Comment j’ai fini par vivre de ma plume et être auteure à plein temps

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Samantha Bailly est youtubeuse, blogueuse, scénariste de cinéma et de jeux vidéo… et surtout, auteure à plein temps depuis quatre ans ! Elle nous raconte son parcours du combattant.

Comment j’ai fini par vivre de ma plume et être auteure à plein temps

Mon besoin d’écrire remonte à bien loin, comme peuvent en témoigner mes journaux intimes qui datent de l’école primaire.

Être auteure, une vocation qui remonte à l’enfance

Quand on est enfant, on « se raconte » des histoires, par exemple avec des figurines. Et moi, j’adorais me raconter des histoires. C’était le plaisir du jeu, le moment où je pouvais prendre le contrôle des événements, tordre la réalité.

Puis en grandissant, j’ai cessé de raconter les histoires à voix haute, pour les faire vivre par écrit, en silence. J’ai rédigé ma première nouvelle vers l’âge de 12 ans, dans le cadre d’un atelier d’écriture au collège.

Les romans ont suivi dans la foulée. Mais je n’étais pas encore écrivaine officiellement ! Ce fut un véritable cheminement.

Sur la feuille que l’on nous demandait de remplir en début d’année au collège, il y avait toutes sortes de questions : Date de naissance ? Profession des parents ? Métier envisagé plus tard ?

À la question « métier envisagé plus tard », je répondais toujours : ÉCRIVAIN.

Moi, je répondais toujours : ÉCRIVAIN.

Comme si en l’écrivant, justement, je rendais ce rêve un peu plus réel, comme pour me fabriquer un talisman. C’était ma seule intuition, l’écriture.

Je postais mes écrits sur les forums, car c’est sur Internet que je pouvais trouver des lecteurs et des critiques.

À l’adolescence, j’ai créé mon site Web, où je mettais en libre téléchargement mes premiers romans, entre la fin du collège et le début du lycée.

Internet m’a apporté énormément à ce niveau : des retours de personnes objectives que je ne connaissais pas, ce qui m’a permis de progresser.

Ce sont ces retours qui m’ont motivée à faire le premier pas vers le métier d’écrivaine : j’ai donc envoyé mon premier roman à des éditeurs lorsque j’avais 15 ans… Et je n’ai d’abord essuyé que des refus.

Ne me laissant pas abattre, j’ai écrit un nouvel ouvrage l’année de ma terminale.

Et là, surprise ! Mon premier roman allait être publié !

Et là, surprise ! Oraisons, un diptyque de fantasy, avait été accepté par une petite maison d’édition parisienne.

Mon premier roman allait être publié !

Des débuts dans le métier d’auteure un peu laborieux

L’aventure a donc commencé pour moi comme pour beaucoup : par un envoi de manuscrit !

Mais ce n’était pas pour autant que je pouvais en vivre…

J’ai donc poursuivi mes études, un master de littérature comparée. Je composais entre les partiels et la tournée des salons du livre.

Ces premiers romans m’ont mis face à la difficulté immense de vivre de sa plume.

Les écrivain•es touchent entre 5% et 12% de droits d’auteur en moyenne, la production de livres actuellement est telle que les ventes au titre sont très faibles, bref il est très difficile d’en vivre compte tenu des conditions de rémunération.

Après mon master, j’ai travaillé durant deux ans chez Ubisoft, dans le jeu vidéo, en tant que rédactrice. Je continuais à écrire des romans en parallèle de cette expérience très formatrice, et d’envoyer mes manuscrits à de plus grandes maisons.

Lorsque mon CDD s’est achevé, j’ai commencé à chercher un nouveau boulot.

C’est alors que le même mois, en août, j’ai reçu des réponses positives de Rageot, Bragelonne et Syros pour des romans que j’avais envoyés. L’occasion que j’attendais depuis des années se présentait-elle enfin ? Comme cela me faisait d’un coup beaucoup de contrats, je me suis dit…

Pourquoi ne pas tenter de me lancer dans l’écriture à plein temps ?

