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Ce que j’aurais dû dire à mon ex

« Tu m’as construite et tu m’as détruite » : ce que Pauline aurait dû dire à son ex

La première relation qu’a connue Pauline à 19 ans s’est soldée par des violences en tous genres. Aujourd’hui, encore marquée par le traumatisme, elle s’exprime dans une longue lettre lucide et bouleversante.

Ceci est une retranscription de la lettre de Pauline. Pour retrouver la version qu’elle a lue et commentée, écoutez l’épisode sur toutes les plateformes d’écoute (Spotify, Deezer, Apple Podcasts…)

Attention, dans cette lettre, il est question de violences sexuelles, physiques et de harcèlement. S’il s’agit de sujets sensibles pour vous, lisez et écoutez le podcast avec prudence. Des ressources vous sont proposées à la fin de l’article.

Chère exe, 

La mémoire est une chose bien amusante. Elle choisit de faire de certains souvenirs des choses éphémères, aussi palpables et temporaires qu’une brise vespérale dont on ne garderait sur la peau que quelques frissons. Mais elle peut également choisir de faire du même souvenir un poignard aiguisé, lacérant notre peau, notre cœur et nos entrailles, inlassablement, laissant une plaie ouverte, saignante, purulente, dont notre corps et notre âme seront à jamais marqués. Un souvenir commun peut alors prendre la forme d’une réalité différente pour chacune, tant et si bien que la réalité objective d’un évènement n’est plus qu’une projection de ressentis subjectifs. 

Aujourd’hui, je décide de t’écrire cette lettre pour que le couteau arrête de lacérer mon cœur, et puisse le laisser guérir en paix. Et je sais que tu ne peux te rendre compte de ce que je ressens en t’écrivant ces mots, car, pour toi, ces souvenirs ne sont peut-être simplement que les quelques frissons provoqués par le vent frais de l’été, quand pour moi, ils sont le poison acerbe qui me dévore lentement de l’intérieur. 

J’avais 19 ans et tu en avais 25. Je  n’avais aucune idée de ce qu’était l’amour, de ce qu’était qu’une relation saine. Nous sommes restées ensemble 7 ans. Tu étais ma première. Je t’ai aimée plus que tout au monde, plus que ma vie même. Mais ça ne suffisait jamais. Tant d’années où tu m’as fait ressentir que l’amour que je te portais n’était pas à la hauteur du tien, que je te devais toujours plus. Tu souffrais à chaque instant en pensant que je ne te donnais pas assez. Tout était prétexte à me rendre coupable : l’envie de passer un week-end avec ma famille sans toi, le sentiment de jalousie que tu ressentais en me voyant m’habiller pour sortir avec des amies, en prétextant que pour toi, je ne m’habillais jamais aussi bien. Le continuel reproche de ne pas t’aimer assez, car quoi que j’essayasse de faire ou de dire, je n’avais jamais la « bonne » réponse, cela n’était pas ce que tu attendais. 

Et puis, en plus des insultes et des violences matérielles, sont venus les coups. Une droite pour me mettre à terre et me sonner, pour que je ne puisse pas me relever avant que tu puisses m’attraper. Tu as pris mon cou entre tes doigts et appuyé de toutes tes forces. Je me souviens de ton regard. Tu ne tentais pas simplement de me battre pour te défouler ou me « corriger », à ce moment-là, ta haine était telle que je compris que tu voulais me tuer. J’étais devenue la cause de ton mal, et en me tuant, tu pensais qu’il disparaîtrait. Tes doigts m’étranglant, mes yeux te suppliant de me laisser partir. La peur m’enveloppant tout entière. Les marques de strangulation sont restées une semaine. Je faisais tout pour les cacher, j’en avais honte.  

Une seconde fois, te voyant prendre un couteau après m’avoir fait tomber du haut des escaliers, j’ai rampé jusqu’à la cabine de douche, où je me suis recroquevillée en te suppliant d’arrêter, de ne pas me tuer. Mais ta seule réponse, le couteau à la main, fut : « Ta gueule sale  pute. Est-ce que tu vois ce que tu m’obliges à faire ? Est-ce que tu vois ce que tu fais de moi ? Tout ça parce que tu fais ta victime, tout est ta faute. »  

