L’histoire de « L’autre pilule », qui sauve la vie des femmes, au coeur d’un docu ARTE [REPLAY]

Le RU 486 est le nom de la pilule abortive, « L’autre pilule » qui a permis aux femmes de mieux contrôler leur fécondité. Un excellent documentaire d’Arte, disponible en replay, retrace son histoire, aux accents douloureusement contemporains.

L’histoire de « L’autre pilule », qui sauve la vie des femmes, au coeur d’un docu ARTE [REPLAY]

Au début des années 80, un jeune chercheur du nom d’Étienne Baulieu met au point une molécule permettant d’inhiber les effets de la progestérone, l’hormone de grossesse féminine. Il développera une pilule capable d’empêcher l’action de cette hormone, en se fixant sur les récepteurs de la progestérone dans l’utérus. En conséquence, même si un ovule est fécondé, l’utérus est bluffé, et son contenu est expulsé. (Je résume !)

Mais entre la mise au point de cette molécule, la mifépristone, puis la pilule RU486, et sa mise sur le marché, il se passera de trop longues années. Pourquoi ? Le RU486 répondait pourtant à un problème médical : de trop nombreuses femmes mourraient des suites d’avortements.

Et c’est toujours le cas :

« Aujourd’hui dans le monde, une femme meurt toutes les huit minutes des suites d’un avortement clandestin »

Mais voilà, l’éthique de l’Homme est à géométrie variable. Autant contrarier le dessein du Divin ne semble pas trop perturber ces messieurs lorsque les progrès de la médecine permettent de prolonger la vie en ralentissant la progression d’une maladie, jusqu’à en débarrasser complètement l’organisme, autant Sa Volonté divine semble devoir être respectée sans souffrir d’exception lorsqu’il s’agit de la vie des femmes…

Dans le documentaire dont je vous parle aujourd’hui, le débat est bien recentré : la question n’est pas de savoir s’il faut ou non autoriser l’avortement. L’avortement est un fait : une femme qui ne veut pas mener une grossesse à terme se débrouillera pour ne pas mener cette grossesse à terme. Et en France, cette procédure est légale depuis la loi Veil, adoptée en 1975. Le débat ne porte donc pas sur la légalité de l’avortement, mais sur ses moyens de réalisation.

Dès lors, le développement du RU486 répond parfaitement à un besoin : celui de limiter le nombre de mortes des suites d’IVG.

Mais c’était sans compter sur les résistances de l’Église catholique, qui s’oppose farouchement à toute avancée médicale dans ce domaine. Comme le dira le professeur Baulieu lui-même :

« Nous sommes toujours à la merci d’un triplet d’idéologie, d’ignorance et d’inertie. »

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 « Idéologie, ignorance et inertie »

L’autre pilule, un combat pour les femmes est un documentaire qui revient sur le processus de développement du RU486, de sa mise au point jusqu’à sa commercialisation. Et ce qui choque dans ce film, ce ne sont pas les propos ni les actes d’une extrême violence perpétrés contre le professeur Beaulieu, le corps médical et les représentants politiques.

« Il est bien évident que lorsque la science offre aux femmes une nouvelle liberté, cela dérange l’ordre établi »

– Étienne Baulieu

Ce qui choque, c’est l’actualité de ces images. La manifestation pour le droit à l’avortement en Europe, j’y étais, avec Léa. On l’a filmée. La manifestation des anti-avortement en soutien au gouvernement espagnol, qui menaçait de revenir sur ce droit ? Je l’ai vue, de mes propre yeux, il y a deux ans.

Le vote du Parlement européen, qui refuse de se saisir de la question du droit des femmes à disposer de leur corps, à avoir accès aux droits touchant à la santé reproductive et contraceptive ? C’était en décembre 2014. Ces députés français qui ont voté contre sont ceux que nous avons élus au Parlement européen, en mai 2014.