J’ai très vite compris qu’il ne fallait pas que je m’attende au même salaire que J. K. Rowling.

J’ai très vite compris qu’il ne fallait pas que je m’attende au même salaire que J. K. Rowling : pendant plusieurs années, j’ai survécu avec à peine un SMIC.

En 2014, je me suis retrouvée comme beaucoup d’autres auteur•es que je connais et qui en vivent, à bout de souffle, épuisée, paniquée. Est-ce que je ne me trompais pas ?

« C’est une bonne situation, ça, scribe ? »

C’était honnêtement très rude, mais je n’ai pas lâché. Je ne voulais pas abandonner maintenant !

Je me suis alors professionnalisée, j’ai fait des formations fiscales, juridiques, pour mieux comprendre le monde de l’édition, afin d’apprendre à négocier et à me défendre. Cette étape était vraiment nécessaire pour devenir pleinement écrivaine.

Les conditions de travail des auteur•es en France sont d’ailleurs le principal inconvénient de ce métier. Ce n’est pas pour rien que mon dernier roman porte sur les stagiaires !

En écrivant à ce sujet, j’ai réalisé que je partageais bien des points communs avec mes personnages : je ne compte pas mes heures, je n’ai aucune sécurité, aucune indemnité, et on me fait comprendre la chance que j’ai d’être publiée.

D’être l’élue au milieu de la masse des manuscrits, comme au milieu de la masse de CV.

La loi de l’offre et de la demande, n’est-ce pas ?

Mais cette prise de conscience m’a permis de faire des choix : être représentée par un agent littéraire, défendre ma profession, parler de l’injustice dans laquelle se trouvent bien des créateurs.

Je suis par exemple investie dans La charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, dont les bénévoles fournissent un travail incroyable. Et c’est seulement depuis très peu de temps que je peux dire que j’aborde mon métier avec sérénité.

Ma vie d’auteure

Aujourd’hui, je suis fière de dire qu’à vingt-huit ans, j’ai publié dix-sept livres, dont treize romans.

L’écriture fait partie de ma vie au quotidien, même s’il ne faut pas imaginer qu’on ne fait que travailler sur ses textes quand on est auteur•e !

Être auteur•e, ce n’est pas seulement écrire, même si cela prend une place énorme dans le quotidien, c’est aussi corriger, savoir lire un contrat, gérer l’administratif, aller à la rencontre de l’autre…

Évidemment, il n’y a pas d’emploi du temps fixé : c’est nous qui choisissons l’organisation de nos journées.

Mais comme beaucoup d’artistes ou de freelance, j’ai besoin de me donner un rythme, d’être rigoureuse. L’organisation m’aide beaucoup. J’ai même fait un schéma de l’emploi du temps idéal de mes journées !

Ton emploi du temps < L’emploi du temps de Samantha Bailly

Ce qu’il faut comprendre avec ce métier, c’est que c’est un va-et-vient assez étrange entre des moments de solitude profonde, d’écriture derrière son écran, de repli, puis d’autres où l’on est dans une grande sociabilité, on va défendre son livre en salons, on intervient dans les classes…

Cependant, j’ai l’impression que ces deux faces de cette profession sont complémentaires : être auteure me permet de me sentir en phase avec moi-même, de défendre mes convictions à travers mes fictions, de transmettre des émotions.

Les livres sont des miroirs dans lesquels chacun se projette, des morceaux d’expériences, des aides.

Je crois en la capacité curative de la fiction.

Je crois en la capacité curative de la fiction.

Et puis le lien avec les lecteurs est, très sincèrement, merveilleux. C’est ce que je préfère.

Je fais des salons depuis 2009, je ne me lasse jamais de rencontrer les personnes lisant mes livres. C’est un échange très puissant.

Vous l’avez compris, j’adore mon métier ! Et je ne vois pas ma vie autrement.

