LaPrimaire.org donne vie au rêve de la démocratie participative

Parfois (souvent ?) Esther râle à propos de la politique. Mais parfois aussi, il y a des projets qui lui donnent un peu le sourire. Et c'est le cas de tout ce qui touche à la démocratie participative, comme Laprimaire.org !

LaPrimaire.org donne vie au rêve de la démocratie participative

Mise à jour 9 novembre 2016  C’est un peu triste l’actualité ce matin, non ? Est-ce qu’on se sent un peu impuissant•es et déprimé•es ? Moi aussi j’ai failli repartir me coucher et épouser ma couette. Mais en fait non, parce que peu importe ce qu’on dise, on peut toujours trouver des initiatives qui nous redonnent le sourire.

Et si, il y a une bonne nouvelle et un petit espoir pour la démocratie cette semaine. Les résultats du 1er tour de laprimaire.org sont tombés, après que les votes se soient déroulés du 26 octobre au 6 novembre !

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Très exactement 53 383 personnes se sont prononcées sur les 12 candidat•es en lice, pour en faire émerger 5 qui participeront à la finale qui aura lieu en décembre. Alors qui sont les heureux élus ?

  • 1ère position : Charlotte Marchandise
  • 2ème position : Nicolas Bernabeu
  • 3ème position : Roxane Revon
  • 4ème position : Michel Bourgeois
  • 5ème position : Michaël Pettini

Eh ouaaaaaais guys, malgré ce que peuvent laisser penser les élections américaines, quand on laisse des gens s’exprimer dans un cadre de démocratie participative devinez quoi ? On parvient à faire passer une femme en tête, et on parvient même à en faire passer 2 dans le groupe final !

Si vous voulez vous engager pour un monde meilleur, car c’est encore possible, les cinq candidat•es s’embarquent pour un tour de France afin de vous rencontrer à Rennes, Nantes, Lille, Toulouse, Bordeaux, Strasbourg et Lyon jusqu’au 13 décembre.

— Article initialement publié le 9 octobre 2016

J’ai 21 ans. 21 ans, ça veut dire que j’ai déjà voté. En revanche, jamais pour une élection présidentielle. Ce sera la première fois dans quelques mois, et pourtant je n’ai pas le cœur à la fête à cette idée là. Et je suis loin d’être dépolitisée.

Ce qui me désespère un peu, de temps en temps, c’est qu’on me dise que les gens de mon âge ne votent pas. Est-ce que ça veut dire qu’ils ne s’y intéressent pas ? Est-ce que ça veut dire que je suis la seule à trouver encore des raisons d’y croire et à avoir la force de voter « par défaut » plus souvent que par adhésion ?

Mais non, car d’autres ont des idées ! Laissez-moi vous présenter David Guez, avocat, s’est associé à son ami Thibaut Favre pour créer laprimaire.org et donner vie à la démocratie participative. Ils n’ont jamais été engagés en politique, mais eux aussi, ils en avaient assez à chaque élection « d’y aller à reculons, d’avoir le sentiment de choisir entre la peste et le choléra, de voter pour le moins pire au lieu de voter pour le meilleur. »

« C’est à dire qu’on avait une pyramide à l’envers : en bas, un petit nombre de personnes, dans les partis, qui choisissent leur candidat et leur programmes selon leur propre règles — au hasard le clientélisme, la stratégie politicienne. Et ils markettent ça au citoyen qui est en bout de chaîne, passif.

Nous, on veut un changement de paradigme pour remettre le citoyen à la base, remettre la pyramide à l’endroit. Les citoyens acteurs vont choisir des candidats, co-construire un programme puis désigner ceux qui vont porter ces projets là. Tout en assurant un monitoring, par la suite, sur ce qui a été fait, ou pas, et pourquoi. »

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Concrètement, ça se passe comment ?

Organiser une primaire citoyenne pour faire émerger un talent inconnu.

L’idée, c’est d’organiser une primaire citoyenne, qui ferait émerger un talent inconnu jusqu’alors, pour porter un programme politique. Presque une présidentielle des Français•es, en quelques sortes, en utilisant le web pour des raisons de coûts et d’accessibilité.

« La primaire a ouvert le 4 avril. Chacun pouvait se porter candidat ou proposer le nom d’une autre personne. Pour se qualifier, il fallait 500 soutiens citoyens. »

16 candidat•es ont émergé de cette première étape, mais seulement 5 seront présents dans la phase finale. En attendant, une phase intermédiaire se déroule pour faire émerger le plus d’idées possibles :

« On demande aux citoyens de commenter les programmes qui sont publiés sur la plateforme Medium et on organise des cafés citoyens. […] Ils peuvent donc apporter leurs idées et c’est à charge pour les candidats de les intégrer dans leurs programmes — ou non, car ils sont libres. »

À partir du 21 octobre, tou•tes les citoyen•nes inscrit•es sur la plateforme — 63 619 au moment où j’écris ces lignes — seront invité•es à voter pour sélectionner les 5 finalistes selon le mode du scrutin majoritaire. S’engagera ensuite une phase d’échange entre les citoyen•es et ces cinq candidat•es choisi•es, avant de procéder au vote final qui aura lieu en décembre, selon le même mode de scrutin au jugement majoritaire.

Le scrutin au jugement majoritaire, qu’est-ce que c’est ?

Ce système de vote a été développé par deux chercheurs français, Rida Laraki et Rida Balinsky, qui estiment que c’est le mode de scrutin le plus proche des citoyens et la représentation de leurs intentions.

