Je n’aime pas l’alcool… et c’est mon affaire !

Estelle n'aime pas l'alcool, et elle en a marre de devoir se justifier. Pourquoi boire de l'alcool devrait être une obligation ?

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— Publié le 6 mars 2015

J’ai 21 ans, et je suis étudiante. C’est souvent suffisant pour saisir l’énormité de la bombe que je jette quand je révèle que je n’aime pas l’alcool.

Je n’aime pas l’alcool

Je n’ai jamais été particulièrement attirée par l’alcool. Cela n’a jamais été un truc que j’avais hâte de découvrir, et même aux réunions de famille, je n’ai jamais réclamé une coupe de champagne au moment du dessert.

La première fois que j’y ai goûté, c’était bien avant mes 18 ans. Mes parents avaient retrouvé un alcool qu’ils avaient beaucoup apprécié dans leur jeunesse mais qui était depuis introuvable ailleurs que dans le Sud de la France.

Du coup, comme c’était associé à beaucoup de souvenirs, ma mère avait tenu à faire goûter à ma sœur et à moi cette fameuse boisson, en affirmant que c’était comme boire un jus de fruits. En fouillant dans mes souvenirs, je n’ai pas vraiment eu l’impression de boire un jus d’orange. Je me suis juste dit, en gros : « beurk ».

La fois suivante, j’avais 17 ans, et c’était aux 18 ans d’une amie. J’avais accepté de goûter au punch préparé par ses soins, histoire d’essayer et de lui faire plaisir… Autant dire que j’ai vite regretté la valeur sûre d’un soda ! J’ai quand même fini mon fond de verre par politesse, mais j’ai refusé de boire un verre entier : faut pas pousser.

J’ai regoûté au punch un an plus tard, pour les 18 ans d’une autre amie, et là je n’ai tenu que deux gorgées avant que l’amie en question ne me sauve en vidant mon verre dans le sien.

Autant dire que j’ai vite compris que l’alcool et moi, on ne serait pas très potes, et je ne fais l’effort de boire un fond de coupe de champagne (que je n’aime pas non plus) que lors de grandes occasions.

bridesmaids repas alcool

Jusqu’ici, vous me direz, il n’y a pas vraiment de problème. Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas, comme on dit. Sauf que voilà, quand on est jeune, et étudiant•e de surcroît, dire que l’on n’aime pas l’alcool revient à dire que notre plaisir du week-end est de danser la samba sur le dos d’un éléphant rose en tutu.

Les jeunes et l’alcool

De nos jours, il n’y a pas une journée où on n’a pas le droit à une référence à l’alcool, que ce soit dans les médias, les réseaux sociaux, les séries, les films ou encore les pubs. Du coup, boire de l’alcool est pour beaucoup un fait normal en soi, et ce depuis longtemps. Et c’est bien cela le problème. 

L’INPES explique ainsi :

« Dans notre pays, le produit alcool banalisé et il est largement associé à l’hédonisme : fête, plaisir des alcools de qualité, convivialité en famille ou entre amis. Il fait partie intégrante de la culture alimentaire et festive.

Par ailleurs, sa consommation est ritualisée. Il accompagne très souvent les événements marquants de la vie sociale : naissances, mariages, emménagements, pots de retraite, succès professionnels ou sportifs. La transmission familiale des comportements reflète aussi ces représentations plutôt positives : seulement 13 % des Français signalent que leurs parents ont cherché à limiter leur consommation d’alcool, alors que 32 % ont eu l’interdiction de fumer. »

Ne pas boire de l’alcool paraît généralement affreusement anormal. Les conceptions de la jeunesse font qu’un jeune, en théorie ça boit. Un jeune s’amuse, et l’amusement passe par l’alcool. S’il ne boit pas, il est bizarre. Et s’il est bizarre, on va souvent chercher à le faire entrer dans la norme… Non, je blague ! D’abord, on lui demande pourquoi il ne boit pas, et après on cherche à le faire entrer dans la norme. Sinon, ce n’est pas drôle.

Cette situation est courante pour moi. À l’anniversaire d’une amie dont j’ai parlé plus tôt, les garçons essayaient de me faire boire en m’affirmant que je ne sentirais pas l’alcool. À une soirée chez un pote de fac, on avait d’abord attribué mon obstination à ne boire que du soda à de la timidité. Mais après l’ANNONCE, c’est le drame ! C’est le choc, c’est affreux, c’est horrible (non, j’exagère à peine) ! Et ensuite, on essaie de me convaincre, « gentiment ».

alcool soirée homme femme

Des soirées bien sympa.

Quand ce sont des personnes que je connais, ça va encore. Mais à l’anniversaire de ma voisine, je ne connaissais personne, et là, j’ai dû me justifier. J’ai passé ma soirée à refuser de boire le moindre alcool, malgré le fait que je n’avais qu’un pas à faire pour rentrer chez moi. J’étais tellement désespérée devant tant d’insistance que j’ai accepté de boire un verre, si et seulement si on me laissait tranquille pour le reste de la soirée. Gros coup de bol : ils étaient tellement éméchés qu’ils ont complètement oublié le deal.

Quand je suis rentrée chez moi, j’étais trop fière. J’avais réussi à ne pas boire, à ne pas céder face à la pression. J’avais réussi à rester moi-même.

