« Cowspiracy », le docu qui m’a fait devenir végétarien du jour au lendemain (ou presque)

Naguère énorme consommateur et adorateur de viande, Fab est devenu végétarien quasiment du jour au lendemain en octobre dernier, notamment grâce à un docu appelé Cowspiracy, qu'il vous présente ici... avant de tirer un premier bilan de ces mois de végétarisme.

« Cowspiracy », le docu qui m’a fait devenir végétarien du jour au lendemain (ou presque)

Le 1er novembre 2016, c’est la Journée Mondiale du Véganisme ! Une bonne occasion de reparler de Cowspiracy, un documentaire éclairant sur notre rapport à l’alimentation et aux animaux…

— Initialement publié le 3 juin 2016

J’ai toujours été du genre à aimer LA BONNE VIANDE. Je pense même que j’étais ce qu’on appelle communément un « viandard ». Je ne disais jamais non à un bon morceau de barbaque, de préférence cuite bleue. La côte de bœuf était mon amie et je kiffais l’idée d’une tranche d’onglet bien tendre.

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« Il y a erreur, vous m’avez donné la nourriture que ma nourriture mange » — Ron Swanson devant des légumes, allégorie du meilleur viandard d’ente nous

Puis, ces dernières années, de discussions en lectures, petit à petit, j’ai commencé à être un peu plus sensibilisé au végétarisme.

« Les autres espèces ont le droit de vivre et ne sont pas de la matière première »

Clémence Bodoc a été mon premier lien avec le sujet, mais son véganisme me paraissait trop inaccessible. Le premier qui a réussi à me marquer, c’est Patrick Baud (bisous Patoche), qui m’a dit au détour d’un apéro une ou deux phrases dont il a le secret, du genre :

« Je pense qu’on regardera dans cent ans le fait de manger de la viande comme on regarde aujourd’hui l’esclavagisme, c’est-à-dire une aberration. L’humanité élargit sans cesse sa « sphère de considération morale », comme dit Aymeric Caron. »

« L’esclavage est devenu inacceptable, puis les femmes ont eu le droit de voter, puis les homosexuel•les et bisexuel•les de se marier, etc. Le fait de considérer que les autres espèces ont le droit de vivre et ne sont pas de la matière première pour nous fait partie de ce cheminement éthique, je pense ; c’est la prochaine étape, et elle sera de toute façon indispensable. »

Wow. J’me suis dit « Ah ouais, pas con », mais pour autant, la problématique végétarienne ne m’interpellait pas plus que ça.

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L’idée faisait son chemin, sans que je sois capable pour autant de changer de comportement

Les images horribles des abattoirs dont se servent les militant•es pour dénoncer l’industrie de la viande ne me touchaient pas outre-mesure : l’idée que des salopards puissent exploiter autrui pour leur profit, et pour mon plaisir (ne soyons pas hypocrites), jusqu’à la cruauté ne m’a jamais vraiment étonné.

Ma misanthropie latente et mon manque de confiance envers le genre humain dans sa globalité m’avaient un peu trop vacciné…

Mais bon, l’idée faisait son chemin, sans que je sois capable pour autant de changer de comportement. Les oeillères étaient solidement arrimées.

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Anges, démons, aliens : la viande, « connecting people ».

Un samedi après-midi devant Cowspiracy

J’avais un samedi après-midi à tuer, mes filles logées dans des anniversaires, ma femme au boulot et pas spécialement de travail urgent — situation suffisamment rare pour que je prenne un peu de temps pour moi.

Cowspiracy est diablement efficace, particulièrement pour moi : pas d’images d’abattoirs ou de violences horribles, juste DU PRAGMATISME et des chiffres.

J’ai lancé Netflix, je suis tombé un peu par hasard, et sans trop comprendre pourquoi, sur cette vache bizarre qui sert d’illustration au documentaire Cowspiracy. J’ai cliqué, sans vraiment être intrigué, plutôt poussé par l’envie de creuser un peu les conversations du passé, j’ai commencé à regarder et le docu qui m’a accroché dès les premières minutes.

