Sus aux clichés sur le bac professionnel, qui m’a fait grandir et m’épanouir !

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Robinhood a été orientée un peu contre son gré en bac professionnel, mais la voie de garage qu’elle s’imaginait lui a en fait permis de se réconcilier avec l’école et d’envisager sereinement son orientation.

Sus aux clichés sur le bac professionnel, qui m’a fait grandir et m’épanouir !

Quand j’avais 15 ans, j’étais dans un collège privé catholique, et leurs modes d’apprentissages ne me convenaient pas.

Ça me semblait trop abstrait et inutile : j’avais l’impression de ne pas rentrer dans le « moule ». Du coup, je ne travaillais pas, c’était mon acte de résistance.

Pourquoi devais-je apprendre ces verbes irréguliers et le théorème de Pythagore ?

J’étais en confrontation avec toutes ces matières dont je ne comprenais pas l’utilité. Je ne voulais pas apprendre sans comprendre. Résultat : j’avais plutôt souvent des mauvaises notes. Puis le verdict est tombé en milieu d’année.

Alors que je pensais suivre tranquillement mes amis dans le lycée privé catholique du coin, mes parents m’ont annoncé, après le conseil de classe du second semestre :

« Tu vas faire un bac pro. »

Je suis tombée de ma chaise.

« Quoi ! Moi, j’irai en bac pro ? »

L’idée ne venait pas d’eux, même s’ils étaient d’accord avec le conseil de classe. Je n’avais pas le choix et ça n’a pas aidé à me mettre dans de bonnes dispositions

En plus, ça voulait dire quitter tous mes amis, me retrouver dans un établissement public aux codes complètement différents pour suivre un cursus dont je n’avais pas franchement une bonne image.

D’ailleurs… en quoi ça consistait en fait, un bac pro ?

Un orientation mal vécue

Pendant le reste de l’année, j’ai plus ou moins refusé de me renseigner sur ce cursus où l’on allait m’envoyer.

Pourtant, mes parents m’ont clairement poussée à m’intéresser à mon orientation.

Ils m’ont fait rencontrer une conseillère d’orientation (qui était malheureusement très mal informée et pas du tout impliquée).

Ma mère, qui est dans l’éducation nationale, m’a ramené suffisamment de documentation de l’Onisep pour meubler le reste de ma vie en formations diverses.

J’ai fait un stage dans une serre, que je n’ai pas trouvé très intéressant, et je me suis rendue au CIO (Centres d’Information d’Orientation) à deux reprises…

Finalement, au début du printemps, mon collège a organisé une journée d’orientation avec des professionnels. J’ai découvert le métier de ludothécaire (l’animateur•trice spécialisé•e dans le jeu et le jouet dans une bibliothèque de jeu) et là, révélation : c’était ça que je voulais faire !

Sauf qu’à l’époque, on m’avait dit que je ne pourrais pas le faire avec un bac pro.

J’ai laissé mes parents décider à ma place.

Ce constat a achevé de me démotiver et j’ai donc laissé mes parents décider à ma place.

Et comme depuis mes dix ans, avec mon meilleur ami, on proposait des jeux pour les plus petits de la résidence, ils ont donc cherché une formation en rapport avec l’animation. Ils espéraient que ça me plairait.

Ils ont finalement entendu parler d’un cursus pro qui pourrait me correspondre, l’ASSP (Accompagnement Soins et Services à la Personne, à vos souhaits).

Je n’ai même pas cherché à comprendre l’intitulé de la formation qu’on avait choisie pour moi, non pas parce qu’il était trop long, mais par acte de résistance : je ne voulais pas être associée à cette nouvelle école, à ce nouveau projet (quel qu’il était) et à ces nouvelles personnes.

Puis la rentrée est arrivée, plus vite que prévue…

Bienvenue en bac pro

J’ai donc débarqué dans ce nouveau lycée à seize ans. Tout m’insupportait. Le lycée ? Moche. La cantine ? Mauvaise. La cour de récréation ? Trop petite.

Au début, les cours m’ont déstabilisée : des leçons d’ergonomie et de soin à la personne, je n’avais jamais vu ça ! Mais ce n’était cependant pas le plus compliqué pour moi.

En effet, la confrontation avec ma classe pendant la seconde et le début de ma première a été difficile. Je ne les voulais pas dans ma vie et eux non plus. On avait entre quinze et seize ans, on était en pleine adolescence. On se regardait tous avec un air condescendant.

Eux se disaient certainement : « Qui est cette nana qui est première de la classe ? » et moi je me disais « Qui sont ces gens si différents de moi ? ».

On me faisait tout un tas de réflexions qu’on ne prenait même pas franchement la peine de me cacher. Moi qui m’étais toujours sentie entourée pendant le collège, là, ce n’était plus forcément le cas.

On était dans un rejet mutuel. Moi parce que ce lycée n’avait pas les mêmes codes que mon ancien collège et eux, parce que j’étais différente.