Mais je suis ouverte à ce que mon écriture prenne d’autres formes que celle du roman : par exemple, cette année, j’ai écrit un scénario de film, je fais aussi du scénario de manga, j’ai créé une chaîne YouTube…

Et comme Internet a toujours fait partie de mon parcours, ça m’a semblé très naturel d’investir aussi les réseaux sociaux.

Déjà, ça me donne un lien immédiat avec les lecteurs et ça brise la solitude du quotidien.

À travers ma chaîne YouTube, j’ai poussé cela encore plus loin, en partageant mes expériences, en donnant des conseils, en ouvrant les portes sur ma vie en quelque sorte. J’aime cela, profondément.

Et même si ça prend une place assez conséquente dans mon emploi du temps (une semaine par mois pour la chaîne !), ça me fait du bien. Ça me permet aussi d’écrire différemment, car je prépare un script pour chacune de mes vidéos… Une nouvelle exploration, tout simplement !

Un petit conseil pour un•e aspirant•e auteur•e ?

L’essentiel, je crois, pour réaliser ses aspirations, est d’allier passion, conviction et foi, avec lucidité et réalisme. Un équilibre parfois difficile à trouver.

Aussi, il est très important de se renseigner, beaucoup. Il faut comprendre que vivre de l’écriture, c’est devenir professionnel de l’écriture.

Vous vous scindez en deux : l’artiste, toujours présent, qui veux accoucher d’une œuvre, et ensuite le professionnel, qui doit comprendre le monde de l’édition.

Quoi qu’il en soit, j’envoie toute mon énergie positive aux personnes souhaitant faire dans la vie ce qui leur plaît, ce qui les anime.

Samantha Bailly vient de publier son dernier roman, À durée déterminée. Vous pouvez vous le procurer via Place des libraires et Amazon.

À lire aussi : Comment écrire un roman ? Conseils d’écriture

Anne-Fleur

Anne-Fleur est arrivée en mars 2017 pour s'occuper des témoignages. Elle aime Harry Potter, le thé bien noir et les plaids douillets.

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Commentaires
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  • Aktus
    Aktus, Le 31 mars 2017 à 17h43

    @PS-

    Mais ça n'est pas parce que l'on considère que c'est une passion que les métiers artistiques sont mal rémunérés, ni parce que l'on considère que ça n'est pas un vrai travail, ni parce que l'artiste aimant son travail on considère qu'il n'a pas à être rémunéré correctement, c'est seulement parce que les arts au sens large sont la passion d'énormément de gens qui sont prêts à accepter des salaires de plus en plus bas et des conditions de travail de plus en plus précaires, et que donc si une personne refuse il y en aura toujours une quelque part pour accepter, justement parce que ces personnes souhaitent avoir un travail qui soit aussi un plaisir ce qui est une chose extraordinaire quand tant de gens souffrent au travail. Ce n'est pas le fait de kiffer son job le problème. Si votre employeur s'aperçoit qu'il vous emploie comme analyste financier et que vous kiffez la finance il ne baissera pas votre salaire. Maintenant si de très nombreuses personnes se mettent à adorer la finance de sorte que le nombre de candidats excède le nombre d'offre d'emploi d'analystes financiers dans des proportions très importantes, les rémunérations sur ces postes baisseront et les conditions de travail se dégraderont. Sachant qu'objectivement il sera toujours plus agréable pour la majorité des individus (il y a toujours quelques exceptions mais elles sont rares) de dessiner, écrire ou faire de la musique que de remplir des tableaux excel et analyser des données financières, la situation restera telle qu'elle est. C'est la froide réalité. Ceci dit à titre personnel je trouve révoltant que des employeurs et des professionnels profitent de la situation mais il faut le savoir, c'est comme ça, si quelqu'un peut payer moins pour un travail donné il en profitera la plupart du temps (encore une fois les exceptions existent mais c'est rare). Alors certes il faut que les professions artistiques se battent pour être rémunérées dignement mais la précarité des artistes a toujours existé malheureusement et ceux qui font le choix de faire de leur passion pour l'art un métier y seront forcément confrontés.

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