J’ai un IMC faiblard et non, je ne suis pas anorexique

Oui, Elise est grande et oui, Elise est mince. C'est pas faute de manger mais elle ne prend pas le moindre gramme. Ça fait quoi de vivre avec la suspicion sociale d'être anorexique ?

J’ai un IMC faiblard et non, je ne suis pas anorexique

Article initialement publié le 27 juillet 2011

Qualifiée de chanceuse par certaines, de maigre par d’autres, je pèse 56kgs pour 1m83. En général, tout le monde finit par me demander combien je mesure dans la demi-heure qui suit notre rencontre ; l’heure pour les plus timides. Pour mon poids, c’est plus délicat, mais on finit par me le demander aussi avec une étonnante aisance.

Je suis mince, mais pas anorexique

Je tue le suspens dès le début : je ne suis pas anorexique. J’ai l’habitude de cette question alors je clarifie les choses d’entrée de jeu. Au lycée, on me convoquait chez l’infirmière parce qu’après un 3x500m très correct, je m’allongeais dans l’herbe (inutile de préciser que les plus corpulents que moi mais qui soufflaient comme des bœufs n’ont pas été inquiétés).

À la cantine, la dame en charge des plateaux me demandait si j’étais anorexique un jour où personne n’avait mangé, mais moi, sait-on jamais, ce n’était peut-être pas lié au menu ignoble. À la cafét’ de la fac, j’ai toujours droit à une double ration et un « vous pouvez prendre un second dessert si vous le souhaitez… » sans jamais rien demander.

Lors de la visite médicale, j’ai reçu un livre de recettes et un cours d’1h de la part du médecin. Dans la rue, on me pose directement la question : « c’est normal que tu sois grande ? Et pourquoi t’es maigre ? C’est une maladie ? » quand c’est un enfant, « eh toi, t’es anorexique ? » pour les adultes et autres « ça t’arrive de manger ? ». J’en passe, et des meilleures.

Grossir n’est pas si facile pour moi

Je ne suis pas complexée par mon physique. Je suis juste lasse des remarques des gens. Non, grossir n’est pas une chose facile. Non, faire un 36 n’est pas mon obsession, juste un fait dont je me contrefous. Non, manger tout ce qu’on veut sans grossir n’est pas toujours génial. Non, je ne ferai pas mannequin. À ce propos, non, je ne me maquillerai pas. Non, je ne me cale pas des doigts en travers de la gorge dès que je sors de table. Non, quand je ne finis pas mon assiette, ce n’est pas pour ne pas grossir, j’ai aussi un estomac qui se remplit jusqu’à un certain niveau. Non, ça ne me dérange pas d’attraper le pack d’eau de mamie parce qu’il est trop haut pour elle mais oui, ça me saoule quand cette mamie me dit merci avec un regard réprobateur et en me conseillant de manger de « bons plats consistants ». Non, je ne ferai pas de basket/volley et autres sports de « grands ». D’ailleurs, non, je ne fais pas de sport. Non, je ne me pèse pas tous les jours. Non, non, NON.

A force d’entendre des conneries, j’ai essayé de grossir. Plus pour faire taire les remarques que par conviction personnelle. Que ce soit le régime McDo, la cuisine équilibrée, le régime à base de féculents à tous les repas, rien n’a marché. Je perds même du poids en période de fêtes sans savoir comment, vu ce qu’on mange.

Comme si mon poids se foutait de ce que je mange, comme s’il était indépendant. Et comme je me fous de mon poids, on fait un peu chambre à part lui et moi. On ne se croise que lorsque l’on me demande de monter sur la balance. Par moments, j’ai l’impression que les gens s’intéressent plus à mon poids et ma taille qu’à moi.

Pourquoi des inconnus me demandent si je suis anorexique ?

En fait, ce qui me choque le plus, ce n’est pas tant la question mais la façon dont elle est posée. Je conçois très bien que l’on me trouve maigre et que les gens se demandent si je suis anorexique. Mais non, je ne comprends et ne comprendrai jamais comment des gens arrivent à poser la question à une inconnue.

Parce que je ne suis pas anorexique, je ne m’en formalise pas et rigole en relatant mes rencontres à mon colocataire qui lui, serait d’avis de leur coller une baffe. Mais bordel, et si je l’étais ? La prochaine fois, promis, je répondrai que oui, je suis un mannequin anorexique qui joue au basket entre deux crises d’anémie. Je vous raconterai les réactions si on ne m’embarque pas dans une cure.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Lovely_Sunshine
    Lovely_Sunshine, Le 11 février 2017 à 18h44

    Enfin, un article qui parle des remarques que l'on peut se prendre quand on est jugée trop fine!... Malheureusement, il y en a trop peu... Les gens ne pensent pas toujours à mal en nous faisant des remarques sur notre maigreur mais malheureusement, ils ne se rendent pas compte que l'on n'est pas forcément contente d'être maigre et incapable de grossir...
    Je dis "on" car je suis un peu comme Elise: je fais 1,70 et 51-53 kilos (suivant les périodes) et en plus de ça, j'ai les hanches très fines et des fesses plates et creuses... Cette morphologie qui est la mienne me vaut de subir des remarques très désobligeantes depuis l'âge de 10 ans... "T'es trop maigre", "anorexique/boulémique/squelette/sac d'os" et la meilleure: "les hommes normaux aiment les femmes qui ont des formes. Un homme attiré par une fille qui a les hanches fines a forcément des tendances pédo... (je ne continue pas le mot, vous avez compris ce qu'il voulait dire...). J'ai été extrêmement complexée par mon poids durant des années, je cachais le plus possible mon corps avec des vêtements longs, larges et couvrants (pas de maillot de bain, de string, de débardeur, de short...). J'en étais venue à être complètement bloquée dans mes rapports sexuels car j'étais convaincue que le garçon serait forcément écoeuré en voyant mon corps, mes os saillants, mes membres fins, etc., et je refusais donc de me dévêtir, ne serait-ce que partiellement, devant un homme... Comme Elise, je faisais des régimes "grossissants" (en vain), les plus déséquilibrés possibles avec des aliments gras, sucrés, et surtout pas de fruits et légumes! J'ai aussi eu droit aux gens essaient de me gaver pour que je me remplume ou au contraire qui me donnent peu à manger parce qu'ils pensent que je mange peu et que je vais gaspiller
    Et puis un jour, le déclic: j'en ai eu marre de ces régimes à la noix, marre de devoir sans cesse me justifier sur ma morphologie, marre d'être bloquée dans ma sexualité et surtout, j'ai compris que ce n'était pas mon corps le problème, mais les jugements des autres, liés aux normes de beauté et de santé (ne pas être "trop" ceci ou "pas assez" cela). La danse (orientale en particulier) m'a beaucoup aidé à accepter mon corps, à l'aimer, à le remercier pour toutes ces choses qu'il me permet de faire, à oser l'assumer publiquement. Aujourd'hui, je me bats dans ma vie quotidienne pour que les gens arrêtent de juger négativement les autres sur leur apparence physique, notamment sur leur poids. J'essaye de véhiculer l'idée que la beauté prend des formes multiples et d'aider les gens à s'affranchir de leurs complexes. Je me prends toujours des remarques, je sais que je ne corresponds pas aux standards de beauté véhiculés dans la société, mais je m'en moque!

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