J’ai testé pour vous… être libraire [MÀJ]

Le métier de libraire fait beaucoup rêver, mais il est entouré d'énormément d'idées reçues. Plus d'un an après son témoignage, Ayla revient vous donner des nouvelles !

J’ai testé pour vous… être libraire [MÀJ]
Plus d’un an après la publication de son témoignage, Ayla revient vous donner des nouvelles ! Rendez-vous à la fin de l’article.

Article du 19 novembre 2014 :

Je suis libraire et ce métier, pourtant bien connu du grand public, véhicule encore pas mal de fantasmes. Je sais bien que tout le monde a rêvé au moins une fois de se faire draguer entre deux bibliothèques Billy et pense que nous lisons toute la journée au fond de la boutique, sauf que ça n’est pas notre quotidien… Laisse-moi donc éclairer ta lanterne !

Un diplôme nécessaire

Pour être libraire, il faut avant tout avoir un diplôme. Même si d’anciens libraires sont des autodidactes ayant appris le métier sur le tas, de nos jours il est presque impossible de se faire embaucher sans être passé par la case « école ». Il existe plusieurs formations qui vont du CAP au master. Pas besoin d’être une tête pour pouvoir travailler en librairie, il faut avant tout aimer lire, avoir une bonne culture littéraire et générale, et être curieux !

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Le premier diplôme possible est le CAP d’employé de librairie-papeterie. Ensuite, tu trouveras le BP (Brevet Professionnel) Librairie, qui donne un niveau BAC. Puis il existe le DUT Métiers du livre option Édition/Librairie mais seul, il a peu de poids dans un CV car il manque d’expérience sur le terrain. Pour le compléter, la Licence Professionnelle Métiers du livre option librairie est un bon choix ; elle se déroule en alternance ou en formation continue avec de nombreuses périodes de stage. Si ensuite tu as le courage de continuer, tu peux te lancer dans l’un des masters spécialisés qui existent (en littérature jeunesse par exemple). Toutes ces formations sont très complètes et donnent une bonne idée du métier ; une fois dans le grand bain, on a peu de surprises !

En ce qui me concerne, j’ai passé une Licence Pro Métiers du livre. Mais avant ça, j’ai fait un BTS en hôtellerie-restauration. Du coup, j’ai dû un peu me battre avec l’IUT pour qu’ils acceptent quelqu’un comme moi, ne venant pas du tout d’une filière littéraire. Mais c’est grâce à ma volonté (et à mon mauvais caractère aussi, je vous l’accorde) que j’ai réussi à être prise. J’ai fait cette année en alternance dans une grande librairie nantaise assez réputée.

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Et belle dans ce genre-là.

Un métier de rêve, mais difficile

Sorti-e de l’école, le monde d’un-e libraire sans emploi, c’est un peu la guerre.

Après mon année d’alternance passée à me balader entre Nantes et Bordeaux (à raison de deux semaines par mois à l’école) et l’obtention de mon diplôme, je me suis retrouvée pendant quelques temps au chômage. J’ai travaillé en intérim dans le dépôt Hachette de Nantes, et on m’a ensuite proposé un poste de trois mois dans un Espace Culturel Leclerc au rayon CD/DVD. Ça n’était pas du tout ce que je voulais, mais j’ai accepté. J’ai pu avoir une expérience en gestion de rayon, ce qui n’est pas négligeable…

Sept mois plus tard, j’ai retrouvé  un emploi dans un UCulture près de chez moi. C’était un CDD de six mois avec, à terme, un CDI. Sauf que travailler en hypermarché m’a confirmé mon désir de retourner bosser en librairie indépendante. J’ai donc refusé le CDI, et je suis partie vivre à Toulouse.

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On m’y proposait un CDD de huit mois dans la cinquième plus grosse librairie indépendante de France. Mon CV frétillait d’avance ! Ces huit mois sont finis, mais ils m’ont aidée à trouver les rayons qui m’intéresse (jeunesse, BD, littérature, polar et voyage), et ils ont confirmé mon amour pour ce monde.

Mais ce n’est clairement pas un monde facile. Il y a plus de libraires au chômage que de places. Résultat, quand un poste est vacant, il suffit au responsable de choisir l’un des CV envoyés en candidature spontanée sur son énooorme pile pour trouver un libraire désespéré qui accourra à la moindre proposition ! Coup de coude, croche-pied et refilage de grippe sont au menu. Ce monde est impitoyable !

