison (tandis que Météo France prévoit de toute façon du soleil sur tout l’hexagone) ou votre paternel agacé de voir sa place de parking préférée occupée (alors qu’il y en a une beaucoup plus pratique, encore plus près de la sortie). Vous n’êtes vous-mêmes peut-être pas aussi cools et détendus que vous le pensez. Encore faut-il en être conscient : il semblerait bien que la psychorigidité est un défaut toujours plus probant chez les autres.

Ce que j'essaye de t'expliquer, cher coloc, c'est qu'à l'avenir il faudrait que tu penses à mettre de l'anti-calcaire après chaque vaisselle, sinon ça fait des traces sur l'évier. MERCI

Mais réfléchissez-bien : qu’est-ce qui vous obstine déraisonnablement et vous hérisse le poil alors que relativiser avec calme et discernement vous soulagerait ? Nous sommes tous psychorigides.

1. Partir de chez moi le matin sans avoir eu le temps de faire mon lit…

… suffit à me gâcher la journée. Dans le métro, la vision d’horreur de mes draps encore défaits me hante : les oreillers n’ont pas été secoués, la couette traîne encore à moitié sur le sol, le lit n’est pas bordé et le couvre-pied est encore roulé en boule.

J’ai au moins le temps de 10 stations de métro et d’un boulevard remonté pour éventuellement arrêter d’être agacée, mais la plupart du temps, je vis le fait de ne pas avoir eu le temps de faire mon lit le matin comme un véritable échec. Ma frustration est comparable à celle des passionnés de jeux vidéos qui ont passé un niveau sans rafler toutes les « vies » (chez moi, faire son lit est le premier checkpoint d’une journée réussie).

Mon visage renfrogné rappelle celui des superstitieux qui ont eu le malheur de se lever du pied droit. Et l’idée de savoir que ce soir, je vais retrouver un lit défait en rentrant chez moi, m’exaspère. Je suis convaincue que mon sommeil sera altéré, moins confortable, moins paisible. Je crois dur comme fer que mon lit sera moins moelleux, moins douillet, moins « neuf ».

Je suis donc aussi blasée que cette fois où on m’a obligé à boire du café froid toute la journée (bon OK, personne ne m’a jamais obligé à ça en fait, mais c’était pour vous donner une idée des nuages bas de mon moral ces jours là).

D’où cette étroitesse d’esprit me vient : mon papa est allergique aux acariens, alors à la maison quand j’étais petite, ma maman nous obligeait à toujours prendre l’habitude d’aérer nos chambres et de faire nos lits, de façon impeccable.
L’astuce : prendre ses dispositions. Et par « prendre ses dispositions », j’entends : amputer de 5 minutes le moment où vous rêvassez en pyjama devant vos tartines la tête dans le cul. Employer ces 5 minutes à faire le lit.
Le comble : je n’ai pas le même raisonnement avec ma garde robe, que je retourne littéralement tous les matins quand vient le moment de m’habiller. Oui, à 16 ans, j’ai arrêté de choisir mes vêtements la veille et de les poser sur son bureau avant d’aller me coucher. Merci la crise d’adolescence.

2. Toucher, par mégarde, la barre du métro…

… alors que ça fait au moins 10 minutes que je joue l’équilibriste sur la ligne 2. C’est d’ailleurs un des points communs partagés avec mon copain : on a tous les deux la hantise de toucher ce nid à bactéries.

Je repense à cette anecdote qu’il m’a raconté – cette fois où il était dans le métro, à tanguer à cause de l’instabilité de la rame, et ce pote à côté qui lui dit « bah pourquoi tu tiens pas la barre ? », lui qui rétorque « tu parles bien de ce truc comportant tous les microbes de Paris ? » et tous les gens qui avaient leurs mains solidement accrochées à la barre, l’ont brusquement retirée, la moue unanimement dégoûtée.

