La coloscopie, ou l’aventure d’une vie — Témoignage

Après un petit souci au colon, Fab a dû subir une coloscopie, mais surtout toute la préparation qui la précède. Retour sur un beau moment de vie.

La coloscopie, ou l’aventure d’une vie — Témoignage

Publié initialement le 5 août 2014

Depuis la création de madmoiZelle, mes étés sont… mouvementés, et mes vacances tout autant. Disons, pour faire simple, que je n’ai pas pris de VRAIES vacances, où j’arrive à totalement débrancher mon cerveau pendant plus de trois jours, depuis dix ans. J’ai beaucoup de mal à me mettre dans la tête que je vais partir, et je suis tout bonnement incapable de me projeter en vacances.

Il vaut peut-être mieux que ça se passe ainsi, cela dit : avec la pression qui retombe, au bout de quelques jours de vacances, mon corps me fait régulièrement des blagues. Un bon coup de somatisation, sans aucun doute, mais j’ai des souvenirs émus de grippes, gastros et autres maladies nulles en tous genres durant ma première semaine de congés.

Ça n’avait jamais été plus loin que ça. Jusqu’à l’été dernier, où je me suis retrouvé à me tordre en deux un beau matin, sans savoir vraiment pourquoi. Après un horrible week-end à souffrir le martyr (et ma femme qui sous-entendait « ça y est, il nous refait le sketch du décès vacancier, le relou »), la toubib du village basque où on passait jusqu’alors d’agréables vacances m’a envoyé directement aux urgences.

Après trois jours d’hospitalisation et une première semaine de vacances gâchée, je sortais de l’hôpital de Biarritz avec un verdict : inflammation du colon. Sans doute mon cerveau qui signifiait à mon corps qu’il en avait plein le cul de partir en vacances, ou un truc dans le genre — j’ai pas cherché à décrypter plus que ça.

Ajoutez à ça un traitement à base d’antibiotiques de cheval m’interdisant de m’exposer au soleil (pratique pour des vacances) et SURTOUT un rendez-vous pour un truc qui me paraissait anodin à ma sortie de l’hôpital : une coloscopie à mon retour.

Je n’ai pas vraiment cherché plus loin, tentant tant bien que mal de profiter de la famille et des quelques jours de congés qu’il me restait, à l’ombre donc. Faut dire que je leur avais bien pourri le séjour jusque-là avec mon intestin en carton !

Le club très fermé des coloscopiés

À mon retour, j’ai assez vite reconnu, parmi les gens à qui j’ai raconté mes mésaventures, ceux qui avaient déjà subi une coloscopie et les autres. Je percevais dans leur regard une sorte de bienveillance sous cape, comme si j’allais rejoindre un club secret dont le reste du monde ne connaîtrait pas les pratiques ancestrales.

L’un d’entre eux a fini par me révéler la raison de ces regards entendus : « le plus rigolo, c’est pas la coloscopie, c’est sa préparation ».

Ah bon ? Bah oui. J’étais naïf. Le gastro-entérologue qui m’a reçu me l’a pourtant expliqué avec des termes simples : pour qu’une coloscopie soit efficace, il faut que le toubib puisse pouvoir voir tout ce qu’il veut voir…

« Et pour voir correctement dans votre intestin, il va falloir le nettoyer, grâce à une préparation qu’il faudra suivre scrupuleusement, sous peine de devoir refaire la coloscopie ensuite. »

Les joies de la préparation à la coloscopie

Trois jours avant l’examen, il faut donc ne manger que des aliments « sans résidus » — en gros du riz et du jambon. Ça permet de se mettre en jambes pour ce qui vient après…

Ah, la préparation. La fameuse. Il y a plusieurs possibilités :

  • Vous pouvez soit avaler 4 litres d’une préparation au goût apparemment horrible (je peux pas dire, j’ai pas testé).
  • Ou alors gober des cachetons, mais pas n’importe comment. Il faut d’abord avaler cinq séries de quatre comprimés plutôt costauds (c’est pas des p’tits Doliprane, quoi), accompagnés de 30 cl d’eau (ou de liquide clair : soupe, thé, sirop…) tous les quarts d’heure, puis, quelques heures plus tard, dans la nuit, enchaîner sur trois séries de quatre comprimés, toujours avec un grand verre de liquide. Autant vous dire que si vous n’aimez pas avaler des cachets, il vaut mieux ne pas tenter, parce que sur la fin, j’ai vraiment eu du mal à les gober correctement, ces saletés.

Rob Lowe dans l'excellente sitcom Parks and Recreation

« Et vous devez boire, BEAUCOUP. Plusieurs litres d’eau, de sirop, de thé. Si vous ne le faites pas, vous allez vous déshydrater. »

Quand le monsieur m’a dit ça, j’ai compris : ok, ces cachets sont donc des laxatifs. Parfait.