Et les patrons des entreprises ne nous aident pas : aucune annonce n’est passée. Nulle part. Tout fonctionne au bouche-à-oreille et à la candidature spontanée. Prie pour avoir le cul bordé de nouilles, sinon tu regretteras amèrement d’avoir choisi ce métier de rêve….

Métier de rêve parce que quand même, on fait des trucs vachement trop cool. En plus de nos tâches quotidiennes un peu relou (passer les commandes des livres vendus la veille, réceptionner et ranger l’arrivage d’ouvrages du jour, encaisser les clients, faire les papiers cadeaux, ranger, ranger, et encore ranger), il y a des choses carrément plus chouettes.

On fait des vitrines rigolotes, des tables thématiques, on prépare des rencontres avec des auteurs über-intéressants, on choisit les nouveautés qu’on a envie de recevoir, on accueille des groupes de jeunes voulant découvrir le monde du livre, et surtout, on conseille des clients adorables. Quand ils reviennent les yeux brillants d’émotion en nous disant qu’on a changé leur vie en leur conseillant ce livre, on se dit qu’on fait le plus beau métier du monde…

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Mais c’est surtout quand les clients viennent avec des demandes improbable que mon âme de Sherlock Holmes ressort. Mener l’enquête pour découvrir quel est ce livre à la couverture bleue sorti il y a deux ans et que la cliente a vu dans la salle d’attente de son gynécologue est mon dada, j’adore ça ! Et quand je finis par trouver, la satisfaction est totale….

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Une carrière laborieuse

Mais derrière ce monde de licorne à poils longs se cachent quelques vérités un peu plus dramatiques… Le salaire du libraire par exemple. Au début c’est le SMIC, au bout de trois ans c’est le SMIC, au bout de cinq tu as le droit à dix euros de plus par mois et peut être qu’après dix ans tu dépasseras les 1200€. Eh ouais bébé, on taffe pour la gloire, nous !

Par ailleurs, certains problèmes de santé sont récurrents, comme le mal de dos qui fait partie de notre quotidien : porter des cartons, des caisses pleines de livres finit par nous coûter notre santé…

Beaucoup d’idées reçues

Ensuite, tout le monde semble croire (enfin, les gens qui n’ont pas de libraire dans leur cercle de relations) que nous pouvons lire durant notre temps de travail… Mais que nenni ! On lit chez nous après notre travail, dans notre lit, notre bain, sur nos toilettes, dans les transports en commun, bref, comme tout le monde.

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Eh oui.

Sauf que nous, on est obligé-e-s, et ça n’est pas considéré comme du temps de travail (normal, on adooore ça) donc on n’est pas payé-e-s… C’est la même chose pour les critiques de livres que l’on met sur nos sites Internet et autres blogs, ce sont des choses faites sur notre temps de repos. On est bien loin du cliché du libraire !

Et je ne peux parler du métier de libraire sans parler de la loi Lang qui encadre le prix du livre. Contrairement à ce que beaucoup pensent, ce n’est pas le revendeur (que ce soit une librairie indépendante, un magasin spécialisé ou un site de vente en ligne) qui définit le prix du livre. C’est l’éditeur qui décide. La seule variation de prix qui est autorisée est de 5%.

Certaines grandes enseignes accordent les 5% systématiquement sur tout le stock, tandis que les librairies indépendantes les proposent en contrepartie d’une carte de fidélité, d’un statut particulier (enseignant, sans emploi, étudiant), ou d’un grand sourire ! Le prix en librairie, en magasin spécialisé ou sur un site de vente en ligne est donc EXACTEMENT le même ! Cette idée reçue détruit les petites librairies peu à peu, et doit donc absolument être abolie : un livre n’est pas moins cher chez Leclerc ou sur Amazon !

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En conclusion

Voilà, tu nous connais déjà un peu mieux, nous, les libraires indépendants, ces êtres idéalistes et un peu cinglés du bulbe, quand même, pour s’engager dans le commerce le moins rentable qui soit.