Parce que oui, on le sait tous : ces tiges métalliques ont beau vous permettre de ne pas vous casser la gueule quand la rame s’arrête à Bastille, elles restent le terrain de jeu préféré de toutes les bactéries de la ville. Le trinôme S-S-S, vous savez : sang, salive, sperme. Pipi et caca aussi, mais je ne précise même plus, vu que c’est un classique.

(NDFab : madmoiZelle décline toute responsabilité en cas de maladies contractées par nos lectrices hypocondriaques – BISOUS :))

D’où cette étroitesse d’esprit me vient : probablement un reportage un peu alarmiste regardé à l’adolescence, période ingrate où s’installent et se crystallisent une grosse partie des postulats que tu prendras pour vérité générale toute ta vie.
L’astuce : se balader avec un gant Mapa dans le sac.
Le comble : j’ai l’air d’une maniaque de la propreté ? Le samedi soir entre 2 et 4h du matin, je suis la première à boire au goulot des bouteilles des copains. « Lequel d’entre vous a une gastro, on disait ? »

Choisis tes gants en fonction de ta tenue du jour !

3. Trouver mon frigo en bazar…

… et quand je dis en bazar, je ne dis pas complètement sens dessus-dessous après une soirée la veille qui s’est soldée par un carnage de potes éméchés et affamés. En vérité, je dis assez facilement de mon frigo qu’il est mal rangé : ma définition de l’armoire froide bien ordonnée est très stricte. Ainsi, pour moi un frigo bien rangé, c’est un frigo qui coordonne méthodique classification par type de produits (desserts / viande / légumes / sauce / etc) et méticuleux respect de la méthode FIFO (vous savez, celle qui préconise de placer à portée de mains les denrées périssables, et au fond du frigo et plus difficilement attrapables, celles que vous pouvez encore attendre de consommer).

Ne pas déroger à ces 2 règles rend assez fastidieux le rangement de mes courses quand je reviens du supermarché, mais c’est presque devenu un jeu, un espèce de Tetris agro-alimentaire : OK le brie que je viens d’acheter, je le pose derrière le camembert, et les aubergines, au-dessus des tomates fraîches, et les Danette je les mets avec les crèmes brûlées, mais derrière, mais du coup j’ai plus de la place pour la crème fraîche ? Alors je la colle avec le pesto, que je mets derrière la sauce curry que je mets devant la sauce arabbiata, et bam, j’ai de la place pour les oeufs ici.

D’où cette étroitesse d’esprit me vient : mon amour pour tout ce qui est comestible. J’adore cuisiner, je mets donc un point d’honneur à ce que ma cuisine soit l’espace le plus fonctionnel possible.
L’astuce : retourner vivre chez ses parents et les laisser gérer la géopolitique du frigo (NON JE DÉCONNE), avoir toujours un frigo vide et manger au Burger King tous les soirs (JE DÉCONNE, MAIS DÉJÀ MOINS).
Le comble : je n’ai pas du tout le même raisonnement pour la salle de bain, qui est une espèce de caverne d’Ali Baba un peu névrotique où vernis à ongles mal refermés, sautoirs emmêlés et bouteilles de parfum vides cohabitent dans une cité cosmétique prête à craquer.

4. Frôler la cuvette…

WC-ment parlant, je suis du genre sédentaire. Autrement dit, j’évite dans la mesure du possible d’aller aux toilettes quand je ne suis pas chez moi. Le truc terrible pour moi : frôler la cuvette alors que je me donnais beaucoup de mal à maintenir une distance de sécurité entre le plastique et mon doux fessier. Ahh, comme ça a le don de me rendre hystérique !

Et voilà que j’imagine avec effroi la personne avant moi étaler son caca sur le bord des toilettes comme du Nutella sur une tartine, ah me voilà qui pense à son énorme et irréversible diarrhée nettoyée avec honte et empressement, et avec ces visions de poésie, l’image d’une armée de microbes de particules de caca super dégoûtants prenant d’assaut ma peau si douce et fragile.