Il y a deux principales caractéristiques de ce type de scrutin. La première, c’est que l’on vote en notant les candidat•es, par exemple sur une échelle de -1 (« à rejeter ») à 5 (« excellent »). C’est ensuite le ou la candidat•e qui obtient la meilleure médiane (autant de votes au dessus que de votes en dessous) qui est retenu•e.

La deuxième, c’est qu’on ne se prononce pas sur les 16 candidats, mais sur un lot de cinq. Ces lots seront créés de manière aléatoire, il y en aura autant que d’inscrits sur la plateforme au 21 octobre. Ce système permet plusieurs choses selon David Guez :

« C’est fait pour gommer la notoriété de quelqu’un qui aurait déjà un réseau. Quand on a conçue la plateforme on pensait par exemple à Dieudonné qui viendrait avec 10 000 de ses supporters, et qui serait donc sûr d’être qualifié. Ça casse l’effet notoriété car ça dispatche les lots entre tous les citoyens ! Mais on assure à chaque candidats d’être vu et de recevoir un nombre de « notes » équivalent.

C’est donc une égalité parfaite, qui grâce au nombre de votants permet aussi de gommer toutes les petites stratégies de type « je mets 5 à mon candidat, et -1 à tous les autres »

L’autre avantage, c’est que ça évite les système mafieux d’utilisation des fichiers, ou l’achats de votants. »

Est-ce qu’on est sûr•es que ce ne soit pas une arnaque ?

La transparence est le mot d’ordre : tout est accessible sur le site, des dépenses aux votes anonymisés.

David Guez et Maxime Favre travaillent à plein temps, bénévolement sur le projet. Ils sont épaulés par une équipe de bénévoles qui aide de temps en temps, et facturent certaines prestations, notamment en termes de communication, financées grâce aux dons et qui sont toutes indiquées sur le site internet.

Ils ont choisi de créer leur initiative sous la forme d’une association pour éviter les déboires des partis, mais ils ont dû se résigner à créer un parti politique pour des raisons légales :

« Un•e candidat•e à la présidentielle doit déposer des comptes de campagne dans lesquels doivent figurer les dépenses, notamment les dépenses de primaires. Mais ne peuvent financer cela que des citoyens qui ont un parti politique. Donc le faire avec une association loi 1901 aurait été un financement illégal.

On a donc créé un parti qui s’appelle la primaire.org. […] C’est un parti qui est prévu pour s’auto-dissoudre dans 2 ans, pour bien montrer que ce n’est pas un énième parti, on l’a créé à échéance juin 2018 (ndlr : c’est à dire une fois que les comptes de campagne auront été approuvés). »

Pour être sûrs de ne pas influencer le processus, ils ont aussi fait le choix de s’interdire de se présenter :

« Ce qu’on veut c’est porter un projet pour la société, impacter le débat d’idée pendant la présidentielle, que les candidat•es se positionnent par rapport à ça, pas entendre qu’on a fait ça pour nous. »

Utopie ou projet ancré dans la réalité ?

Alors c’est bien joli tout ça, mais dans les faits, est-ce que c’est réalisable ? Lorsqu’on lui pose la question, David Guez évoque la première question cruciale, celle des parrainages :

« Le succès, c’est de pouvoir vraiment présenter le candidat, d’obtenir les 500 parrainages d’élus nécessaires. […]

Donc on va s’appuyer sur la multitude, demander aux citoyens d’aller voir leurs maires, avec deux niveaux : d’abord leur demander s’ils sont intéressés par l’initiative […] puis une fois qu’on aura le candidat s’ils sont prêts à le soutenir. On va mettre en ligne un petit kit pour les aider dans la démarche. »

Il estime donc que dès lors que cette étape sera franchie, ce sera déjà une victoire. Ensuite, on verra :

« Ca peut être complètement utopiste, paraître à la fois logique et illogique, mais en même temps selon notre raisonnement, cette primaire c’est un vrai premier tour. En faisant émerger des gens plus empreints de démocratie participative, on peut essayer de mettre en place des choses, comme par exemple le référendum d’initiatives citoyennes, ou bien changer la donne sur le thème des parrainages pour être candidat à la présidentielle : aujourd’hui c’est 500 grands électeurs, pourquoi ne pas dire 5000 citoyens à la place, même si je dis ça au hasard ?

L’idée c’est d’instituer un peu plus d’horizontalité […] et plus de transparence. »

En voyant cet enthousiasme — et en se sentant soi-même enthousiasmée — une question vient tout de même à l’esprit. Et le spectre de 2002, si cette candidature supplémentaire venait à diviser les voix des partis traditionnels et à amener le FN au second tour ?

« Je ne crois pas à l’entre-deux : si on fait un mauvais score, on fera un demi pourcent. Et si on fait un bon score on va taper du 15 ou du 16% et on va au deuxième tour. […] Enfin peut-être que je me trompe complètement.

Mais si jamais on fait 7%, faut pas nous mettre sur le dos le passage du FN au second tour parce qu’on n’est pas responsables des dernières 40 années. Car si on regarde les deux grands partis, les Républicains et le PS, ça fait bien 20 ans qu’ils disent « Ne votez pas FN », mais les gars, proposez un vrai projet, dites ce que vous faites plutôt que de dire que les autres ce n’est pas bien ! »

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Si on se plaint d’une classe politique qui ne se renouvelle pas et qui ne nous inspire plus, c’est donc l’occasion rêvée de reprendre le pouvoir !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Hibourisson
    Hibourisson, Le 13 novembre 2016 à 18h47

    est-ce que quelqu'un veut aller au meetup "Rencontre & débat participatif à Paris avec les 5 candidat(e)s finalistes"? C'est le 18 novembre (vendredi prochain).

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