Le pitch est ultra simple : le réalisateur se pose la question que tout•e militant•e écologiste est en droit de se poser. Ça fait des années qu’il fait attention à sa consommation d’eau, à éteindre les lumières, à se déplacer à vélo… et il s’étonne qu’aucune ONG ne parle de l’impact de l’industrie agro-alimentaire sur la planète.

Il va donc chercher, tout au long du docu, d’où vient ce silence.

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Cowspiracy est diablement efficace, particulièrement pour moi : pas d’images d’abattoirs ou de violences horribles, juste DU PRAGMATISME et des chiffres. Plein de chiffres, plein de comparaisons, de métaphores, qui aident à comprendre l’impact incroyable de l’industrie agro-alimentaire sur la planète.

L’industrie de la viande VS la planète : quelques chiffres

Quelques chiffres m’ont marqué. Je vous les livre en vrac.

  • Saviez-vous que l’industrie agro-alimentaire est responsable à elle seule de 50% des émissions de gaz à effet de serre ?
  • Saviez-vous qu’une vache mange CHAQUE JOUR entre 60 et 70 kilos de nourriture et boit entre 100 et 150 litres d’eau ?
  • Saviez-vous qu’on élève sur la planète actuellement 70 MILLIARDS de bêtes — soit 10 fois plus que la population mondiale — qu’on nourrit et engraisse uniquement pour qu’une infime partie des humain•es puissent les manger ?
  • Saviez-vous que pour produire un steak haché de 150g, il faut environ 2500 litres d’eau ? Si on part du principe qu’une douche utilise environ 50 litres d’eau, un hamburger correspond donc à un mois et demi de douches.

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Le docu regorge de ces données, appuyant chaque séquence par des schémas qui vous obligeront sans doute à faire pause pour vérifier que vous avez bien saisi les propos de la voix-off.

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Les humains consomment 20 milliards de litres d’eau et 9 milliards de kilos de nourriture ; les vaches, 170 milliards de litre et 61 milliards de kilos de nourriture.

Le canard, le billot, et mon rapport à la viande

Le fermier chope deux canards, qu’il abat de sang-froid sous l’objectif de la caméra.

Il y a aussi une scène qui m’a particulièrement marqué et qui m’a mis la claque finale : Kip Andersen, qui se demande si on peut réussir à manger de la viande à « petite échelle », s’arrête chez un fermier possédant 40 canards, qu’il élève au grain et que sa famille mange pour leur consommation personnelle.

Le fermier chope alors deux canards, qu’il abat de sang-froid sous l’objectif de la caméra. Un grand coup de hachette dans le cou.

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Je pensais naïvement que le réalisateur ne montrerait pas l’image du canard en train de se faire abattre.

Tout au long du plan où il est en train de placer le canard, je pensais naïvement que le réalisateur ne le montrerait pas se faire abattre. Un plan sur le hachoir, le bruit du métal contre le bois, sur un fond noir, auraient permis de comprendre l’idée. Mais non, on voit bien l’oiseau se faire dégommer.

Je me suis senti tellement mal que j’ai dû faire pause sur la vidéo, reprendre mes esprits deux secondes avant de me poser deux questions :

  • Mais bordel, pourquoi je me sens aussi mal de voir ce canard se faire tuer, alors que j’aime vraiment le magret ?
  • Qu’est-ce qui fait que j’ai perdu toute notion de rapport à ma nourriture, alors que mon grand-père avait des cages dans son jardin, où il élevait des lapins pour en tuer un chaque dimanche avant de le faire mijoter ? Je serais aujourd’hui incapable de buter un lapin, encore moins de le dépecer, et je tourne de l’oeil en voyant à la télé un canard se faire couper le cou. À quel point en deux générations, on a réussi à perdre complètement ce rapport à notre nourriture ?