Pour finir, je tiens à dire que le métier de libraire est, à mon sens, un métier de valeurs à défendre. En regardant les rayons d’une librairie de taille raisonnable tu arriveras certainement à te rendre compte des sujets défendus par les libraires. Le dernier livre d’Eric Zemmour est absent des tables de nouveautés ? Il y a un rayon féminisme bien fourni ? Des albums jeunesses sur le genre ? Des romans ados sur la découverte de l’homosexualité ? Un peu d’entraînement et tu pourras nous décoder.

J’aime ce que je fais, j’aime ce métier… malgré tous ses défauts, malgré tous ses inconvénients j’ai trouvé un travail qui m’enrichit intellectuellement et humainement, et je sais que toute cette galère vaut le coup. Voilà deux ans que j’ai quitté l’école, je suis de nouveau au chômage mais j’y crois. Je n’ai pas envie de baisser les bras, alors je garde espoir et je vous souhaite à vous aussi les madZ de trouver un métier qui vous plaise autant que le mien !

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Mise à jour du 8 mars 2016 :

Il s’en est passé des choses dans ma vie en un an ! Après une petite période de chômage, je suis partie vivre à Sète près de Montpellier : on m’y proposait un contrat de six mois dans une petite librairie généraliste. J’ai refait mes valises, en route pour une expérience professionnelle des plus épanouissantes.

La patronne venait juste de reprendre le magasin, nous étions une petite équipe (de trois et demi) jeune et motivée, et notre entente était parfaite ! On ne m’avait jamais fait autant confiance, et jamais mon ambiance de travail ne fut aussi détendue et bienveillante.

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J’avais beaucoup de plaisir à aller travailler, à proposer des choses et à prendre des initiatives. Forcément, le revers de la médaille était qu’étant exilée à l’autre bout de la France, ma vie personnelle était très pauvre. Pas évident en six mois, sachant que je repartirais, de se créer un cercle d’ami•es. Mais c’était l’été, je pouvais aller à la plage tout le temps, porter des jolies robes et me gaver de melons ! La vie était chouette !

Je suis rentrée début septembre chez mes parents et suis repartie travailler deux mois dans une librairie à Paris. Là, c’était vachement moins la fête… Les conditions de travail étaient désastreuses et le niveau de confiance était bas. Je n’avais aucun moyen de m’épanouir car la clientèle du seizième arrondissement était, disons, particulière… Pour vous donner un exemple, les meilleurs ventes étaient les livres de De Villiers et de Fillon — pas du tout le type de lecture à laquelle j’aime m’adonner.

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Mais surtout, surtout, j’avais la tête dans un nouveau projet. Avec une amie également libraire que j’avais rencontrée durant mon apprentissage, nous avions décidé de nous lancer dans un truc fou : ouvrir une librairie-salon de thé !

Du coup voilà, on y est. On voudrait ouvrir une librairie-salon de thé généraliste à Rennes, d’une surface d’une centaine de mètres carrés. On souhaiterait pouvoir s’implanter dans un quartier qui a sa vie propre, légèrement à l’extérieur du centre-ville, et proposer en plus d’un fonds généraliste des rayons plus poussés dans le féminisme ; de la littérature érotique non-hétérocentrée, de la littérature jeunesse non genrée et des fonds sur le développement durable, des modes de vie éco-responsables etc.

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On commence à préparer notre étude de marché, on cherche un local à Rennes, ville ou nous vivons toutes les deux, on discute avec des tas de gens, on trépigne, on piaffe telles deux licornes impatientes… et on a aussi la trouille. Une trouille immense qui nous fait dire qu’on est complètement fêlées et qu’on est en train de se lancer dans une aventure impossible. Parce que notre apport est risible, que le monde du livre n’est pas des plus resplendissant et que la création d’entreprise, c’est pas de la tarte.

Mais on y croit et grâce à tout le soutien que l’on reçoit, on est encore plus fortes.

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Je terminerai donc cette petite mise à jour en vous disant que si vous avez un projet, lancez-vous : si vous êtes motivé•e, enthousiaste et avez suffisamment la tête sur les épaules, il n’y a pas de raison pour vous ne réussissiez pas !

– Suivez l’aventure de la librairie-salon de thé d’Ayla sur Facebook et Instagram !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Lilas DUPONT
    Lilas DUPONT, Le 17 novembre 2016 à 22h35

    C est un métier que j aurai tellement aime faire..

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