Ode au tango

Voici le témoignage très sensuel d'une madmoiZelle qui, à travers le tango, vous raconte les émotions qui la parcourent lorsqu'elle danse avec le bon cavalier...

Ode au tango

Avant, je vivais dans la routine et je voulais commencer une activité artistique. Aujourd’hui, j’ai succombé à l’attraction fatale et vénéneuse du tango. Quand je danse, je retrouve cette impression de flottement, cette euphorie que je n’ai ressentie qu’enfant. Me voilà devenue tanguera, fraîche, émoulue, envoûtée après avoir suivi quelques cours de danse. Entre chaleur et moiteur, j’arpente fièrement le parquet de salle avec mes talons aiguilles, bas et porte-jarretelles. J’ai la démarche gauche et je sens les ampoules me ronger les pieds, mais je fais abstraction de la douleur. Cela fait tellement longtemps que je rêvais de cet instant. Je suis vêtue d’une robe sexy et je porte un parfum enivrant aux notes subtiles, par souci du détail, voyez-vous. Je remarque que l’on me regarde avec admiration, et l’imagination des danseurs qui me regardent va bon train.

Je souris à un tanguero qui me fixe avec insistance mais sa cavalière, une brute épaisse, tente de me dissuader du regard. Non, je ne perdrai pas ma contenance : je me lève et me dirige vers un autre cavalier qui me fait une légère oeillade, synonyme d’une invitation. Un rythme nostalgique et langoureux envahit la salle, mais voilà que mon cavalier reste immobile. Il ne prend aucune initiative. Afin de débloquer la situation, et aussi parce que je suis gentille et vive, j’esquisse un mouvement. Mais il ne bouge pas, rien à faire, il est impossible à dévisser du sol. J’ai l’impression d’être une Russe essayant à elle seule de faire tomber la statue de Staline ! Son regard est vide et je comprends qu’il n’y aura pas d’alchimie entre nous. À qui pense-t-il ? À sa femme, à sa maîtresse, à sa boulangère ? C’est comme s’il trouvait du plaisir à ne pas me faire bouger. Peut-être qu’il se venge sur moi à cause d’une autre femme, allez savoir ! Il est censé me donner le tempo, user de toute sa force virile pour me guider (et moi la force virile, ça me… enfin bref !). Pour le moment, je serre les dents et je patiente jusqu’à ce que les dernières notes du morceau s’égrènent. Je le laisse, dépitée, en me disant que je viens de vivre la plus désagréable expérience de ma vie de tanguera.

Soudain, je suis happée par un tanguero qui semble avoir gagné un trésor de guerre ! Me voici en position abrazo, la musique commence et je m’envole. Dès qu’il m’a pris dans ses bras, j’ai senti que rien ne pouvait m’arriver. J’étais dans une sécurité absolue. Il a parfois un petit sourire à la fois tendre et dominateur qui me fait fondre. Allez, c’est parti, je me sens légère, je suis en apesanteur et en fluidité, je ne comprends pas ce qui m’arrive mais oui, je crois avoir trouvé l’homme de ma vie, celui dont j’ai toujours rêvé ! Je deviens une naïade qui se love au creux de mon cavalier, je caresse le sol et glisse dans un mouvement angélique et nuancé. Mon tanguero gonfle le torse, inspire mon parfum avec gourmandise avant de s’élancer avec moi dans la gracieuse ronde des danseurs. Le galbe de nos jambes qui soulignent le tempo, la grâce des corps qui se frôlent et s’enlacent, la joie partagée m’emmènent vers le Nirvana !

Mes pas perdent de l’ampleur, mes articulations se grippent comme des roulements à billes rouillés. Je ne vois plus, je n’entends plus, je trébuche et mes pieds dérapent. Je m’affale sur lui. J’ai l’ego en vrac, j’ai envie qu’il me prenne dans ses bras et me câline. Plus je le regarde et plus j’ai envie de poser ma tête sur son épaule, de toucher ses mains fraîches comme la rosée du matin. Le souffle coupé, je le regarde avec un sourire imbécile sur les lèvres et je me sens légère dans cette robe, je suis même contente d’avoir les pieds en sang ! Je m’abandonne avec confiance, nos corps s’alignent, nos parfums se mêlent, nos jambes se frôlent, les pieds de l’un s’effacent devant ceux de l’autre.

Je viens de comprendre que je ne pouvais pas danser avec n’importe qui. N’y voyez aucun préjugé : il faut une harmonie, une équilibre avec mon partenaire, qui ne se révélera que pendant la danse. C’est une curieuse alchimie dont je n’ai pas encore percé le secret. Je commence à déployer mes ailes, je découvre l’arbre de vie qu’est ma colonne vertébrale. Je sens s’éveiller dans mon corps la Kundalini, cet étrange énergie représentée par un serpent niché au creux des reins, et qui se déroule le long de mon dos jusqu’à faire trembler les muscles de mon ventre. C’est aussi ça le tango !

Le soir, en allant me coucher, j’ai encore rêvé à ce moment magique. Magie de la musique, des corps qui s’enlacent sans se prendre, des mots qui manquent pour le dire, du silence de la nuit quand, jambes fatiguées, esprit trop alerte, on ne peut pas encore dormir, il faut que la tension retombe, et que le corps s’apaise. Vive le monde réel et imaginaire du tango ! Dans mes rêves, cette nuit-là, j’ai vu passer des ombres fatiguées, des visages pâles et des cœurs tendres, des corps à prendre. Moi c’est Odélice, mon nom de jour ; quand je danse, Odélice devient une nymphe sous les projecteurs. Réveil.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Antigonedream
    Antigonedream, Le 14 juin 2012 à 21h24

    ça donne très envie!

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