Mais pour moi, je n’aurais pas dû être fière. Ne pas aimer l’alcool devrait être aussi banal que de ne pas aimer les choux de Bruxelles ! Je devrais fuir les fêtes étudiantes uniquement parce que je suis mal à l’aise quand il y a trop de monde inconnu autour de moi, et non pas parce que j’ai aussi peur des réactions si j’ose balancer ma bombe.

Je n’aurais pas dû être heureuse d’avoir mon permis juste parce que ça allait me fournir une excellente excuse pour ne pas boire. Je ne devrais pas à avoir à me justifier.

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Le statut particulier de l’alcool

Et pourtant, je n’éprouve aucune honte. J’assume parfaitement. Ne pas aimer l’alcool ne perturbe pas mon quotidien, et je me sens plutôt bien dans mes baskets. Au contraire, je dirais même que j’en suis fière ! C’est ma petite particularité, ça me rend unique. Ce qu’on aime et ce que nous n’aimons pas sont aussi ce qui nous définissent, font notre personnalité.

L’alcool ne m’attire pas, j’ai détesté la sensation d’avoir la tête qui tourne quand j’ai bu une coupe de champagne au mariage de mon cousin. Personnellement, je ne comprends pas ce qu’il y a de drôle à boire jusqu’à se rendre malade durant les fêtes. Mais rester sobre ne m’a jamais empêchée de m’amuser avec mes amis ! Pourquoi est-ce beaucoup considèrent que sans alcool, il n’y a aucun plaisir, aucun amusement ? Je ne me sens pas frustrée, je n’ai pas l’impression de rater quoi que ce soit, je passe d’excellentes soirées… tant qu’on ne m’embête pas avec le fait que je n’aime pas l’alcool et donc que logiquement, « je ne m’amuse pas ».

Ce qui me gêne, ce sont les autres. Avant l’Annonce, je suis quelqu’un de normal, mais après, je deviens un être bizarre qui vient d’une autre planète. Certaines personnes acceptent heureusement très bien mon non-goût pour l’alcool et m’incitent à ne pas me forcer. Mais d’autres me demandent de me justifier, et essayent de me convaincre de goûter à telle ou telle boisson.

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Est-ce que je demande aux gens pourquoi ils boivent ? Non, et franchement, même si personnellement je ne comprends pas le concept, je respecte totalement le fait que certaines personnes ne conçoivent pas une soirée sans finir beurré•e comme un p’tit Lu.

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Une fois, une amie est venue me voir chez moi, et alors que nous allions boire un verre dans un bar, elle m’a annoncé qu’elle n’allait pas boire d’alcool car elle prenait le volant pour rentrer chez elle et que les gendarmes faisaient des contrôles massifs. Cette petite anecdote m’a marquée, car elle s’est sentie obligée de se justifier, alors que franchement, je m’en fiche (du moins tant qu’elle est en état de prendre le volant bien entendu).

Pourquoi s’est-elle tout de suite justifiée alors que je lui avais rien demandé ? Pourquoi doit-on forcément expliquer pourquoi on décide de ne pas boire d’alcool dans tel ou tel contexte ?

Cela me paraît tellement absurde. Je ne devrais pas rechigner à dire que je n’aime pas l’alcool juste pour avoir la paix. Quand je dis que je n’aime pas les champignons, tout le monde s’en tamponne, mais quand c’est l’alcool, c’est la fin du monde.

Dans son article L’alcool, une drogue socialement valorisée, Christine Steinbach explique :

« L’alcool est bien sûr aussi associé étroitement à la fête. « Comme toute drogue, l’alcool permet de faire la fête, de s’éclater pour oublier notre condition de mortel », explique le docteur Raymond Gueibe, de l’association Moderato. C’est vrai pour les adultes comme pour les jeunes. Mais Martin de Duve constate que la place de l’alcool a changé : il devient le centre de la fête et non plus une des composantes : « on ne se dit plus « je vais passer une bonne soirée et peut-être que je vais boire un peu trop », mais « Je vais boire trop, donc je passerai une bonne soirée » […]

Ce n’est plus seulement l’alcool lui-même mais l’ivresse qui est valorisée. »

Je tenais à faire ce témoignage tout simplement pour fournir une autre vision sur l’alcool : celle d’une personne comme une autre qui n’aime pas ça. Je ne suis pas anti-alcool, je ne suis pas pour qu’on arrête d’en vendre ou d’en boire : je n’aime pas ça, c’est tout. Et ça me fatigue tellement de devoir m’expliquer et de paraître bizarre, que mon non-goût pour l’alcool semble être une anomalie…

Les personnes qui n’aiment pas l’alcool ne sont pas étranges. Nous n’aimons pas un certain type de boissons, et ce n’est pas un drame ! Cela ne nous empêche pas de nous amuser, d’avoir des amis, de bons souvenirs. Il y a d’autres vecteurs de socialisation, de rapprochement et d’amusement. Nous sommes comme tout le monde, des êtres humains tout ce qu’il y a de plus normal. Et l’alcool ne devrait jamais être imposé.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • AmélyLyon
    AmélyLyon, Le 24 septembre 2016 à 2h09

    J'ai toujours trouvé ça dommage de vouloir forcer quelqu'un à boire de l'alcool.
    Moi j'en bois de temps en temps en soirée ou autres mais je ne forcerai jamais une personne à boire si elle n'en a pas envie ou si elle n'aime pas ça! Moi ça m'arrive de ne pas avoir envie d'alcool à une soirée.
    En tout cas vous avez tout mon soutien et mon respect parce que ça doit pas toujours être facile de tenir bon quand on veut vous forcer à en boire! :hugs:

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