N’étant pas spécialement coincé du colon, je n’avais jamais eu l’occasion de tester l’utilisation de laxatifs, mais des camarades de galère plus habitués aux pruneaux d’Agen m’ont expliqué par la suite que pour un premier séjour au pays du débouche-colon, j’avais direct la chance de voyager en business class. Un peu comme si pour ton premier voyage dans les airs, tu allais faire un tour avec Ariane.

Au moins, j’aurai fait le top du top.

La coloscopie, un vrai beau moment de vie (non)

Parce que OUI, c’est une expérience. Bon, je n’irai pas jusqu’à dire que mourir sans avoir vécu ça serait stupide, mais rester scotché sur des chiottes entre 18h et 2h du matin, à se vider littéralement de ses entrailles, permet vraiment d’apprendre à mieux se connaître.

J’en ai vécues, des gastros, j’ai même connu le combo « tu es en train de connaître la pire diarrhée de ta vie et deux secondes plus tard, tu ne peux pas faire autrement que de vomir dans les toilettes sans avoir eu le temps de tirer la chasse » (c’est fleuri mais qui ne l’a jamais expérimenté ?), mais là, c’est différent. Ma pire gastro, c’était des moments pénibles passés sur les toilettes, mais alternant avec des phases de repos. Comme des sprints compliqués à gérer.

La PRÉPARATION, c’est un marathon. Tu ne peux pas faire autrement que de rester coincé sur les toilettes pendant 8 bonnes heures. Et si jamais tu te sens l’âme aventurière à décoller les fesses de ton trône de fortune, ton corps te rappellera immédiatement à l’ordre et te forcera à y revenir, coûte que coûte.

coloscopie king of the hill

Sur ton trône de fortune…

Après avoir passé huit heures sur les toilettes à te vider littéralement, à avoir cette sensation étrange que tu rejettes par l’anus le litre d’eau que tu as avalé une heure plus tôt, ton intestin se calme enfin. Il est deux heures du matin, tu vas dormir épuisé, avec le fion dans un état… fleuri, dirons-nous. Tu as rendez-vous à la clinique à 7h du matin, donc quelques heures de sommeil devant toi.

Mais le repos du guerrier ne sera pas tout à fait total, puisqu’il te restera une ultime épreuve, la plus délicieuse d’entre toutes, à effectuer deux heures avant l’opération (soit à 5h du matin pour ma part).

Ton réveil te tire du sommeil, tu te retournes vers ta table de chevet, la tronche éminemment dans les fesses (c’est le cas de le dire), pour attraper une magnifique poire à lavement, que tu t’insères dans le cucul, avant d’y injecter l’intégralité du contenu — censé finir le travail de lavement, j’imagine, vu comme ça me chauffait de l’intérieur.

L’ultime épreuve

En passant, tu souffres le martyre, parce que ton anus n’en peut plus du tout et ne réclame qu’une chose : qu’on le laisse en paix pour le restant de ses jours. Il faut ensuite serrer les fesses pendant cinq bonnes minutes, le temps que le liquide fasse son effet.

Et c’est là, à 5h du matin, ta dignité envolée depuis bien longtemps, que tu mesures à quel point 5 minutes, ça peut être LONG. Terriblement long. Surtout quand tu serres les fesses et que les dites fesses brûlent comme l’Enfer.

Enfin, c’est la lumière au bout du tunnel, je me lève péniblement et je me dirige, le cul serré, jusqu’aux toilettes pour la délivrance. Tu as vécu, soldat, tu peux aller te recoucher pépère pour 1h30 de sommeil bien mérité.

P’tit roupillon

Une fois cette épreuve passée, ma coloscopie, qui s’est déroulée sous anesthésie générale, était plutôt une balade de santé. C’était d’ailleurs ma première anesthésie générale et vu la nuit que j’avais passée, je me suis pas fait prier pour piquer un roupillon.

Au réveil, le gastro-entérologue est venu me voir pour me dire que j’avais parfaitement réussi ma préparation (j’étais fier de moi : 25% des coloscopies sont à refaire à cause d’une préparation ratée) et qu’il n’avait rien vu de spécial. Mon hospitalisation avait sûrement été provoquée par une inflammation des polypes, qu’il faudra surveiller.

J’ai aussi eu droit à une superbe photo de mon colon, mais comme c’est ma vie privée, je vous la mettrai pas sur cet article. C’est personnel, les fesses, après tout.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Elnaie
    Elnaie, Le 30 septembre 2015 à 18h51

    ChazUSA
    Merci beaucoup ! C'est tout nouveau pour moi... accepter la maladie (et ses supers inconvénients...) et garder espoir car pour l'instant j'en ai pas beaucoup...
    J'y suis passée y'a 5 ans (une RCH aussi), je me doute que c'est pas simple ! Je croise les doigts, en tout cas :) N'hésite pas en privé, si tu as des questions ou juste envie de parler à quelqu'un d'extérieur et concerné (et à me relancer, je suis très tête en l'air...) ! ;)

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