Et bien sûr, pour rendre plus cinématographique l’affaire, j’associe ces microbes aux petits monstres personnifiés du dessin animé Il était une fois la vie, je compare l’épidémie au virus dans l’Armée des 12 singes et la lutte entre les forces du bien (mon corps propre) et les forces du mal (le cul très sale de la personne m’ayant précédée) me fait immanquablement penser aux grandes batailles dans Le Seigneur des anneaux.

D’où cette étroitesse d’esprit me vient : quand j’étais petite et qu’on voyageait dans des pays « en voie de développement » avec mes parents, j’ai toujours détesté devoir faire pipi dans des toilettes turques, avec l’obsession de me faire sur mes sandales ouvertes. Cette hantise des WC m’est restée depuis, cuvette dans une brasserie à Paris ou WC à la turque sur l’autoroute du Soleil, peu importe.
L’astuce : prendre la peine de déposer tout le long de la cuvette des bouts de papier toilette, et se laver les mains au SHA en partant.
Le comble : des fois, je me surprends à faire la même chose chez moi.

Vu les fautes d'orthographes de ce truc, c'est plutôt "les solution alcoolique" tout court :)

5. Avoir « un ordinateur bordélique »

C’est un peu le paradoxe pour toute personne travaillant principalement sur son ordinateur : le bureau n’est plus cette planche de bois à 4 pieds devant laquelle vous êtes assis, le bureau devient alors surtout cette interface qui vous sert d’écran principal sur le MacBook.

Au fil de mes piges, j’ai appris à faire de mon rangement 2.0 une priorité. Tous mes e-mails sont donc minutieusement classés par libellés : un libellé par média, un libellé pour les invitations de vernissage et de projo presse, un libellé pour chaque label de musique, etc.

Cette classification m’obsède littéralement : je commence toutes mes journées par l’updater… et le soir, je ne referme mon ordi qu’après l’avoir re-vérifié une énième et dernière fois.

Sur le même raisonnement, j’ai un nombre incalculable d’onglets Safari qui séparent « mes blogs à checker » de « mes articles à lire » de « mes liens de revue de presse » de « mes outils de traduction en ligne » de « mes pages tuto de HTML pour les nuls » de « mes recettes à tester » de « mes différentes interfaces de mise en ligne » et ainsi de suite.

Et encore, je vous épargne une dissertation sur ma classification de contacts sur Skype et iChat et les groupes secrets sur Facebook que je partage avec des collègues façon franc-maçonnerie.

D’où cette étroitesse d’esprit me vient : la déformation professionnelle ! Ma peur de passer à côté d’un vernissage bien, d’oublier un RDV ou de ne pas répondre à un mail important m’oblige à cette organisation étrangement rigoriste. Probablement un restant de ma scolarité de première de classe.
L’astuce : avoir un assistant. Enfin, assistant d’une jeune journaliste – étudiante fauchée, je vous dis pas le statut précaire. Faudrait surtout que cet assistant soit amoureux de moi, en fait.
Le comble : quand mon Mac est aussi rangé que les archives de la BNF, mon VRAI bureau, lui, est toujours un capharnaüm sans nom, véritable cimetière de pots de yahourt vides, miettes de gâteaux et bouteille de Sprite dégazé.

Allez, maintenant c’est à vous de jouer ! Trouvez moi 5 traits de psychorigidité chez vous. Qu’on se fasse une session psychanalyse, tous ensemble !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Charuru
    Charuru, Le 30 août 2011 à 0h37

    @creezzy, mlle-stouf a tout bien expliqué tu vas plus vite en marchant dans les escalators que par les escaliers.

    Et ca me fait surtout rager pour descendre et qu'à cause de moules je rate mon tram.

    Moi c'est le contaire y a tout le temps foule dans les escalators et donc autant pour monter j'avoue je fais ma moule (à droite) autant pour descendre j'aimerais que les gens se mettent à droite pour me laisser passer ^^

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