Lors de tes colères, tu détruisais l’appartement. Tu jetais mes affaires par la fenêtre, tu retournais la table, tu lançais mon téléphone contre le mur, tu frappais dans les murs, les portes, les carreaux, les miroirs. Dans ces moments-là, je n’avais qu’un réflexe, me recroqueviller dans un endroit le plus petit possible, afin que je disparaisse de ta vue, car je savais que la seule vue de ma personne augmenterait ta colère. Ton harcèlement psychologique a commencé à être tel que je me tapais la tête contre les murs durant nos disputes pour que la souffrance physique devienne plus importante que la souffrance psychologique dans laquelle tu me plongeais, et que ta voix et tes mots cessent de résonner dans ma tête. Dans ces moments-là, tu me regardais me mutiler en me disant simplement « Tu es complètement folle. De toute façon, on ne peut jamais parler avec toi. » 

Un jour où le harcèlement était à son paroxysme, je t’ai poussé sur le lit en te menaçant que moi aussi, je pouvais te faire souffrir autant que tu m’avais et que tu me faisais souffrir. Tu m’as regardé en souriant et me dis : « Tu ne me fais pas peur, Pauline. Tu ne me feras jamais souffrir, tu en es incapable. Je le sais, car ce démon-là, je peux le reconnaître chez l’autre, car je l’ai en moi. Et toi, tu ne l’as pas. » 

Malgré la violence physique, je suis restée. Malgré l’isolement et les ultimatums, je suis restée. Malgré la culpabilisation, la manipulation psychologique, les insultes et le harcèlement, je suis restée. Malgré le non-respect du consentement et l’agression sexuelle, je suis restée. Pourquoi ? Cette question me hante encore aujourd’hui. Surement parce que je t’aimais. Car je savais que tu allais souffrir si je partais, et je préférais souffrir moi-même plutôt que de te faire souffrir. Peut-être aussi parce que je ne connaissais rien d’autre. Et, après 7 ans de relation à un âge auquel on se cherche et où on construit sa vie, j’avais peur de finalement n’être rien sans toi. Je m’étais entièrement donnée à toi, et, sans toi, j’étais convaincue que je n’existais pas. 

Extravertie, belle et charismatique, tu savais te faire aimer. Personne n’aurait pu croire une seule seconde la réalité de ce qu’il se passait derrière la porte de notre appartement. Et d’autant plus que nous étions un couple de femmes. La violence du patriarcat m’a empêchée de parler pendant bien longtemps, de peur d’être d’autant moins crue que si tu avais été un homme. « Les femmes, c’est doux, ça ne fait pas de mal. Deux femmes ensemble, cela ne peut qu’être caresses, minauderies et volupté. » « Les hommes peuvent être violents, pourquoi pas une femme ? – Impossible, elle est trop faible pour cela. » J’en veux à tout ce système patriarcal qui créé ce besoin de domination de l’autre par la violence et qui empêche beaucoup d’entre nous de parler. L’intime est politique.

Aujourd’hui, j’ai réussi à te quitter, car j’ai commencé à parler. J’ai pris alors conscience de la toxicité de notre relation et mon entourage m’a donné la force de partir, en me montrant que  je n’étais pas seule. Et que sans toi, j’étais finalement quelqu’une.  

Tout ça, vois-tu, je ne l’oublierai jamais. Les cauchemars nocturnes, la souffrance, et la peur ne cessent pas. Je t’écris cette lettre pour que, toi aussi, tu te rappelles, et que, toi non plus, tu n’oublies pas. Pour que, pour toi, cette brise d’été devienne tempête destructrice. Et moi, j’ai espoir qu’avec cette lettre, ma plaie béante commence à devenir cicatrice. 

Je ne vais pas finir par quelques phrases te donnant l’absolution, me faisant passer pour une bonne personne aux yeux des autres en évoquant tout de même nos bons moments et en t’accordant le pardon. Je vais simplement la terminer en disant, tout antithétique que cela peut être, que tu m’as construite, et tu m’as détruite. Chaque jour, je dois désormais apprendre à vivre et à apprivoiser la colère qui gronde et tempête en moi. C’est le prix de ma liberté.

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À travers chaque histoire se dessine en creux la violence du patriarcat dans l’intime et ses paradoxes.Pour participer au podcast, contactez-nous à l’adresse [email protected]

Crédits

Ce que j’aurais dû dire à mon ex est un podcast de Madmoizelle écrit et présenté par Aïda Djoupa. Réalisation, générique et édition : Mathis Grosos.

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