En plus, la société me renvoyait une mauvaise image de mon parcours. À un tel point que certains parents de mes amis ont voulu que j’arrête de voir leurs enfants. Leur prétexte :

« Elle est en bac pro et vient te chercher le vendredi soir ? Ça fait fille qui traîne. »

Sympa.

« Tu es en bac pro ? Mais tu es conne en fait ! »

Certaines personnes m’ont aussi rejetée en me disant « Tu es en bac pro ? Mais tu es conne en fait ! », tandis que d’autres décrédibilisaient systématiquement mon bac. De toute façon, le bac pro c’est donné, c’est bien connu….

On a aussi essayé de me démotiver. En effet, j’avais gardé dans un coin de ma tête l’idée de devenir un jour ludothécaire : ce métier, c’était ma lumière au bout du tunnel. Mais je me souviens d’un ancien professeur à moi qui m’a sorti :

« Ludothécaire ? Mais faut faire des études pour ça ! Toi, tu ne pourras pas ! »

Cependant, le plus dur restait encore de me sentir en décalage sur ce que mes amis apprenaient dans leur lycée général.

Il m’est arrivé à plusieurs reprises de me sentir exclue de la conversation, même si ce n’était pas leur but. Dans le fond, je leur en voulais un peu, ils s’amusaient sans moi…

La confiance en soi : un enseignement clef du bac pro

Pourtant, au bout de quelques mois, j’ai constaté malgré moi un changement dans ma façon d’être à l’école. Je m’y sentais plus heureuse et je travaillais de bon cœur, quelque chose qui était encore inimaginable un an auparavant.

Je n’étais pas nulle !

J’avais finalement découvert que mes parents m’avaient proposé un cursus qui me correspondait : j’arrivais sans trop de difficulté à avoir des bonnes notes car ce qu’on faisait en classe me plaisait. Et ces bonnes notes m’ont redonné confiance en moi.


Je n’étais pas nulle !

Je comprenais enfin l’intérêt et le but de plusieurs matières. Et même si on avait encore de l’histoire et du français, la façon dont on les abordait en classe rendait ces matières plus intéressantes qu’elles ne l’avaient jamais été.

Fini d’apprendre bêtement quelque chose !

Par exemple, nos professeurs utilisaient plusieurs supports pour nous intéresser. Je me souviens d’un cours que j’avais adoré où notre prof de français nous avait passé un sketch de Florence Foresti afin de nous montrer l’importance des gestes dans un dialogue.

Je voudrais que tout le monde ait la chance d’avoir une professeure comme elle, je n’ai jamais vu quelqu’un qui encourageait autant ses élèves.

En bac pro, on apprenait aussi à réaliser des choses différentes de ce que j’avais fait à l’école avant, et qui me plaisaient vraiment, comme la mise en place des fiches d’animation (qui sont des fiches servant à organiser les activités d’un groupe d’enfant ou de personnes âgées pour la journée).

On nous demandait aussi de raconter nos expériences dans des rapports : on cherchait toujours à nous valoriser, même maladroitement. Notre expérience était toujours importante.

Par exemple, un prof nous avait demandé de faire un tour de table et de dire à haute voix la différence entre notre comportement à l’intérieur et à l’extérieur du lycée.

Comme j’étais entourée de personnes avec qui je ne me sentais pas vraiment à l’aise, je leur ai dit :

« Moi je souris, je ris, je parle et je suis très expressive à l’extérieur, mais quand j’arrive au lycée je ne suis pas comme ça. »

Par la suite, certains venaient me voir quand j’étais toute seule, et puis je me suis fait un très bon ami au sein du lycée, qui me soutenait pendant les moments difficiles…

Les profs essayaient vraiment d’instaurer une bonne ambiance de promo, ça m’a aidée à me sentir mieux avec mes camarades. Certes, je n’aimais toujours pas l’ensemble de la classe mais j’y ai quand même découvert des gens sympas.

Pendant ces deux ans, j’ai finalement rencontré plein de personnes super intéressantes, surtout mon meilleur ami ! Mais je ne suis peut-être pas trop objective pour lui…

Des savoirs pragmatiques

Mais surtout, en bac pro, j’ai découvert les stages.

Et ces expériences en milieu professionnel m’ont permis de grandir plus vite.

À seulement quinze-seize ans, les élèves de bac pro ont déjà connu la joie d’envoyer des dizaines de CV et de lettres de motivation pour un stage sans rémunération.

Ils sont familiers des promesses de convention de stage non tenues, des démarches téléphoniques, ils savent comment se présenter et ils ont l’expérience de ces entretiens d’embauche où on te regarde de haut. La vraie vie, quoi.

Et qu’est-ce que c’était enrichissant ! On faisait partie d’une équipe. On avait un but et des moyens pour l’atteindre.

