2013, pire été pour les femmes au cinéma ?

L'été 2013 serait-il l'un des plus mauvais en termes de représentation des femmes dans les blockbusters ? « Assurément », répond Vulture.

2013, pire été pour les femmes au cinéma ?

Le magazine Vulture a décidé de se pencher sur la représentation des femmes dans le cinéma hollywoodien sur l’été de l’année 2013 et sur les périodes estivales des vingt-cinq dernières années. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ce n’est pas du joli-joli. À part The Heat (Les Flingueuses), avec Melissa McCarthy et Sandra Bullock, qui sortira en France le 21 août prochain, c’est simple : Hollywood ne propose rien.

Aucune histoire de filles, de femmes qui viendraient compenser les intrigues se basant sur des gros bras qui sauvent le monde. Pour Vulture, Amanda Dobbins explique ce qui l’a poussé à se pencher sur la question :

« Le cru 2013 n’a été fait que de super-héros et d’hommes vulgaires immatures. Admettons que les studios sortent ce type de films tous les étés, ils nous donnent habituellement une comédie romantique ou un film sur un groupe de femmes, ou sur une femme qui n’est pas la secrétaire d’un Avenger. Ou bien je suppose, basés sur des souvenirs de N’oublie jamais ou de n’importe quel film médiocre avec Kate Hudson. Cette année semble encore pire à mes yeux, alors j’ai décidé de faire le calcul, et de comparer le nombre de femmes dans des rôles principaux sur les cinq dernières années de sorties importantes de films pendant l’été avec les chiffres d’il y a vingt ans. Il s’est révélé que oui, 2013 est un mauvais été – mais c’est loin d’être un record. Ça a été un problème ces vingt-cinq dernières années. »

La journaliste établit un constat alarmant : dans un graphique extrêmement parlant, elle montre que l’été 2013 a le plus faible pourcentage de femmes partageant l’affiche, juste derrière l’année 1989. Sur les cinq dernières années, la chute pourrait difficilement être plus flagrante. Tout de même, il faut bien le dire : ça pique :

En France, le constat picote sans doute un peu moins : en début de mois, Les Reines du ring contait l’histoire de quatre hôtesses de caisse qui forment un groupe de catch. Mercredi, c’est Juliette qui sera à l’honneur avec les problèmes d’une jeune femme de 25 ans. Le même jour sort également Paris à tout prix, l’histoire de Maya, une trentenaire complètement intégrée qui vit en France depuis vingt ans et se retrouve soudainement obligée de retourner résider dans son pays d’origine, le Maroc. Au festival de Cannes, une histoire d’amour entre deux femmes était récompensée avec La Vie d’Adèle.

Alors certes, ce ne sont pas des blockbusters, et bien sûr qu’on peut trouver au cinéma US de véritables pépites de psychologies féminines dans la frange indépendante de cet art, avec entre autres de véritables comédies portées par des personnages féminins qui envoient du pâté (je fais des câlins mentaux à The To-do list qui risque fort de nous rappeler qu’on peut faire de l’humour gras sur le sexe avec un protagoniste féminin).

À peu près ma tête quand je compare cinéma indépendant et blockbusters.

Mais regardons les choses en face : c’est bien Hollywood qui nous sort le plus souvent les plus gros cartons cinématographiques. S’il réduit la visibilité des femmes dans SON cinéma, la visibilité des femmes dans LE cinéma populaire s’amoindrit, et c’est plutôt très triste. Qu’est-ce qui fait que les choses ne bougent pas, en ce sens ? Et surtout, à quoi doit-on cette baisse de représentation des femmes dans les rôles principaux ?

Le plus agaçant, dans cette histoire, est de voir ce qui est fait des personnages de sexe féminin : si elles correspondent physiquement aux canons de beauté actuels, elles sont soit, au choix, des garces, en compétition constante avec les autres (Rosa Byrne dans Mes Meilleures Amies), des gourdes (Reese Witherspoon dans La revanche d’une blonde) ou encore des coincées qui ne réalisent pas leur potentiel jusqu’à ce qu’elles de détachent les cheveux et retirent leurs lunettes (un classique)…

Ou alors elles sont complètement badass, mais en costume moulant, fesses mises en valeur sur l’affiche et dans tout le film (coucou la Veuve Noire, sans rancune, je t’aime !) Si elles ne correspondent pas à ces critères, elles sont bien souvent reléguées aux rôles de la bonne pote un peu (voire carrément) beauf, à l’image de Melissa McCarthy qui avait pourtant le mérite de jouer le personnage le plus attachant de Gilmore Girls (eh regarde Hollywood, c’est possible, j’te jure). Pour la défense des studios américains, Zack Galifianakis semble touché par le même syndrome du pote barré et relou.

Et puis, quand bien même : il suffit de faire le Bechdel Test sur n’importe quel film pour constater qu’il est rare de trouver une conversation entre femmes dans les films qui ne concernent pas les choses de l’amour et de la conception. Même Tina Fey (que j’aime pourtant tellement fort) et Amy Poelher sont ressorties toutes cassées à mes yeux par le navet film Baby Mama, dans lequel la première fait de la seconde sa mère porteuse.

Ma dernière bonne surprise a été Lois dans Man of Steel. Ok, elle tombe amoureuse en 3 regards et demi, comme ça peut arriver à tout le monde (surtout à Hollywood), mais elle n’est surtout pas du genre à se laisser impressionner par les hommes ni à s’écraser face à l’autorité. En ce sens, elle change des copines mortelles des autres super-héros, mais je voudrais pas trop en dire pour éviter de spoiler celles qui n’ont pas encore vu le film.

Pourtant, des oeuvres cinématographiques qui ont marché avec des femmes en personnages principaux profonds, il y en a eu. Amanda Dobbins cite dans son papier une véritable recrudescence au début des années 90, portée par le succès de Thelma et Louise. « Comme si les studios réalisaient soudainement que les femmes pouvaient jouer elles aussi dans des films à succès », écrit-elle. « Après quoi les studios ont été excités par une nouvelle tendance, et les personnages importants pour les femmes ont disparu à nouveau. »

Un constat qui donne à Kristen envie de picoler.

Je signe de mon sang pour appeler Hollywood à nous faire un peu plus souvent, par exemple, un vrai buddy movie calibré pour le succès basé avec des personnages qui tiennent la route. Sans sexisme, sans omniprésence du sexe désiré, avec de l’humour, parce que ce n’est pas une question de genre. Faites nous ça (faites nous en plein !) pour 2014, ou 2015 si vous n’avez pas le temps, et on vous fera des bisous partout même sur les poils de nombril.

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 17 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • Jessica-
    Jessica-, Le 18 juillet 2013 à 10h04

    sword;4249134
    jessica-;4247021
    sword;4246748
    Et combien de héros principaux noirs ? Beaucoup plus, évidemment ?

    Désolée mais ce fémino-centrisme me porte sur les nerfs...
    Dans ce cas, j'imagine que tu fais le reproche inverse aux assos/mouvements anti-racistes.
    A ma connaissance, il n'y a pas de "mode" du mouvement anti-raciste.

    Je rappelle que là on en est au stade où écrire des trucs sur ses seins et hurler dans les lieux publics est devenu militant. Youplaboum.
    Ah, oui, pardon, les Femen sont représentatives de tous les féminismes.
    (mmh je sais que ce n'est pas le sujet, mais parler de "mode" du féminisme me rend un peu perplexe)

Lire l'intégralité des 17 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)