À lire aussi : La manif contre le projet de loi anti-IVG en Espagne : reportage vidéo

Voyez plutôt la bande-annonce du documentaire, dont vous reconnaîtrez sans doute certaines images.

L’autre pilule, un combat pour les femmes est donc loin d’être un combat gagné. Je dirais que les pro-choix ont à peine remporté une bataille, mais la guerre continue de faire des victimes…

Je suis moins choquée par le discours des extrémistes religieux, qui professent, après tout, ni plus ni moins que leurs convictions les plus profondes. Ce qui me choque au-delà de l’entendement, c’est l’inertie des dirigeant•e•s, du pouvoir politique qui n’a cessé d’avancer par petits pas, minuscules pas.

Comme si la santé, comme si la vie des femmes était à mettre sur le même plan que le respect des convictions religieuses ou idéologiques d’autres. Les opposants à ce droit fondamental dénoncent ce qu’ils considèrent « un meurtre » en commettant… des assassinats de médecins, d’infirmières. En faisant sauter des cliniques. Je ne vous parle pas d’un temps reculé, je vous parle des années 80, 90, des années 2000 même !

En Italie, en 2009, la commercialisation du RU486 a été vigoureusement combattue par les évêques, qui demandent aux médecins italiens d’être « objecteurs de conscience ». En 2009. Un an avant, en 2008, j’étais en Italie, pour une année d’études. J’étais dans un pays qui ne m’aurait pas reconnu le droit de ne pas vouloir être enceinte.

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Je repense à cette manifestation POUR le droit à l’avortement, à laquelle j’ai dû me rendre à Paris, en France, en 2014. J’étais excédée de devoir descendre dans la rue pour défendre un droit que j’estimais acquis. Mais après avoir vu ce documentaire, je suis terrifiée en réalisant que je me trompais lourdement.

Tous ces députés et ces sénateurs FRANÇAIS qui ont des positions anti-choix, au sein du Parlement, ces élu•es européen•ne•s qui votent contre les droits contraceptifs et reproductifs des femmes… tout ceci n’est pas, comme je le croyais, un sursaut conservateur, écho d’un temps bientôt révolu.

Non. C’est le nouvel assaut du camp des anti-choix, qui s’organise notamment depuis les États-Unis, où le combat est loin d’être gagné.

Le documentaire ne s’appelle pas « l’histoire de la pilule abortive », ni « l’histoire du droit à l’avortement ». Il s’intitule « un combat pour les femmes ». Sous-entendu : au présent.

L’autre pilule, un combat pour les femmes a été diffusé sur Arte, mardi 2 juin à 22h20, et le replay est disponible !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • UnSuricate
    UnSuricate, Le 4 juin 2015 à 18h41

    J'ai regardé le reportage et je me suis retrouvée plusieurs fois à gueuler devant ma télé. Je crois que ce qui m'a le plus choquée ce sont les anti-Ivg qui sont très heureux de raconter qu'ils mettent des espèces de faux-témoignages de femmes ayant avorté et le vivant très mal sur leurs sites. Pour eux, ça leur permet de faire changer d'avis celles qui voudraient avorter. Celui qui racontait ça, avait l'air tout heureux de leur trouvaille. Idem quand il racontait qu'ils avaient occupé des hôpitaux où on pratiquait l'IVG.
    Pareil pour les pro-life au Texas qui sont carrément un LOBBY s'il vous plaît :stare:. La meuf des pro-life disait qu'elle et son équipe s'occupaient des jeunes filles etc, les aider à se sentir mieux et les accompagner jusqu'à l'accouchement. Sauf que la voix off ajoutait que quelques mois après la jeune fille pouvait retourner dans sa merde. Allez c'est bien t'as sauvé une vie, tu peux te casser maintenant c'est pas notre problème que t'ais pas de thune ou plus de famille, hein, débrouille-toi :halp:
    Bref, ça m'a blasée et comme beaucoup je suis atterrée de voir que la religion met son nez dans les affaires de l'Etat par le biais de politiciens croyants.

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