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Deuxième énorme claque, après celle des chiffres et l’impact environnemental de l’industrie agro-alimentaire : j’avais ENFIN pigé que derrière les barquettes de viande se trouvaient des animaux qu’on abat pour que je les mange.

Oui je sais, je suis lent. Ça m’aura pris 37 ans à déconstruire, mais l’électrochoc fut tel que j’ai arrêté du jour au lendemain de manger de la viande. Je continuais à manger du poisson depuis, j’ai arrêté il y a un mois.

On fait le bilan, calmement, en s’remémorant chaque instant

Tu l’avais ? Ou je suis vieux ? Rep !

Ça fait huit mois maintenant, c’est encore peu, mais ça me permet de dresser un rapide premier bilan.

  • Une seule envie de viande en huit mois

En huit mois, j’ai ressenti une seule envie de viande, qui m’est passée en quelques secondes.

En huit mois, j’ai ressenti une seule envie de viande, le seul moment où mon cerveau de carnivore m’a trollé – le jour où j’ai senti l’odeur d’une côte de boeuf que Margaux cuisinait à la rédac. Malgré ça, l’envie m’est passé en quelques secondes, et je n’ai même pas eu envie de piquer dedans quand j’ai vu la viande rouge, qui était pourtant TELLEMENT mon péché mignon…

Malgré cet instant, l’envie de viande et de poisson m’est vraiment passée à tout jamais et je sais pertinemment que je ne ferai pas comme ces fumeurs qui s’arrêtent un an ou deux pour reprendre : le végétarisme fait désormais partie intégrante de ma vie.

  • Affirmer mon végétarisme

Du coup, je commence à affirmer mon choix, petit à petit — la preuve avec cet article. Je considérais que mon végétarisme était ma petite contribution à mon échelle, et je n’avais pas vraiment envie de le crier sur tous les toits comme pour me donner une bonne conscience…

Le végétarisme fait désormais partie intégrante de ma vie.

Durant les premiers mois, je n’osais pas (ou je n’avais pas envie de) demander à la serveuse d’enlever le jambon dans des pâtes qui me faisaient vraiment envie. Mais c’est fini, je tente, au pire elle me dira non !

  • Le végétarisme en famille

Au niveau de la famille, ma femme a commencé à suivre mon chemin ; même si elle continue à manger de la viande, elle en consomme moins qu’avant. Ça sera beaucoup plus compliqué pour mes filles, à qui j’ai fait ce cadeau empoisonné de les conditionner à l’idée que « la viande c’est la fête ».

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Elles demandent d’ailleurs régulièrement si elles vont « devoir » passer au régime végétarien. Si ça ne tenait qu’à moi, je les y mettrais… mais c’est sans compter la cantine de leur école, qui n’est de toute façon pas prête à offrir aux enfants des alternatives à la viande et au poisson.

  • Les gens VS le végétarisme

Les gens se sentent pris en défaut quand tu leur dis que tu ne manges plus de viande, et commencent à se justifier, même si tu ne leur as rien reproché.

Je commence à comprendre pourquoi c’est si compliqué de devenir végé : les gens se sentent pris en défaut quand tu leur dis que tu ne manges plus de viande, et commencent à se justifier, même si tu ne leur as strictement rien reproché. Je ne ferai d’ailleurs jamais culpabiliser les personnes mon entourage sur leur consommation de viande, chacun sa route chacun son chemin ! Mais le mécanisme d’auto-défense est assez marrant à voir fonctionner.

  • Les effets du végétarisme sur mon corps

En changeant de régime, j’en ai profité pour faire attention à ce que je mangeais et j’ai perdu plusieurs kilos. Je n’ai jamais eu autant d’énergie que depuis que j’ai arrêté la viande. Un constat tellement contradictoire avec ce que la société m’avait fourré dans la tête depuis le plus jeune âge ! Quand j’ai annoncé à mon père que j’étais végétarien, il m’a dit :

— Mais comment tu vas faire pour trouver de l’énergie ?

Je n’ai jamais eu autant d’énergie que depuis que j’ai arrêté la viande.