Mon premier stage, j’y suis allée en courant ! J’étais avec des enfants et je faisais de l’animation. Mon parcours scolaire me permettait de travailler avec un public que j’appréciais et de faire ce que j’aimais. Je pouvais leur apprendre des choses avec des jeux ou des discussions.

Au cours de toutes ces expériences, que ce soit en EHPAD (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), en crèche ou en maternelle, j’en ai appris plus sur moi et sur ce que je voulais faire.

À côté de mes stages, mes parents m’ont fait prendre des cours particuliers pour améliorer mon orthographe, qui était relativement catastrophique.

Pour eux, cet investissement était important, ils voulaient que j’ai la possibilité de poursuivre des études post-bac. Ils me disaient :

« Certes, on t’a mise en bac pro, mais ne crois pas que tu vas t’arrêter là. »

La répétitrice qu’ils ont choisie pour moi était institutrice. C’était aussi une personne formidable. Cette rencontre a changé la façon dont je me voyais. C’est grâce à elle que j’ai pris peu à peu de l’assurance. Elle me disait toujours :

« Tu sais, tu n’es pas bête ! »

Les films, les dessins animés, les bandes dessinées que j’aimais étaient bien aussi une vraie forme de culture.

Elle me faisait voir la culture sous un autre angle : certes, il y avait la culture qu’on nous enseignait à l’école, mais les films, les dessins animés, les bandes dessinées que j’aimais étaient bien aussi une vraie forme de culture.

Elle m’a aussi donné confiance en me montrant que ce qu’on faisait en mathématiques, en français ou en physique dans mon bac pro, c’était la même chose que ce que mes amis en bac général faisaient aussi ; pour nous, tout était juste un peu plus simplifié.

Et même si au début de mon bac pro, j’avais eu l’impression d’être un peu exclue, la plupart de mes amis du collège ne m’ont pas lâchée.

Au contraire, ils m’ont encouragée à poursuivre et ils ne m’ont jamais regardée comme une idiote (de toute façon, quand c’était le cas, ils ne faisaient plus partie de ma vie), même si on était parfois en décalage et qu’ils ne comprenaient pas toujours ce que je faisais.

Plot twist : on peut faire des études avec un bac pro !

Finalement, après trois ans, le bac est arrivé. Je me souviens d’avoir été aussi stressée que mes amis qui étaient en filière générale.

Je ne ferai pas plus durer le suspense : j’ai eu mon bac ! Et avec une jolie mention bien, s’il vous plaît.

Il fut le résultat d’un parcours pas toujours facile, plein de doutes et de frustrations, mais aussi de joie et de rire. Je suis sortie de cette expérience renforcée, mûrie mais aussi épuisée.

Par la suite, j’ai validé un BTS ESF (Économie Sociale et Familiale) et là, je suis actuellement en licence métier de l’animation. Si j’ai appris qu’on pouvait devenir ludothécaire avec le BAFA ou avec une licence animation ou métiers du jeu, j’ai finalement changé d’objectif de carrière.

Depuis mon stage en MJC (Maison Jeunesse et de la Culture), je veux maintenant être institutrice, comme mon ancienne répétitrice, pour rendre la culture accessible à tout le monde. Car la culture, ce n’est pas uniquement celle qu’on enseigne.

Je suis la preuve qu’on peut être passée par un bac pro et continuer ses études (et même les réussir !). Et je ne suis pas une exception : j’ai plusieurs amis qui ont poursuivi leurs études tout comme moi. D’autres ont fait des formations professionnelles et ont des métiers qui leur plaisent.

Certes, on fait partie des métiers du « pratique », mais on a notre place, nous les petites mains qui soignent, qui animent, qui réparent… Sans nous, le monde serait plus difficile d’accès.

Alors oui, je déteste toujours ce lycée où on m’a obligée à aller, et j’entends toujours des railleries et des remarques condescendantes sur mon cursus. Par exemple, il n’y a pas très longtemps, on m’a dit :

« Malgré un parcours tortueux, vous avez eu votre BTS, c’est bien ! »

Mais je ne vois pas du tout mon orientation comme un parcours tortueux : grâce à ce bac, j’ai fait des rencontres merveilleuses, j’ai gagné en autonomie et en joie de vivre car je m’accepte, moi la petite blonde qui parle tout le temps.

Donc j’ai envie de vous dire, je viens de bac pro et alors ?

À lire aussi : Ode au bac d’arts appliqués (ou « bac STD2A »)


Anne-Fleur

Anne-Fleur est arrivée en mars 2017 pour s'occuper des témoignages. Elle aime Harry Potter, le thé bien noir et les plaids douillets.

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Voici le dernier commentaire
  • MissVicto
    MissVicto, Le 30 mars 2017 à 23h10

    Ce qui est dommage c'est que vous parlez tout(es) d'études apres ce bac, comme si les etudes etaient vraiment fondamentales dans la vie. Alors que le but de ce genre de voie c'est aussi d'avoir rapidement un travail.

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