Attention ! Je ne dis pas que vous devriez devenir végétarien•ne pour perdre du poids, pas du tout ! Simplement, un tel changement de paradigme permet parfois de remettre complètement sa façon de vivre en question.

  • Le véganisme, finalité logique

En arrêtant le poisson il y a quelques semaines, je me suis rendu compte que je pouvais vraiment m’adapter à n’importe quel régime ; je sais que le chemin emprunté vers le végétarisme m’amènera tôt ou tard au véganisme. Et encore une fois, c’est Cowspiracy qui m’en a fait prendre conscience.

Cowspiracy, vers de nouveaux modes de consommation

En poussant sa logique jusqu’au bout, le docu s’achève en démontrant à quel point le véganisme devient l’une des seules solutions viables pour que les (presque) 10 milliards d’humain•es vivent sans épuiser la planète. Mais encore une fois, il le fait sans prosélytisme, juste par des faits difficiles à contrer… enfin, sans y mettre une bonne dose de mauvaise foi !

Le véganisme devient l’une des seules solutions viables pour que les (presque) 10 milliards d’humain•es vivent sans épuiser la planète.

De mon côté, je ne vais pas changer mon régime alimentaire du jour au lendemain et passer au véganisme comme je l’ai fait avec le végétarisme. Déjà parce que je ne suis pas prêt mentalement à arrêter le fromage et la crème, par exemple. Mais on fait désormais en sorte d’acheter des frometons chez le fromager du coin plutôt qu’en grandes surfaces…

À lire aussi : Du fromage vegan de synthèse : WTF ou révolution ?

Mais je sais que je vais avancer doucement vers le véganisme, petit à petit, à mon rythme, en coupant petit à petit les produits issus des animaux. C’est inéluctable et je me dis que c’est l’un des petits trucs que je peux faire à mon niveau pour offrir à mes mômes, et à ceux des autres, une planète la moins ravagée possible !

Le savais-tu ? Si ça te dit de tester une semaine de menu végétarien, tu peux te mettre au #DéfiVeggie, une semaine végé qui démarre le samedi 4 juin !
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Voici le dernier commentaire en date :

  • Cherrycordia
    Cherrycordia, Le 24 août 2016 à 10h44

    malgré qu'une part de moi comprenne, je reste toujours surprise des arguments face aux origines de l'homme, l'histoire, notre culture, l'éducation, nos racines ancestrales, nos besoins... Je veux dire, c'est une constante évolution non? Et ce même pour tout ce qui touche aux races, espèces, à l'empathie, à l'ajustement de nos valeurs et ce qui n'est finalement plus moral etc.

    Pendant des siècles on faisait combattre les hommes (parfois avec animaux) à mort dans des arènes ou des châteaux pour le divertissement "parce que l'homme est guerrier, primitif, sportif de nature", on pendait, tuait, torturait pour punir des péchés "parce que la justice c'est ça et en plus la mort on doit tous l'affronter", on considérait certaines races comme inférieures "parce que nous on a les armes face à eux alors on gagne point barre, loi de la nature, dominant dominé", une vision qui s'applique encore contre les femmes aussi dans plein de pays... Et pour les animaux ils furent longtemps considérés comme des nuisibles ou de la bouffe parce que c'est tout ce qu'ils pouvaient évoquer. Et on a découvert qu'on pouvait les domestiquer, établir un "partenariat avec eux". Puis qu'on pouvait établir un lien d'affection. Et ils ont fini par s'intégrer à nos familles.

    Tout évolue à mesure que les valeurs humaines se bousculent. Après mon point n'est pas devenez tous végés, on est libres et j'apprécie le ton construit et réfléchi du débat plus haut :) Juste, le côté "nature de l'homme", "histoire" et tout, bof. On a perdu plein de "savoir-faire" et de "métiers ancestraux" au fil des époques or je pense que personne ne regrette les gladiateurs ou les marchands d'escalves ou les médecins du moyen-âge avec leurs saignées.

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